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Harper pourra-t-il survivre?

Alain Dubuc
La Presse

Maintenant qu'il a réussi à convaincre la gouverneure générale Michaëlle Jean de proroger la session, le premier ministre Stephen Harper pourra souffler un peu. Il dispose d'un répit de six semaines. Mais pourra-t-il survivre quand le Parlement reprendra ses travaux à la fin du mois de janvier?

Bien sûr, le chef conservateur peut compter sur le fait que, d'ici là, les esprits se seront un peu apaisés et que la coalition PLQ-NPD aura peut-être perdu de son élan. Mais cela ne suffira pas. S'il veut survivre, le premier ministre devra convaincre les partis de l'opposition d'appuyer le budget qu'il promet pour le 27 janvier.

En principe, comme l'opposition a affirmé que c'est en raison de son inaction économique qu'elle a retiré sa confiance au gouvernement conservateur, elle serait bien mal placée pour le renverser, et de replonger le Canada en crise, si les conservateurs déposent un budget qui contient un plan de relance costaud.

En sont-ils capables? On a vu hier que le premier ministre Harper, qui n'est pas homme à admettre des erreurs, n'a pas manifesté de repentir pour son manque de jugement et ses mesquines manoeuvres partisanes qui ont provoqué la crise politique. Pour produire un vrai budget de relance, il faudrait pourtant que les conservateurs acceptent de substantiels changements à la stratégie et à la philosophie qui s'exprimaient dans l'énoncé économique.

Cet énoncé était nuisible parce qu'il ne contenait à peu près pas de mesures de relance, mais prévoyait d'importantes compressions. Selon l'un des quatre organismes de prévision que le ministère des Finances utilise dans la préparation de son budget, le Centre for Spatial Economics, l'énoncé réussirait à faire reculer l'économie au lieu de lui donner un coup de pouce : au lieu de progresser modestement de 0,3% en 2009, l'économie canadienne reculerait de 0,1%!

Ce résultat insensé s'explique par deux raisons. D'une part, les mesures de stimulation économique de l'énoncé étaient fictives. Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a affirmé que les baisses de taxes consenties par son gouvernement jouaient ce rôle, mais c'est complètement faux. Les baisses de la TPS ont déjà été intégrées dans les habitudes des gens, tant et si bien qu'elles ne peuvent pas donner un électrochoc et galvaniser la consommation.

En outre, l'énoncé annonçait des compressions de 4 milliards de dollars, qui feraient ralentir l'activité économique au lieu de la relancer. C'est exactement la chose à ne pas faire en période de ralentissement.

Un budget de relance, pour être acceptable, doit repartir à zéro, oublier les compressions de dépenses pour le moment, ne pas faire de la lutte au déficit une priorité, ajouter des mesures significatives pour relancer l'investissement et la consommation, pour soutenir ceux qui sont affectés par la situation économique.

Ces mesures doivent agir rapidement parce que c'est maintenant que ça va mal. Le projet doit être musclé, pour avoir un impact significatif, en tenant compte du fait que le degré de gravité de la crise n'est pas du même ordre au Canada que dans d'autres pays.

S'il voulait poser un véritable geste de changement, M. Harper pourrait d'ailleurs se débarrasser de son ministre des Finances, Jim Flaherty, déjà médiocre mais qui a perdu toute forme de crédibilité en transformant un énoncé de nature budgétaire en torchon partisan.

Bien sûr, après l'expérience malheureuse de l'énoncé, on peut se demander si le gouvernement Harper a le talent nécessaire pour accoucher d'un budget de relance. Et s'il est capable de s'affranchir de sa rigidité idéologique. Mais les conservateurs, s'ils n'ont pas d'imagination, pourront certainement trouver des mesures dans les cartons des ministères, en consultant les provinces et en pigeant dans les idées de la coalition. Ce n'est pas si sorcier.

Un budget, même acceptable, ne sauvera pas le gouvernement Harper. On a sans doute atteint un point de non-retour, qui nous imposera d'autres élections, mais dans un contexte différent, avec des conservateurs affaiblis, dont les intentions cachées sont maintenant étalées au grand jour, et avec des libéraux sans doute ragaillardis par le départ de Stéphane Dion.

Mais au moins, si avant de retourner en élections, un budget pouvait être déposé, adopté et mis en marche, ce serait déjà quelque chose. L'avantage de M. Harper, à défaut de dispositions naturelles, c'est d'être déjà au pouvoir et donc d'être capable d'agir rapidement, de déposer un budget au moment où le Canada en a besoin, pour donner à l'économie un élan qui lui permette de mieux traverser le pire de la tourmente.




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