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Les vaches sacrées: remettre en question le modèle québécois

(Montréal) Il existe un certain nombre de vaches sacrées au Québec, soit des politiques socio-économiques, des principes ou des constats qui ne peuvent être discutés sans soulever des protestations, du cynisme, voire du scepticisme. La Presse fait le tour de divers tabous pendant cinq jours. Aujourd'hui, le modèle québécois.

Le modèle québécois a rendu de grands services au Québec. L'État devait prendre une place prépondérante dans l'économie pour permettre aux Québécois francophones de contrôler leur destinée et d'accéder aux plus hauts échelons.

Dans les années 1960, la nationalisation d'Hydro-Québec a donc été une très bonne idée, comme la création de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Les années 1980 et 1990 ont vu émerger une nouvelle génération d'entrepreneurs et permis aux Québécois de s'illustrer dans le secteur privé.

Le modèle québécois, c'est aussi le Fonds de solidarité FTQ, la SAQ, les garderies à 7 $, des droits de scolarité universitaires modestes, des syndicats puissants, des dépenses publiques imposantes, une meilleure redistribution de la richesse et des comités de concertation syndicale-patronale, entre autres.

Or voilà, ce modèle fête aujourd'hui ses 50 ans (la nationalisation de l'électricité s'est achevée le 1er mai 1963). Ce qui était bon il y a un demi-siècle n'est plus nécessairement valable aujourd'hui. Le problème, c'est qu'on ne peut remettre en question le modèle québécois sans soulever des passions. Le sujet est tabou.

Tiens, récemment, le gouvernement Harper a annoncé qu'il éliminait progressivement le crédit d'impôt fédéral aux fonds fiscalisés, dont celui du Fonds FTQ. Du coup, presque toutes les forces vives du Québec, sociales et politiques, se sont élevées contre la décision du fédéral. Rares sont ceux qui ont remis en question la pertinence de maintenir le crédit d'impôt ad vitam aeternam. Le crédit pour le Fonds FTQ est de 30 % (dont 15 % au fédéral) et pas question de le modifier, ne serait-ce qu'un peu, ni aujourd'hui ni jamais.

Que le Fonds gère désormais un actif net respectable de 8,7 milliards de dollars et que la mesure visant le seul Fonds FTQ coûte globalement 200 millions par année aux deux gouvernements n'y changent rien. C'est non.

Les fonds syndicaux ont joué un rôle déterminant de formation économique des travailleurs et de soutien à certaines entreprises, mais ce rôle est-il aussi pertinent qu'il y a 30 ans ? Devrait-on baisser le crédit d'impôt de 5 points, de 10 points, de 15 points et consacrer l'argent ailleurs ? Le Fonds prend-il des risques dans ses investissements qui justifient les deniers publics engagés ?

Même statu quo pour la SAQ, pour la Caisse de dépôt ou pour Hydro-Québec. Devrait-on privatiser partiellement la SAQ ? Pourrait-on céder 10 % du capital-actions d'Hydro-Québec pour rendre l'entreprise plus efficace face aux investisseurs ? Pourrait-on scinder la Caisse pour créer une forme de concurrence et diversifier la gestion des actifs ? Non, non et non.

Même questionnement pour les nombreux comités de concertation du Québec, formés des milieux sociaux, syndicaux, patronaux ou autres. Pas question de mettre en doute l'efficacité de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), du Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre, de la Commission de la construction du Québec et de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), par exemple.

Qu'on se comprenne bien, nos institutions fonctionnent bien et je ne dis pas qu'il faut les saborder. Ce que je dis, c'est qu'on ne peut les remettre en question sans passer pour un hérétique, ce sont des vaches sacrées.

Tôt ou tard, pourtant, les Québécois devront brasser la soupe, comme l'ont fait les pays scandinaves il y a 25 ans. La dette du Québec augmente sans cesse et la population vieillit, ce qui met beaucoup de pressions sur nos finances publiques. Certes, le Québec est relativement mieux placé qu'avant la crise de 2008 face aux autres économies, mais c'est essentiellement parce que les autres ont reculé pendant que le Québec faisait du surplace.

Il reste que notre productivité avance à pas de tortue depuis plusieurs années. Or, à long terme, le maintien de notre niveau de vie relatif face aux autres économies dépend de cette productivité.

Depuis 30 ans, la productivité du Québec a ainsi augmenté de 1,1 % par année, en moyenne, contre 1,3 % au Canada, 1,6 % aux États-Unis, 1,9 % en France, 2,1 % au Royaume-Uni et 2,5 % en Finlande. Comme la productivité augmente moins vite qu'ailleurs depuis 30 ans, le Québec s'est relativement appauvri.

Contrairement à la croyance populaire, la productivité n'est pas le nombre d'heures travaillées, mais la quantité de biens ou services produits pendant ces heures. Être plus productif ne signifie pas nécessairement augmenter la cadence de travail ou travailler plus, mais plutôt de faire le travail autrement, être plus ingénieux, innovateur, mieux formé, plus « techno ». Le maintien de nos acquis passe par cette créativité.




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