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Le rejet

Cataclysme. Naufrage. Catastrophe. Hécatombe. Les médias français avaient le verbe lourd, hier, dans leurs commentaires sur la dégelée électorale des socialistes aux municipales de dimanche. Et avec raison.

Car ce vote en forme de désaveu marque plusieurs précédents dans l'histoire récente de la France. Avec 151 mairies perdues, socialistes et communistes n'avaient jamais vu autant de villes leur filer entre les mains.

Et pas n'importe quelles villes. Des «banlieues rouges» de la région parisienne. Une dizaine de villes de plus de 100 000 habitants. Et quelques bastions où un tel scénario paraissait inconcevable, comme Limoges, qui votait à gauche depuis ni plus ni moins que 102 ans!

Parallèlement à ce recul de la gauche, le scrutin a été marqué par une percée inédite du Front national, qui a gagné 11 courses à la mairie, dont une dès le premier tour - contre 3 victoires en 1995, son année record jusque-là.

Globalement, l'extrême droite a recueilli 8,7% des suffrages, contre 0,4% aux municipales de 2008, une progression que Libération qualifie de spectaculaire.

Ce qui s'est passé dimanche s'apparente à «un petit séisme politique», selon Daniel Boy, du Centre de recherches politiques de Sciences Po, à Paris. Un séisme qui représente davantage qu'un simple mouvement de mauvaise humeur. Et qui suit deux années d'échecs et de frustration.

En deux ans de règne, le président François Hollande a fracassé tous les records d'impopularité. En février, à peine 15% des Français lui accordaient encore leur confiance. «Jamais un président n'était tombé aussi bas, aussi vite», résume Daniel Boy.

Un phénomène qui s'est accéléré au cours des derniers mois. Il faut dire que depuis le début de l'année, les Français ont dû absorber deux mauvaises nouvelles.

Contrairement aux promesses jovialistes du président Hollande, le chômage vient de fracasser de nouveaux records. En février, plus de 30 000 nouveaux chômeurs se sont ajoutés aux quelque 3,3 millions de personnes à la recherche d'un boulot. On est loin, très loin de «l'inversion de la courbe du chômage» promise mois après mois par le président Hollande.

Au moment où ils absorbaient ce diagnostic, des milliers d'électeurs français devaient aussi régler leur facture d'impôt - laquelle a fait un bond significatif depuis l'an dernier. Ce qui s'ajoute à une augmentation de la TVA, entrée en vigueur en janvier.

Selon une récente enquête, 68% des Français ont vu leur facture fiscale augmenter. «C'est le genre de choses que les électeurs n'oublient pas», note Daniel Boy.

De façon plus générale, les électeurs ont désavoué «l'absence de résultats, l'amateurisme et l'illisibilité» de leurs dirigeants, constate le journal Le Parisien, selon qui les Français «reprochent à François Hollande moins ses choix que son impuissance».

Ce qu'on retient, finalement, de ce vote dans un pays déboussolé, c'est que l'extrême droite y a le vent dans les voiles. Pas encore suffisamment pour que Marine Le Pen puisse espérer remporter la prochaine présidentielle, mais sûrement assez pour qu'elle s'y classe au deuxième tour, prévoit Daniel Boy.

Et puis, avec l'élection d'un millier de conseillers locaux, le Front national vient de «défoncer le plafond de verre qui lui interdisait l'accès aux responsabilités», comme le constate Le Parisien.

Signe du succès de la stratégie de «dédiabolisation» du FN, près de six électeurs sur dix estiment aujourd'hui qu'il s'agit d'un parti comme un autre, qui a droit de cité dans le paysage politique de la France. Sur ce point, Marine Le Pen a largement remporté son pari.

D'autres facteurs ont contribué à ce vote charnière. Dont un taux d'abstention élevé, surtout chez les électeurs qui ont l'habitude de voter à gauche. Mais pour l'essentiel, les Français ont dit non à l'immobilisme, au chômage, aux hausses d'impôts et à la société en panne qu'ils associent désormais à un président socialiste qui a carrément raté les deux premières années de son mandat.

François Hollande a réagi à ce désaveu en confiant au moins impopulaire de ses ministres, Manuel Valls, le soin de former un nouveau gouvernement. Le nouveau premier ministre est connu pour son discours sécuritaire et identitaire. Ses déclarations lui attirent régulièrement les foudres, y compris dans son propre camp. Il a déjà dit que «les Roms ont vocation à rester dans leur pays». Il s'est montré ouvert à l'interdiction du foulard islamique dans les universités. Il incarne ce que la gauche a de plus... à droite. Mais en même temps, il a l'image d'un homme d'action qui dit clairement ce qu'il pense. Quitte à se faire rabrouer.

Reste à savoir si ce sera assez pour stopper l'hémorragie socialiste. Prochaine étape: les élections européennes de mai.




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