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Les vaches sacrées: vanter le Québec

Il existe un certain nombre de vaches sacrées au Québec, soit des politiques socio-économiques, des principes ou des constats qui ne peuvent être discutés sans soulever des protestations, du cynisme, voire du scepticisme. La Presse fait le tour de cinq de ces tabous. Aujourd'hui, les succès des Québécois.

Combien de fois ai-je entendu des Québécois mépriser le Québec et leurs compatriotes. «Le Québec est un peuple de grands parleux, petits faiseux», m'écrit un lecteur. «On sait bien, nous les Québécois...», me dit un autre, hautain.

Cette autoflagellation est assez unique en Amérique. Entend-on le même mépris des Ontariens pour leur province, des Canadiens pour leur pays, des Américains pour leur nation ?

Le Québec a bien des défauts, et l'autocritique est essentielle. Mais il y a cette manière, cette façon de se diminuer, parfois. Vanter le Québec, les Québécois et leur succès est devenu tabou. Le peuple québécois n'a pourtant rien à envier aux autres grandes nations. Au contraire, nos réalisations sont exceptionnelles. Affaires, culture, sport, sciences : le Québec se démarque partout, malgré sa population peu nombreuse.

Oublions nos défauts un instant et constatons des faits, multiples. En affaires, d'abord. Couche-Tard est devenue l'un des plus importants réseaux de dépanneurs du monde. L'an dernier, ses ventes ont atteint la somme astronomique de 23 milliards. Dans ce cas, le «petit faiseux» s'appelle Alain Bouchard.

En informatique, CGI est maintenant la cinquième société-conseil de la planète, avec 71 000 employés dans plus de 40 pays. Le Mouvement Desjardins est au cinquième rang des coopératives financières du monde, avec 200 milliards d'actifs. Bombardier est le plus grand fabricant de trains et le troisième avionneur civil. L'entreprise a un carnet de commandes de...67 milliards. Tout ça grâce au travail acharné de «grands parleux».

Du côté artistique, l'évocation de certains grands noms est devenue cliché. Tout de même, Céline Dion figure parmi les 10 artistes ayant vendu le plus d'albums de l'histoire (200 millions), devant les Rolling Stones, U2 et Bruce Springsteen. Il y a l'incontournable Cirque du Soleil, mais aussi de nouveaux venus, comme le studio multimédia Moment Factory.

Par ailleurs, qui aurait pu s'imaginer que le mythique groupe des Beatles aurait été réuni - et sa musique transformée - grâce aux relations de Guy Laliberté et au génie de Dominic Champagne ?

En cinéma, les «petits faiseux» ont collé trois nominations d'affilée aux Oscars, avec Incendies (Denis Villeneuve), Monsieur Lazhar (Philippe Falardeau) et Rebelles (Kim Nguyen). N'est-ce pas exceptionnel ?

En sport, le Québec a plusieurs titres de champions du monde. Qu'on pense à Erik Guay (ski alpin), Alex Harvey (ski de fond) ou George St-Pierre (arts martiaux mixtes). Faut-il rappeler que les «grands parleux» ont mis au monde l'un des deux meilleurs joueurs de hockey de tous les temps, avec Mario Lemieux.

En sciences, la Québécoise Pauline Gagnon fait partie de l'équipe qui a fait l'une des plus grandes découvertes de l'histoire de la physique, le boson de Higgs. D'autres exemples : côté juridique, Louise Arbour a atteint un sommet mondial en étant pendant quelques années haute commissaire aux Nations unies. Et même si je ne partage pas ses positions, il reste que le cardinal Ouellet est passé à un cheveu de devenir pape.

Ça fait beaucoup de premiers au monde pour un peuple de «petits faiseux», ne trouvez-vous pas ?

Cette liste est très partielle. Et tout indique que les jeunes prendront la relève. Depuis plusieurs années, nos élèves sont parmi les meilleurs du monde aux examens internationaux, notamment en mathématiques. Selon les plus récents résultats du test PISA, les ados québécois ont terminé 5es, devançant la Finlande, le Japon, la France et les États-Unis. Notre moyenne est non seulement plus élevée, mais l'écart entre les faibles et les forts est moindre.

Si ça se trouve, nos élèves les plus brillants sont plus forts et plus rapides que ceux d'il y a 25 ans.

Ces nombreux succès n'ont pas été faits en favorisant l'élitisme à outrance comme dans certains pays, au contraire. Nos politiques sociales permettent une plus grande redistribution de la richesse que dans bien des pays et nos rues sont généralement plus sûres qu'ailleurs.

De fait, il y a 1,3 homicide par 100 000 habitants au Québec, comparativement à 2,2 en Finlande, 4,2 aux États-Unis et 22,7 au Mexique. La moyenne canadienne de 1,7 est rehaussée par la criminalité dans l'Ouest (2,9 en Alberta).

Bref, malgré ses défauts, ses tiraillements et sa commission Charbonneau, le Québec n'est pas un peuple de «petits faiseux», et il faut cesser, lorsqu'on se critique, de se diminuer et de tout mettre sur le dos de notre québécitude. Il reste beaucoup à faire, certes, mais pendant que plusieurs grands pays d'Europe s'effondrent, le Québec tient le coup et les Québécois multiplient les succès.

René Lévesque avait raison : «On n'est pas un petit peuple, on est peut-être quelque chose comme un grand peuple.»




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