(Paris ) Cette élection à la présidence devait être une simple formalité : Emmanuel Macron allait être réélu sans difficulté devant des opposants qui ne lui arrivaient pas à la cheville. Et, soudain, c’est devenu une véritable élection, dont l’issue n’est plus écrite d’avance.

Publié le 5 avril

Le président Macron a fait, samedi dernier, son premier rassemblement partisan de la campagne, à huit jours du premier tour. C’est parce qu’il a passé les dernières semaines à s’occuper de la guerre en Ukraine et à tenir le rôle du dirigeant occidental capable de parler à Vladimir Poutine.

Au début, ce rôle de « président de guerre » le servait plutôt bien. Il pointait à 32 ou 33 % des intentions de vote au premier tour, ce qui, lorsqu’il y a une douzaine de candidats sur le bulletin de vote, est à la fois honorable et confortable.

Aujourd’hui, les maisons de sondages placent le président sortant à 28 % et sa rivale Marine Le Pen à 21,5 %. Personne ne doute plus que les deux candidats qui s’étaient affrontés au second tour en 2017 le feront encore en 2022.

Sauf que les sondages du second tour montrent Macron à 53 % et Le Pen à 47 %. C’est dangereusement proche de la marge d’erreur, d’autant plus que la campagne n’a pas passionné les Français et que l’abstention pourrait atteindre le nombre record de 30 %.

Dans ces cas-là, l’issue du deuxième tour devient très incertaine. Qui va aller voter ? Comment le report des voix des candidats éliminés se fera-t-il ? Et, comme le veut la tradition, le débat entre les deux finalistes, quelques jours avant le deuxième tour, sera déterminant.

Mais on le constate, Marine Le Pen n’a plus la même réputation de femme qui sème la division et dont les slogans ne se traduiraient jamais en un programme de gouvernement.

Son parti reste associé à l’extrême droite et joue toujours sur les thèmes de l’immigration et de l’insécurité. Mais elle a abandonné les éléments les plus clivants de son programme, comme de quitter l’Union européenne.

Il faut dire, cependant, qu’elle propose toujours une sorte de Frexit sans le nom, soit de se retirer de plusieurs des traités qui font que l’Europe est devenue une institution politique et pas seulement une entité géographique.

Mais ce qui a le plus aidé à adoucir l’image de Marine Le Pen, c’est la présence d’un candidat encore plus à droite et encore plus clivant qu’elle, le journaliste-polémiste Éric Zemmour, qui a joué sur les mêmes thèmes de l’immigration et de l’insécurité, mais avec une virulence et un mépris pour les faits inégalés.

C’est comme si le fait d’avoir un candidat très médiatisé qui était encore plus à droite qu’elle et qui a vu ses intentions de vote baisser lentement pour tomber sous la barre des 10 % avait, en quelque sorte, rendu Marine Le Pen plus acceptable.

Il faut dire aussi que le président Macron, en voulant être le grand diplomate qui est au-dessus de la mêlée partisane, a donné l’impression d’être au-dessus des préoccupations de ses concitoyens.

La grande question qui préoccupe les Français ces jours-ci, c’est beaucoup plus le pouvoir d’achat et la hausse du coût de la vie que la situation internationale.

Tout cela rend l’issue du second tour plus imprévisible que jamais. D’autant que la campagne électorale n’a jamais vraiment levé auprès d’un électorat épuisé ou distrait par les crises successives de la COVID-19 et de l’Ukraine. Ce qui fait que les abstentions devraient atteindre un niveau record, soit plus de 30 %.

Cela rend le deuxième tour très imprévisible. Assez, en tout cas, pour faire descendre le président Macron de son piédestal et le forcer à se lancer carrément dans la campagne électorale.

Sur deux thèmes qui montrent bien qu’il est inquiet. D’abord, il s’est présenté comme « le rempart contre l’extrême droite », avec un certain nombre de perches vers l’électorat de gauche dont les candidats ne seront pas au deuxième tour – le chef de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, devrait obtenir autour de 15 % – et qui pourraient être tentés par l’abstention.

« Le danger extrémiste est d’autant plus grand que la haine et les vérités alternatives se sont banalisées », disait M. Macron.

En même temps, l’ancien premier ministre Edouard Philippe – qui reste très populaire – a été le premier à parler ouvertement de la possibilité de l’élection de Mme Le Pen. Une autre façon d’avertir tout le monde que les chiffres sont inquiétants et de sonner le ralliement des troupes.

Mais une chose est désormais certaine, Emmanuel Macron ne pourra compter sur une glorieuse victoire avec les deux tiers des voix, ce qu’il avait obtenu dans son premier affrontement contre Marine Le Pen.

Ce sera sans doute le prix à payer pour ne pas avoir suivi les conseils de la fable de La Fontaine sur la nécessité de « partir à point »…