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Réjean Tremblay: dans sa tête, Carbo est parti

Réjean Tremblay
La Presse

Belle soirée au Hyatt, mercredi. La Ligue junior majeur du Québec honorait ses meilleurs joueurs et dirigeants et intronisait quatre anciens au Temple de la renommée de la LHJMQ.

J'étais à la table des Saguenéens de Chicoutimi avec Michel Boivin et Pierre Cardinal, deux actionnaires de l'équipe, et le président de l'organisation, Guy Carbonneau. Dary Laflamme, un des trois meilleurs amis de Carbo, était également de la tablée.

Tablée de Bleuets égale tablée bruyante et rieuse. Carbonneau a ri un peu des blagues et des niaiseries de sa bande, mais comme me le faisait remarquer Michel Boivin, hier : « Je pense que notre président est encore ébranlé. Il a moins ri que d'habitude. «

Il y a de quoi. Par exemple, le beau projet d'une grande maison familiale à Mont-Tremblant que Carbo caressait depuis deux ans avec Lyne, sa femme, est remis aux calendes grecques. Dieu sait que Carbo s'était investi dans ce projet. Le dimanche, quand le Canadien avait congé, il se rendait sur leur terrain et il marchait dans la nature en rêvant à cette maison qu'on allait édifier à l'été. « Mettons que c'est sur la glace pour l'instant «, s'est-il contenté de dire.

Tous ses amis ont vite compris ce que ça voulait dire. Carbo va attendre avant de poursuivre son projet parce que, dans sa tête, il a déjà quitté Montréal. C'est ailleurs qu'il va poursuivre sa carrière. Parce que de toute façon, il ne pourra jamais pardonner le coup donné par Bob Gainey.

Ce n'est pas Carbonneau qui me l'a dit, c'est un de ses amis. Mais deux semaines avant de le congédier en cinq ou 10 minutes, Gainey, en le regardant droit dans les yeux, avait garanti à Carbo « qu'il démissionnerait plutôt que de le congédier, et d'être tranquille «.

Deux semaines et yeux dans les yeux. Comment faire confiance à l'avenir ? Deux semaines, dans les yeux et par son ancien capitaine de l'équipe gagnante de la Coupe Stanley de 1986. En qui croire ?

***

Mais Carbonneau s'est arrangé pour éviter les questions. Il tient mordicus à faire preuve d'une classe absolue envers une équipe qu'il porte encore dans son coeur. Et puis, quand les organisateurs de la LHJMQ l'ont invité à venir présenter un trophée, il a eu droit à une vibrante ovation, la plus belle de la soirée.

À un moment donné, Dmitry Kulikov, le très beau défenseur recrue des Voltigeurs de Drummondville, a gagné un premier trophée. Tout gêné, il est monté sur l'estrade pour remercier les convives... en anglais.

« Kulikov parle en anglais, le Canadien va pouvoir le repêcher «, s'est exclamé quelqu'un à la table. Je n'ai pas trop remarqué qui.

Puis, quand Kulikov a gagné un deuxième trophée, c'est en français qu'il a remercié tout le monde.

« Kulikov parle en français, ses chances d'être repêché par le Canadien viennent de tomber à zéro «, s'est exclamé quelqu'un à la table. Je n'ai pas trop remarqué qui.

Enfin, quand Kulikov a gagné son troisième trophée, il est passé de l'anglais au français dans son boniment.

« Kulikov parle déjà dans les deux langues. Il a au moins 15 ans d'avance sur Saku Koivu «, s'est exclamé quelqu'un à la table. Je n'ai pas remarqué qui. C'est fou comment on ne remarque rien des fois...

Mais les oreilles de Trevor Timmins ont dû siler plusieurs fois pendant la soirée. Plusieurs l'ont montré du doigt avec beaucoup de mécontentement. Et ça venait de toutes les tables... donc de toutes les équipes.

***

Ce fut une belle soirée. La LHJMQ a connu une belle saison qui va se conclure par la Coupe Memorial à Rimouski. Gilles Courteau, mon bedeau favori, était resplendissant. « On est passé de ligue de voyous à ligue de ballerines à la ligue qu'on offre comme modèle en un an. Je suis prêt à prendre les critiques, mais il serait bien aussi qu'on souligne les bons résultats obtenus par nos décisions et nos efforts «, m'a-t-il dit.

M. Courteau a raison. Les bagarres ont diminué d'une façon importante et si l'arbitrage se retrouve confronté à quelques cas de petits coups mesquins à répétition, les officiels font quand même un travail honnête. C'est ce que j'ai pu constater en tous les cas.

Et puis, il est impossible de passer sous silence les témoignages poignants, émouvants et profondément humains qu'ont livrés ceux qu'on honorait mercredi. L'arbitre Richard Trottier a fait pleurer plus d'un coriace homme de hockey en racontant ses merveilleuses années dans le junior et ses démêlés avec Michel Bergeron et Ron Lapointe.

Jean Gagnon et Marc Fortier, des anciens de la LHJMQ qui ont fait carrière dans la Ligue nationale et en Suisse, ont été de grands messieurs. Fortier a montré pourquoi il était digne que les Saguenéens retirent son chandail. Il a été impressionnant et on se demande comment le Canadien peut lever le nez sur tous ces hommes de hockey qui remplissaient la grande salle du Hyatt. Peut-être parce qu'ils parlent français et qu'on est moins bon quand on travaille plus souvent en français ?

Autre point. Il m'est arrivé souvent de critiquer la LHJMQ pour son encadrement des jeunes qu'on lui confie. Mais il ne faudrait pas négliger ce qu'ils apprennent lors de ce stage de trois ou quatre ans dans le hockey organisé. Des types comme Lucien Deblois et Fortier l'ont dit et répété. Merci au hockey junior et à tous ces hommes et ces femmes qui leur ont permis de vivre des années fabuleuses, souvent les plus belles d'une vie.

C'est certain que les propriétaires veulent faire du cash, ce sont des hommes d'affaires. Mais il me semble tout aussi certain qu'il y a quelque chose de plus qui les motive.

Le bien des jeunes fait partie de ce quelque chose de plus que je ne saurais définir avec précision.

Une bien belle soirée.

 




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