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Trois femmes en prison

Pour souligner la Journée internationale de la femme, en mars 2008, Wajeha al-Huwaider a fait un geste terriblement osé. L'écrivaine et militante saoudienne a allumé le moteur d'une auto et elle a appuyé sur l'accélérateur...

Sur la vidéo diffusée sur YouTube, elle apparaît de profil, le front recouvert d'une épaisse frange noire. «Plusieurs femmes possèdent un permis de conduire, et leurs familles sont d'accord pour qu'elles conduisent», dit-elle à la caméra. Avant d'exprimer le souhait que l'interdit qui empêche les Saoudiennes de conduire soit levé pour le 8 mars 2009.

Cinq années ont passé, mais l'absurde loi est toujours en vigueur. Pire: un tribunal vient de condamner Wajeha al-Huwaider, et sa collègue Fawzia al-Ayouni, à une peine de dix mois de prison, suivie de deux ans d'interdiction de voyager.

Tout ça parce que leur chemin a croisé celui de Nathalie Morin, cette jeune Québécoise coincée en Arabie saoudite depuis sept ans, avec ses trois enfants. Selon l'acte d'accusation, les deux femmes auraient voulu semer la bisbille entre Nathalie Morin et son mari, Saïd al-Shahrani. Elles auraient même tenté de l'aider à fuir le pays, avec ses enfants.

C'est vrai que les deux militantes ont accepté de donner un coup de pouce à la jeune femme, empêtrée dans une saga inextricable. C'était en juin 2011, quand Nathalie se trouvait souvent séquestrée dans son appartement, sans argent ni nourriture.

À la demande de sa mère, Johanne Durocher, les deux militantes devaient l'amener faire ses courses. Mais le jour J, des policiers attendaient Wajeha et Fawzia devant l'immeuble de Nathalie Morin... La sortie au supermarché n'a jamais eu lieu. Le verdict pour ce «crime» est tombé, deux ans plus tard.

Pour Wajeha al-Huwaider, tout ce procès est cousu de fil blanc. Elle croit que la justice saoudienne était trop heureuse de saisir une occasion pour la faire taire, dans ce pays qui bat tous les records de discrimination contre les femmes. Imaginez: la militante féministe y a fondé une association pour la défense des droits des femmes. Elle y sert aussi d'antenne pour Human Rights Watch. Rien pour plaire aux émirs qui dirigent cette superpuissance pétrolière tout en la maintenant dans un carcan digne du Moyen-Âge.

Pour Human Rights Watch, il ne fait pas de doute que le verdict du 15 juin représente davantage qu'une simple décision judiciaire. «Les autorités saoudiennes utilisent les tribunaux pour montrer qu'elles ne vont tolérer aucune tentative d'améliorer le triste sort des femmes», tranche l'ONG dans un communiqué.

Nathalie Morin, elle, a de plus en plus l'impression d'être prise en otage par une histoire qui la dépasse. Après de multiples rebondissements, son calvaire semblait sur le point de se terminer, en décembre 2011, quand le Canada avait accepté de donner un visa à son mari saoudien. Malgré les tensions, le couple était prêt à faire le grand saut pour Noël. Sauf que le gouvernement de Riyad a refusé de délivrer des passeports aux trois enfants. Même s'ils sont citoyens canadiens, ils ne peuvent partir sans leurs documents saoudiens. Telle est la loi au royaume de l'or noir...

Johanne Durocher a remué ciel et terre pour ramener sa fille, victime d'un choix amoureux peu judicieux. Elle a mobilisé des tas de gens, dont le sénateur Jean-Claude Rivest, qui s'est démené pour arracher Nathalie Morin à son cauchemar. Mais aujourd'hui, le dossier «ne bouge plus», constate son adjointe Nicole Chevalier. L'histoire de Nathalie Morin est devenue «très, très politique...»

Séquestrée au bout du monde, la Québécoise n'en peut plus. Récemment, son mari a perdu son emploi et les assurances médicales qui venaient avec. Les autorités saoudiennes pressent la jeune femme de renoncer à ses droits parentaux et de rentrer chez elle. «Dire à une mère d'abandonner ses enfants, c'est de la torture psychologique», dénonce Nathalie Morin. Avant d'ajouter: «Je ne trouve pas un autre mot. C'est une torture.»

À sa façon, elle a aussi écopé d'une peine de prison. Comme Wajeha et Fawzia...




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