La rentrée parlementaire est toujours un jour périlleux pour un gouvernement. Tous les dossiers qui sont restés dans l’air pendant la pause risquent de lui revenir à la figure. Et parfois si vite que le plus habile des ministres ne peut tous les attraper de façon sécuritaire.

Publié le 2 février

Parfois, ce sont des ballons d’essai qui n’ont pas décollé. Parfois, ce sont des projets lancés à la hâte pour des raisons politiques. D’autres fois, c’est la reconnaissance qu’un projet pourrait ne pas passer le test des tribunaux.

C’est ainsi qu’au lieu de passer les premiers jours de la session à défendre une « contribution santé » pour les non-vaccinés, une proposition populiste, mais inapplicable, le gouvernement Legault choisit de reculer avant le début de la session.

En fait, cette initiative n’était populaire qu’à première vue et si on ne tenait pas compte de toutes les embûches pratiques et des grands principes que l’on foulerait aux pieds.

D’abord, même s’il était populaire de faire payer les non-vaccinés, il est loin d’être certain que cela aurait eu un impact sur le nombre de vaccinés lorsqu’on voit le profil socio-économique des récalcitrants.

Ensuite, parce qu’il aurait été difficile de justifier de ne pas respecter des principes importants dans une société démocratique. Permettre l’accès du ministère du Revenu aux dossiers de santé des citoyens était plus que problématique, pas seulement quant au respect de la vie privée.

Surtout si le but de notre système de santé est de soigner et non pas de punir, comment faire payer les non-vaccinés sans ouvrir la porte à faire payer aussi les fumeurs qui développent un cancer du poumon, par exemple. Il y a des portes qu’il vaut mieux laisser fermées.

L’autre boomerang n’est pas encore revenu dans la figure du gouvernement, mais on prépare le terrain. Le ministre des Transports, François Bonnardel, affirmait lundi que les travaux du pharaonique tunnel entre Québec et Lévis pourraient commencer dès cette année – avant la campagne électorale –, mais qu’on ne saurait qu’en 2025 combien le projet pourrait coûter.

C’est une nouvelle version d’« achetez maintenant, payez plus tard ». Mais, pour les partisans du projet, on peut y voir le début d’une arnaque. On laissera sans doute quelques rétrocaveuses sur le site à l’automne, mais on annoncera plus tard, sans doute en 2025, que les estimations de coût font en sorte qu’il faille abandonner le projet.

Parce que, plus le temps va passer, plus il y aura de gens – même au gouvernement – pour se rendre compte que 10 milliards de dollars pour ce tunnel est un coût tout à fait insoutenable en regard des bénéfices et des désavantages que la collectivité va en tirer.

Enfin, un peu plus tard pendant cette session parlementaire reprendra le débat sur le projet de loi 96 – mieux connu comme la nouvelle loi 101, version caquiste.

Les audiences de la commission parlementaire ont eu lieu à l’automne et de nombreux groupes ont averti le gouvernement : son projet de loi est inconstitutionnel et ne peut être « sauvé par la clause dérogatoire » qui ne touche que des droits garantis par la Charte canadienne des droits, pas par le reste de la Constitution.

Or, certaines mesures visées touchent à la langue utilisée devant les tribunaux où l’usage du français et de l’anglais y est garanti par l’article 133 de la Constitution. Des droits qui sont garantis tant aux francophones qu’aux anglophones de tout le pays.

Traditionnellement, le Québec a toujours respecté scrupuleusement l’article 133 pour ne pas donner quelque ouverture à la réciproque contre les francophones des autres provinces, pour qui cet article est un droit fondamental.

En fait, tout le monde juridique l’a compris : il s’agissait d’un moyen pour le parrain de la loi et ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, de régler ses comptes avec la juge en chef de la Cour du Québec, Lucie Rondeau. Celle-ci insiste pour qu’on nomme des juges bilingues dans la région de Montréal, ce à quoi s’oppose M. Jolin-Barrette – qui est aussi ministre responsable de la Langue française.

Risquer de voir une loi invalidée pour une telle dispute est bien imprudent. Le boomerang pourrait ne revenir qu’au terme d’une longue contestation devant les tribunaux, mais ça ne fera pas moins mal.

Et puisqu’on en est aux boomerangs, le gouvernement est d’ailleurs en train d’en fabriquer un qui pourrait lui revenir de la communauté anglophone.

L’abandon du projet d’agrandissement du collège Dawson aurait pu être expliqué avec plus de subtilité par le premier ministre : « Si nous avons à choisir une priorité, il est mieux d’agrandir les collèges francophones plutôt que d’agrandir Dawson », a-t-il dit plutôt brutalement, mardi.

De même, la nomination sans consultation de la communauté anglophone d’une personne sans expérience en éducation comme sous-ministre chargée du secteur anglophone a choqué.

Avis au premier ministre : même si ça ne vous fera pas perdre de votes, boomerang, ça se dit aussi en anglais.