Fin de règne à Kiev

Au moment où la police antiémeute massacrait littéralement les manifestants dans la pire explosion de violence de l'histoire moderne de l'Ukraine, le bateau du président Viktor Ianoukovitch prenait l'eau de toutes parts.

Le maire de Kiev, Volodimir Makeïenko, a quitté son Parti des régions, incapable de cautionner la violence de la répression. Une quarantaine des députés ont quitté eux aussi le parti au pouvoir.

Quelques dizaines de policiers de l'ouest de l'Ukraine ont abandonné leur poste pour rallier la place de l'Indépendance dans la capitale.

Pendant ce temps, le président du Parlement envoyait toute sa famille à Londres. Tandis que le député Oleg Tsariov, politicien farouchement prorusse qui porte l'étoile de l'Armée rouge au revers de son veston, choisissait, lui, de mettre le cap sur Moscou...

Ces fuites et ces défections massives, qui se sont multipliées jeudi sur fond d'images d'une violence insoutenable, permettent de comprendre la suite des évènements. Soit la signature d'une entente entre l'opposition et le président Ianoukovitch, mettant un terme au bain de sang.

L'homme qui semblait prêt à tout pour assurer la survie de son régime n'avait plus assez d'appuis pour continuer. Ayant perdu sa majorité parlementaire, il a vu son «oeuvre» se défaire au fil des plus récents votes des députés. Dès jeudi soir, 236 des 450 élus ont voté une résolution demandant aux policiers de ne plus tirer sur les protestataires et de retourner dans leurs casernes...

Un autre vote ouvre la porte à la libération de Ioulia Timochenko, la rivale de Viktor Ianoukovitch, en prison depuis bientôt trois ans.

Devant ce renversement de pouvoir, Ianoukovitch n'a eu d'autre choix que de céder. Mais il a essayé de gagner du temps.

L'entente conclue au terme d'une intense nuit de négociation répond à la majorité des demandes des protestataires. Formation d'un gouvernement de coalition incluant les trois leaders d'opposition, mais excluant les ministres responsables de la répression.

Révocation de la Constitution par laquelle Viktor Ianoukovitch a concentré le pouvoir entre ses mains. Adoption d'une nouvelle Constitution et de nouvelles lois électorales d'ici l'automne, suivies d'une élection présidentielle anticipée.

Mais en attendant, l'homme qui a conduit à cette crise en instaurant un régime mafieux qui a fini par faire descendre la population dans la rue, l'homme qui a laissé la crise s'envenimer, en refusant le dialogue avec les opposants, l'homme responsable d'une flambée de violence qui a fait plus d'une centaine de morts... Eh bien, cet homme-là est censé garder son poste jusqu'à la prochaine élection - qui pourrait avoir lieu en décembre, soit à peine deux mois avant l'échéance de son mandat!

Pas évident de «vendre» ce volet de l'entente aux protestataires représentés par un «Conseil du Maïdan», du surnom de la place emblématique au coeur de Kiev qu'ils ont occupée pendant trois mois.

Hier soir, les signes d'un effondrement total du régime Ianoukovitch se multipliaient. L'un des principaux leaders d'opposition, le boxeur Vitali Klitschko, est revenu sur sa signature, réclamant le départ du président. Les protestataires ont annoncé leur intention de lancer un assaut contre la présidence. Tandis que dans le quartier gouvernemental, la police avait cédé la place aux unités d'autoprotection qui ont défendu le camp de protestation depuis trois mois

Au milieu de la nuit, le président a fait ses valises pour se replier à Kharkiv, son fief de l'est du pays où, fait sans précédent dans cette région, il a été accueilli par plus d'un millier de protestataires.

Avec un peu de chance, cet abominable président, qui n'a pas hésité à assassiner ses propres citoyens pour préserver ses privilèges, ne sera plus en poste au moment où vous lirez ces lignes. Et les Ukrainiens seront déjà en train de célébrer dans les rues de Kiev.

Sinon, il pourrait y avoir d'autres explosions de violence ici et là - mais pendant combien de temps? Il ne reste plus grand monde pour défendre ce régime qui, de toute évidence, vit ses dernières heures.

La grande question, maintenant, concerne la Russie. Engagé dans la médiation des derniers jours, Moscou a refusé de soutenir l'accord signé hier. La Russie acceptera-t-elle que l'Ukraine, qu'elle considère comme faisant partie de son espace naturel, décide librement de son avenir?

L'histoire de la révolte ukrainienne reste à suivre. Mais au moment où j'écris ces lignes, le chapitre Ianoukovitch semble pratiquement clos.




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