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La Crimée, et après?

Ainsi donc, plus de 80% des électeurs de la Crimée ont participé au référendum sur leur appartenance nationale, hier. Et plus de 95% d'entre eux ont choisi de couper les liens avec l'Ukraine pour se rattacher à la Russie.

Ce résultat d'une ampleur soviétique ne surprendra personne: le scénario était écrit à l'avance, et les chances pour que la Crimée ne le suive pas étaient proches du zéro absolu.

Permettez-moi quand même de citer quelques curiosités entourant ce vote - qui représente peut-être bien le voeu de la majorité de ce territoire en majorité russophone, mais qui n'en est pas moins fondamentalement vicié et illégitime.

Commençons par la question, qui excluait d'emblée le statu quo. Et laissait les électeurs choisir entre la sécession suivie d'un mariage avec la Russie ou une plus grande autonomie à l'intérieur de l'Ukraine. Les électeurs heureux de leur situation actuelle, eux, n'avaient pas de case pour exprimer leur préférence.

On n'était pas loin de la caricature qui a circulé ces derniers jours sur les réseaux sociaux et qui montrait un bulletin de vote sur lequel les électeurs pouvaient voter oui à la Russie ou non... à l'Ukraine.

Le résultat de ce faux choix lui-même est étonnant, compte tenu de la composition démographique de cette péninsule de 2 millions d'habitants, dont l'Ukraine a hérité dans les années 50. Et dont la population se compose de 58% de Russes, de 24% d'Ukrainiens et de 12 à 15% de Tatars, qui avaient été massivement déportés sous Staline et ne portent pas particulièrement Moscou dans leur coeur.

La majorité russophone n'est pas assez forte pour justifier les 95% de «oui». Et ce n'est que parce que les opposants du scénario sécessionniste ont boycotté le référendum que le résultat a été aussi univoque.

N'oublions pas non plus que cette campagne référendaire éclair s'est déroulée dans des conditions tout à fait anormales. À la veille du vote, d'immenses panneaux référendaires vantaient l'option pro-Moscou. Les pro-Kiev, eux, n'avaient aucune voix au chapitre. Ceux qui tentaient de s'exprimer se faisaient lourdement intimider, par des menaces, des attaques violentes ou même des kidnappings.

Le jour même du vote, aucun observateur indépendant n'a pu assister au décompte. Les journalistes qui s'y sont essayés ont été cavalièrement chassés.

Selon EuroMaidan Ottawa, un groupe proche des opposants ukrainiens qui ont obtenu le départ de l'ex-président Viktor Ianoukovitch, les organisateurs de la consultation ont fait imprimer 2,75 millions de bulletins de vote - soit plus que la population même de la Crimée! Ces bulletins auraient été utilisés, en partie, par des électeurs de l'extérieur de la Crimée.

Une campagne référendaire bâclée, conduite dans un climat de peur ne permettant pas la liberté d'expression, a abouti à un vote en grande partie boycotté, conduit hors de tout mécanisme de surveillance: on peut difficilement parler d'un processus démocratique légitime. «Ce n'est pas un référendum, mais une farce», a résumé Yaroslav Baran, qui a fait partie de la mission d'observation canadienne lors d'élections ukrainiennes en 2010 et en 2012.

Dans les deux cas, il y avait eu des irrégularités, reconnaît Yaroslav Baran, mais pas assez pour remettre en question les résultats. Conduit carrément sous occupation militaire, le vote d'hier, lui, s'est tenu «sur une planète complètement différente». Une planète où les partisans du statu quo n'avaient aucune possibilité de s'exprimer.

Les dés étaient donc pipés à l'avance. Et le référendum n'est qu'un vernis démocratique appliqué à la hâte sur une invasion territoriale, suivie d'une annexion.

Dès aujourd'hui, le premier ministre de la Crimée, Sergueï Aksionov, fera sa grande demande à Moscou - qui l'acceptera avec joie.

La semaine prochaine, le rouble russe fera son entrée en Crimée, qui prévoit dire adieu à la hryvnia ukrainienne d'ici six mois. Le mariage sera alors consommé, en dépit de toute l'indignation et d'éventuelles sanctions internationales.

Et après? Eh bien, les tensions se poursuivront en Crimée même, où les Tatars et les Ukrainiens opposés à ce changement d'allégeance nationale s'exposent à la répression. Tandis que d'autres dangers se pointent déjà à l'horizon.

Hier, à Kharkiv, la grande ville de l'est de l'Ukraine, des manifestants pro-Moscou ont brûlé des livres en ukrainien. Au même moment, dans une autre ville de l'est, Donetsk, des milliers d'hommes alignés sur Moscou ont pris d'assaut des immeubles gouvernementaux. La veille, des dizaines de soldats russes avaient dépassé la frontière de la Crimée et pris le contrôle d'un village dans la région ukrainienne de Kharson.

Ces événements laissent deviner que l'offensive russe se poursuivra au-delà de la Crimée. Et que le dépeçage de l'Ukraine risque de se poursuivre, avec ou sans vernis référendaire.




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