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L'épreuve de force turque

«Tant que les protestataires ne cèderont pas, il ne bougera pas.»

Chroniqueur pour le journal turc Hürriyet, Yusuf Kanli n'a pas l'ombre d'un doute. Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan n'est pas du genre conciliant. Ce politicien «obstiné, rude et arrogant» ne reculera pas devant la pression.

Et les manifestants, eux? «Ils n'abandonneront pas, tant qu'ils n'auront pas gagné quelque chose.»

L'épreuve de force entre le dirigeant islamiste et l'élite laïque du pays ne fait que commencer, croit le journaliste. Et il n'est pas le seul.

«Erdogan doit faire des concessions, mais il n'en a pas l'habitude», constate le politologue Cengiz Aktar.

Hier, le dirigeant turc a, une fois de plus, appelé les manifestants à quitter la place Taksim et le petit parc où il a l'intention d'ériger une caserne ottomane - projet qui a servi d'étincelle au mouvement de contestation né il y a 12 jours.

«Il a parlé presque normalement, il n'a pas engueulé la Turquie tout entière, c'est toujours ça de pris», dit Cengiz Aktar. Mais sur le fond, le premier ministre s'accroche à son projet. Aucune solution de crise imminente ne se pointe à l'horizon.

D'innombrables voix, y compris celle du président Abdullah Gül, issu comme Recep Tayyip Erdogan du parti islamiste AKP, ont supplié le politicien moustachu de mettre un peu d'eau dans son ajran (boisson turque à base de yogourt), et d'engager le dialogue avec les manifestants. Elles se sont heurtées à un mur d'intransigeance.

***

Qui est donc cet homme qui mène son pays vers une confrontation frontale, au risque de détruire ce qu'il a lui-même construit depuis une décennie?

Issu d'une famille modeste, Recep Tayyip Erdogan grandit dans Kasimpacha, quartier pauvre du côté européen du Bosphore. Enfant, il vend des simit, des bagels turcs, pour aider à nourrir la famille.

Passionné de soccer, il poursuit jusqu'au niveau semi-professionnel. Tout en étudiant dans une école coranique, puis à l'université, en économie.

Sa carrière politique décolle en 1994, quand il est élu maire d'Istanbul. Trois ans plus tard, il se tire dans le pied, en récitant un vieux poème aux accents islamistes dans une assemblée politique. « Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes «: ces quelques vers lui valent quatre mois de prison et une mise au ban de la vie politique.

Il y revient quand son parti remporte les législatives de 2002, avec assez de voix pour pouvoir abroger la loi qui l'avait chassé de la vie publique.

Pendant la décennie qui suit, Erdogan se présente comme un «démocrate conservateur» pilotant la Turquie vers la modernité, tout en resserrant peu à peu sa mainmise sur la puissante armée.

Il arrive que son jupon islamiste dépasse. Comme avec ce projet de loi criminalisant l'infidélité conjugale, qu'il a dû abandonner, face au tollé populaire.

Mais après sa flamboyante victoire de 2011, Recep Tayyip Erdogan engage son pays dans un virage de plus en plus conservateur, et de moins en moins démocratique.

Tout en se lançant dans une course mégalomaniaque au développement.

Le projet de caserne ottomane n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan de projets destinés à souligner le centenaire de la Turquie, en 2023. Nouvelle grande mosquée, troisième pont sur le Bosphore, troisième aéroport. En plus du superprojet de canal entre la mer Noire et la mer de Marmara. «Comme un sultan, Erdogan veut que les générations futures se souviennent de lui», dit Yusuf Kanli.

Trop occupées à jouir de leur nouvelle prospérité, les classes moyennes laïques laissent Erdogan diriger le pays sans trop rechigner. Jusqu'à ce que l'arrivée des bulldozers au parc Gezi fasse sauter le verrou.

Pour l'essentiel, la fronde semble pour l'instant contenue à l'intérieur de la ligne de fracture habituelle, celle qui divise la société turque entre «laïcs urbains» et «traditionalistes religieux.»

«Je ne crois pas que le premier ministre Erdogan ait perdu le soutien de sa base politique», écrit Didem Collinsworth, du International Crisis Group en Turquie. Sauf que... Au cours des derniers jours, le président Abdullah Gül et le vice-premier ministre Bülent Arinç se sont montrés beaucoup plus conciliants face aux manifestants.

Le vernis est-il en train de craquer au sommet? C'est ce que suppose l'analyste Halil Karaveli, qui prévoit que tout ce branle-bas de combat pourrait, à terme, faire un grand gagnant: Abdullah Gül.

Pour le politologue Cengiz Aktar, malgré sa relative popularité, le règne d'Erdogan a atteint un point tournant. Même s'il devait survivre à l'actuelle partie de bras-de-fer, «dans l'avenir, pour lui, plus rien ne sera pareil».




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