Cinq sujets qui auraient mérité de retenir davantage l’attention des médias

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Alexandre Sirois Alexandre Sirois
La Presse

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

Croquer des astéroïdes

Côté scientifique, l’année 2020 aura été celle des astéroïdes. Le 20 octobre dernier, la sonde OSIRIS-REx de la NASA a effectué une série de manœuvres hautement délicates en se posant sur l’astéroïde Bennu, puis en en croquant une petite bouchée. L’opération, parfaitement réussie, a permis de récolter environ 60 grammes de poussière d’astéroïde. Prochaine étape : rapporter cette précieuse cargaison vers la Terre, un voyage de plusieurs centaines de millions de kilomètres. Les scientifiques l’attendent avec impatience… pour 2023. On espère que cette poussière extraterrestre nous aidera à mieux comprendre la formation de notre système solaire. Notons que l’Agence spatiale canadienne a joué un rôle crucial dans la mission OSIRIS-REx en effectuant la cartographie 3D de l’astéroïde à l’aide d’un altimètre laser. L’exercice a causé une immense surprise : contrairement à ce que l’on pensait, ce caillou céleste gros comme l’Empire State Building est couvert d’immenses rochers, ce qui a compliqué le choix du site d’atterrissage. Toujours l’automne dernier, la sonde japonaise Hayabusa-2 a rapporté sur Terre 10 grammes de l’astéroïde Ryugu – astre qui contient de la matière organique, ce qui pourrait aider à comprendre l’origine de la vie sur Terre.

— Philippe Mercure

Changements climatiques

PHOTO HAROLD POSTIC, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Pont du Golden Gate à San Francisco, en Californie, sous un ciel orangé, en septembre dernier, à cause de la fumée des importants incendies de forêt faisant rage dans l’État.

On a décrié en 2020 la complaisance et l’apathie de nos sociétés à l’égard de la menace pandémique ces dernières années, en répétant – avec raison – que notre impréparation était désolante. Le fait est que les experts nous avaient prévenus. On savait qu’une nouvelle épidémie meurtrière allait faire des ravages un jour ou l’autre. Mais jusqu’à quel point a-t-on appris de cette erreur ? Pas beaucoup, à en juger par notre attitude à l’égard des changements climatiques. Nos sociétés, en général, continuent de faire preuve de complaisance et d’apathie face à cette menace pourtant plus sérieuse pour l’humanité. On a beau sonner l’alarme, dénoncer la pâleur des plans pour une économie verte, répéter que la maison est en feu… rien n’y fait. Même les dérèglements apparents – comme les incendies historiques en Californie ou les records battus par la saison des ouragans dans l’Atlantique, vidant la banque de prénoms pour les baptiser – n’auront pas suffi. Il nous reste à espérer mieux pour 2021.

— Alexandre Sirois

Dévouement et respect

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Les travailleurs essentiels, par leur dévouement, nous ont permis de traverser cette épreuve en gardant la tête haute, même si on avait si souvent le moral dans les talons, écrit notre éditorialiste Alexandre Sirois.

Riche idée que celle du premier ministre François Legault, qui, lors de la première vague de l’épidémie, a pris soin chaque jour de remercier divers groupes de Québécois qui nous ont permis de garder le cap pendant la tempête. Les nombreux travailleurs du réseau de la santé et de tous les secteurs connexes. Tous ceux qui ont tenu notre système d’éducation à bout de bras. En somme, tous les travailleurs essentiels – on ne tentera pas ici de nommer tout le monde, on manque d’espace et on ne souhaite surtout pas en oublier – qui, par leur dévouement, nous ont permis de traverser cette épreuve en gardant la tête haute, même si on avait si souvent le moral dans les talons. Le premier ministre n’a pas été le seul à souligner, en 2020, que leur apport a été fondamental. C’est vrai. Mais à l’heure des bilans de fin d’année, il est crucial de le répéter. Ils méritent notre respect, notre gratitude et notre admiration. Merci !

— Alexandre Sirois

Les inégalités

PHOTO DAMIEN MEYER, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Google, Apple, Facebook et Amazon – GAFA –, géants du numérique. Jeff Bezos, patron d’Amazon, entreprise qui a bien profité de la pandémie, s’est enrichi de la modique somme de 70 milliards, rappelle notre éditorialiste Agnès Gruda.

Oui, c’est vrai, on en a parlé un peu. Mais insuffisamment. Le gouffre qui sépare les plus riches des plus pauvres s’est creusé depuis le début de la pandémie. Les chiffres qui suivent concernent les États-Unis, mais la tendance est planétaire. Selon l’agence Bloomberg, la fortune des Américains les plus riches a explosé depuis le début de la pandémie, augmentant de 1300 milliards de dollars, soit une appréciation de 23 %. Depuis le mois de mars 2020, 29 milliardaires ont vu leur richesse carrément doubler. Évidemment, la part du lion va à des gens comme Jeff Bezos, patron d’Amazon, entreprise qui a bien profité de la pandémie, et qui s’est enrichi de la modique somme de 70 milliards. Pendant ce temps, le nombre de chômeurs explose, lui aussi aux États-Unis. Cet automne, il a atteint 11 millions, soit plus du double comparativement aux pronostics de février 2020.

— Agnès Gruda

Les guerres

PHOTO MOHAMED NURELDIN ABDALLAH, ARCHIVES REUTERS

Des Éthiopiens réfugiés au Soudan, qui ont fui la guerre menée depuis novembre par l’Éthiopie contre le gouvernement de la région du Tigré

La pandémie a pris presque tout l’espace médiatique pendant la majeure partie de 2020. C’est compréhensible. Mais elle a refoulé sous le radar des conflits qui méritaient plus d’attention. Notamment la guerre du Haut-Karabakh, cette enclave arménienne au cœur de l’Azerbaïdjan, conflit gelé depuis les années 90, qui s’est brutalement réanimé en septembre. Les bombardements ont forcé de nombreux civils à fuir les villes du Haut-Karabakh pour se réfugier dans l’Arménie voisine. Ce conflit a une portée internationale, puisque l’Azerbaïdjan est soutenu activement par la Turquie et que la Russie a des sympathies avec l’Arménie, qui a fini par accepter de céder une partie du territoire contesté aux Azéris, en vertu d’un accord qui a mis un terme aux hostilités. Il y a aussi la guerre menée depuis novembre par l’Éthiopie contre le gouvernement de la région du Tigré, qui cherche à s’affranchir de l’emprise d’Addis Abeba. Le conflit a fait plusieurs centaines de morts. Il risque d’embraser toute la corne de l’Afrique. Et il jette une ombre sur le prix Nobel de la paix attribué en 2019 au premier ministre de l’Éthiopie, Abiy Ahmed.

— Agnès Gruda