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Pourquoi pas une Charte des baigneurs?

Comment Pauline Marois pouvait-elle critiquer Janette Bertrand? Tout... (Photo Robert Skinner, archives La Presse)

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Comment Pauline Marois pouvait-elle critiquer Janette Bertrand? Tout l'échafaudage de la Charte, derrière le vernis de la laïcité, repose sur des anecdotes et des perceptions.

Photo Robert Skinner, archives La Presse

Alain Dubuc
La Presse

Devrait-on rebaptiser la Charte des valeurs? On peut se poser la question depuis que Janette Bertrand a mis une piscine intérieure au coeur de ce débat que l'on dit fondamental pour l'identité québécoise. Pourquoi pas la Charte des baigneurs?

Mme Bertrand avait fait preuve d'une grande maladresse lorsqu'elle a lancé son manifeste des Janettes. Mais cela n'a pas empêché le Parti québécois de faire appel à elle et de miser sur sa popularité pour donner le coup d'envoi à son offensive sur la Charte dans la dernière semaine de la campagne.

Ce qui devait arriver arriva. La grande dame a encore dit une sottise, qui illustre la confusion du débat, les grandes lacunes de la Charte et les dérives d'un grand parti qui patauge maintenant dans les eaux fangeuses du nationalisme de droite. Voici ce que Janette Bertrand a dit dimanche, lors d'un brunch partisan.

«J'habite un building où il y a une piscine. Je vais me baigner une fois par semaine pour faire de l'aquagym. Et puis arrivent deux hommes, et ils sont déçus parce qu'il y a deux femmes - je suis avec mon amie. Ils s'en retournent. Bon, imaginons qu'ils partent, qu'ils vont voir le propriétaire, qui est très heureux d'avoir beaucoup des étudiants de McGill riches qui sont là. Et puis ils demandent: bon, on veut avoir une journée. Et puis là, dans quelques mois, c'est eux qui ont la piscine tout le temps. C'est ça, le grugeage, c'est ça dont on a peur, et c'est ça qui va arriver si on n'a pas de charte».

Mme Bertrand n'a pas tenu des propos haineux. Elle a exprimé une inquiétude. Mais c'est ce genre de mécanique - un incident, auquel on donne une interprétation, fondée ou non, et dont on généralise ensuite la portée - qui alimente le plus souvent la xénophobie. Le chef libéral, Philippe Couillard, interrogé là-dessus, n'a pas dénoncé Mme Bertrand mais plutôt reproché au Parti québécois d'utiliser ces sentiments pour «susciter» la xénophobie.

Mme Marois aurait dû avoir une petite gêne. Mais non. «Mme Bertrand n'a pas prononcé de propos xénophobes. Elle a parlé avec son coeur...Je crois qu'elle ne mérite pas les propos que M. Couillard tient à son endroit. C'est pour ça que je lui demande de s'excuser...»

Difficile de défendre la Charte sans voler bas. L'argument est simpliste. Parce que justement, le problème, c'est que les gens qui cèdent à la xénophobie parlent avec leur coeur. Au lieu de se servir de leur tête. Mais comment pouvait-elle critiquer Janette Bertrand? Tout l'échafaudage de la Charte, derrière le vernis de la laïcité, repose sur des anecdotes et des perceptions, dont le ministre Bernard Drainville s'est fait le porte-voix.

Ce qui est fascinant, c'est que le problème qu'appréhende Mme Bertrand, de même que la plupart des accommodements dits déraisonnables qui ont nourri le débat, surtout dans Le Journal de Montréal, ne seront absolument pas résolus par les balises de la charte.

Celle-ci interdira notamment les pratiques qui affectent la neutralité religieuse de l'État ou qui contreviennent au principe de l'égalité hommes-femmes. La piscine de l'immeuble? Privé, la charte ne s'applique pas. Le poignard sikh à l'école? Pas ostentatoire. La partie de sucre sans porc? Une décision d'affaires. Les fenêtres voilées du YMCA? Une entente privée, qui ne remet pas en cause l'égalité des sexes. Le turban sikh au soccer? Pas de menace à l'égalité hommes-femmes!

Et pour coiffer le tout, Mme Marois révèle maintenant que l'adoption de la charte pourrait nécessiter le recours à la clause dérogatoire, après avoir dit le contraire pendant des mois. Ça boucle la boucle. Ce débat, né dans la confusion, se conclut dans la confusion.




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