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L'Autorité palestinienne et la stratégie du sabordage

Lors de mes plus récents voyages au Proche-Orient, j'ai entendu plusieurs Palestiniens évoquer la possibilité de démanteler l'Autorité palestinienne et de redonner la responsabilité de la Cisjordanie à... Israël.

Il s'agit d'une sorte de scénario du désespoir, fruit du découragement face aux échecs successifs des négociations de paix avec Israël. Après tout, l'Autorité palestinienne est née en 1994, à une époque où l'avènement d'une Palestine indépendante, vivant en paix avec son voisin israélien, paraissait à la portée de la main. En attendant, les Palestiniens allaient jouir d'une autonomie limitée, sous l'égide d'une administration transitoire.

Deux décennies plus tard, la paix est plus loin que jamais. La transition s'éternise. Et après neuf mois de pourparlers, la toute dernière ronde diplomatique, qui arrive à échéance mardi, est en train d'aboutir là où se sont terminées les négociations précédentes: nulle part.

C'est dans ce contexte que l'idée de saborder l'Autorité palestinienne, et de donner en quelque sorte les clés de la maison à Israël, a refait surface, cette semaine. Et pas n'importe où: dans la bouche du président palestinien Mahmoud Abbas en personne. Mardi, il a énoncé ses conditions pour une prolongation des discussions, au-delà de la limite du 29 avril.

En cas d'échec, il s'est dit prêt à fermer les portes de son propre gouvernement. Et à laisser le sort des quelque 2,5 millions de Palestiniens de Cisjordanie entre les mains d'Israël.

Cette déclaration théâtrale vise surtout à faire pression pour sauver les négociations d'une mort imminente. N'empêche: cette menace revient de façon suffisamment récurrente pour qu'on s'y arrête.

Depuis 20 ans, l'Autorité palestinienne prélève des impôts, administre ses écoles, ses tribunaux et ses hôpitaux, veille à la sécurité de Ramallah ou Bethléem. Que gagneraient donc les Palestiniens en mettant un terme à cette expérience d'autogestion?

Selon une étude récente sur les conséquences d'un tel scénario, celui-ci pourrait avoir des répercussions catastrophiques pour les Palestiniens - mais il porterait aussi un coup dur à Israël. «Certains Palestiniens pensent que l'Autorité palestinienne devrait être démantelée pour forcer Israël à assumer sa pleine responsabilité d'occupant», affirme l'étude du Centre palestinien pour la recherche sur les politiques et l'opinion publique.

L'État hébreu pourrait alors être placé devant des choix douloureux. Annexer la Cisjordanie, au risque de modifier radicalement l'équilibre démographique du pays et de devoir accorder des droits civiques à ses nouveaux citoyens palestiniens? Ou les placer sous un régime séparé, au risque de se faire accuser d'apartheid?

La perspective de ce choix impossible pourrait inciter Israël à remettre vraiment la solution des deux États sur la planche à dessin, espèrent certains Palestiniens. En ce moment, les négociateurs israéliens cherchent plutôt à entraver le processus, selon le secrétaire d'État américain John Kerry, qui a fait une déclaration exceptionnellement sévère à ce sujet, il y a deux semaines.

Mais en donnant congé à l'administration qui les gouverne depuis 20 ans, les Palestiniens joueraient à quitte ou double, avec d'énormes risques à la clé. «La disparition de l'Autorité palestinienne aurait des conséquences dramatiques en Cisjordanie», prévoit l'étude du Centre de recherche palestinien.

Parmi ces conséquences: insécurité, effondrement progressif du système judiciaire, perte de financement public, effritement des réseaux scolaires et de la santé. Bref, tout ce que les Palestiniens ont bâti, tant bien que mal, depuis 20 ans, pourrait voler en éclats.

Devant cette perspective, une majorité de Palestiniens rejettent cette stratégie de la dernière chance. Et on peut imaginer que leurs dirigeants eux-mêmes y perdraient plus qu'ils n'y gagneraient. Pour l'instant, donc, l'Autorité palestinienne a toutes les chances de survivre.

Une autre menace pour Israël, celle de la réconciliation entre les deux factions palestiniennes ennemies, vient de surgir à la veille de l'échéance du 29 avril.

Petit rappel: au moment des législatives de janvier 2006, les Palestiniens ont donné la majorité parlementaire au Hamas, formation islamiste qui a orchestré de nombreux attentats terroristes contre des civils israéliens.

À l'issue d'une guerre fratricide, le Hamas a gardé le contrôle de la bande de Gaza, tandis que le Fatah, le mouvement fondé par Yasser Arafat, règne sur la Cisjordanie.

Sept ans et plusieurs tentatives de réconciliation plus tard, les deux groupes viennent de signer une entente prévoyant la formation d'un gouvernement d'unité nationale et la tenue de nouvelles élections d'ici six mois.

«Mahmoud Abbas a le choix entre faire la paix avec Israël ou faire la paix avec le Hamas», s'est indigné hier le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou.

Quoi qu'il advienne de cette tentative de réconciliation, le Hamas a perdu des plumes dans l'opinion publique palestinienne pendant ses sept ans de règne à Gaza. De nouvelles élections pourraient le laisser très affaibli.




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