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Une pincée d'or par tonne de roche

Pour obtenir un petit gramme d'or, il faut extraire une tonne de minerai. Imaginez, une tonne de roche pour l'équivalent d'une pincée de sel d'or!

Je parle de la mine de Malartic, en Abitibi, convoitée par plusieurs prétendants depuis janvier, à coups de milliards de dollars. Pour prendre la mesure de la bataille de coqs qui se déroule, il faut se rappeler d'où est parti ce projet hallucinant.

C'est le géologue Robert Wares qui a eu l'idée folle de rentabiliser les résidus d'or de l'endroit, il y a une quinzaine d'années. Pour ce faire, la Corporation minière Osisko devait faire accepter l'inacceptable: l'exploitation d'une mine d'or à ciel ouvert en plein coeur d'une municipalité.

Cette mine à ciel ouvert, devenue la plus grande au Canada, était le seul moyen de pouvoir extraire une quantité de roche suffisamment grande pour en retirer un volume d'or satisfaisant. Peu de gens voulaient parier sur cette idée saugrenue, avec raison.

Osisko a pourtant obtenu l'appui des élus, des gens d'affaires locaux, des citoyens, du BAPE. Il lui a fallu déménager des dizaines de maisons, gérer le stress des citoyens, construire un mur contre le bruit, financer une école, créer un fonds de développement durable et dénicher des financiers prêts à l'appuyer.

Le projet défigure une énorme superficie de territoire, mais il est sans conteste un grand succès d'affaires, comme on en voit rarement en si peu de temps. La prospection minière, rappelons-le, est une activité très risquée, où il se perd beaucoup d'argent avant de faire une «cenne».

Ce n'est pas pour rien qu'on offre aujourd'hui 3,9 milliards de dollars pour acheter Osisko, presque autant que pour Vidéotron au sommet de la bulle techno (5,9 milliards), en 2000.

Ces efforts, ces sacrifices et ce succès rendent d'autant plus triste la perte d'un siège social qu'occasionnera la vente très probable d'Osisko au duo Yamana Gold-Agnico Eagle, annoncée hier.

Bien sûr, les prétendants promettent un bureau régional. Bien sûr, la mine restera au Québec, avec ses 685 employés locaux et ses redevances au gouvernement. Bien sûr, il faut permettre à des entreprises étrangères d'acheter ici, comme nos entreprises d'ici achètent ailleurs. Tout de même, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain déplore la perte du siège social de l'unique exploitant aurifère québécois d'envergure.

«Les règles n'ont pas permis de protéger une entreprise stratégique. Nous invitons le gouvernement à examiner et, le cas échéant, à adopter les recommandations du Groupe de travail sur la protection des entreprises québécoises afin de renforcer la capacité des administrateurs de sociétés du Québec de contrer des offres d'achat hostiles», a déclaré le président de la Chambre, Michel Leblanc.

Il invite Yamana et Agnico à préserver les pratiques d'approvisionnement du réseau de fournisseurs locaux soutenu jusqu'ici par Osisko.

Visiblement, la Caisse de dépôt et placement a été prise de court avec cette offre de Yamana-Agnico, hier matin. La Caisse finançait une autre offre pour la société minière, à la demande même du conseil d'Osisko, afin de contrer les démarches d'un autre prétendant, inamical, Goldcorp. Il serait surprenant que la Caisse renchérisse, maintenant.

Au moins, la Caisse peut se consoler en se disant que le conseil d'Osisko accepte volontiers les avances de son nouveau prétendant. Elle peut se dire heureuse de constater que les actionnaires recevront beaucoup plus, à 8,15$ l'action, que l'offre originale de Goldcorp (6,37$).

Elle peut se consoler en voyant que ses 19,4 millions d'actions d'Osisko ont grimpé de 28% depuis janvier, à 158 millions de dollars. Et elle peut voir certains motifs de satisfaction dans l'offre: pour chaque action d'Osisko, les actionnaires obtiendront un panier d'actifs diversifié, soit de l'argent comptant (2,09$), 0,265 action de Yamana, 0,073 action d'Agnico et une action d'une nouvelle entité Osisko, abreuvée par une royauté de 5% de la mine Malartic, notamment.

Tout de même, le tout Québec inc. et les dirigeants du Parti libéral devront s'interroger. Jusqu'où faut-il aller pour préserver nos sièges sociaux? Combien faut-il mettre pour que le jeu en vaille la chandelle? Jusqu'à quel point faut-il adapter nos lois pour donner aux conseils plus de pouvoirs pour refuser une offre?




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