L’éditorialiste Paul Journet a décortiqué deux des principales promesses en environnement des partis politiques.

Paul Journet Paul Journet
La Presse

Parti libéral du Canada

1– Carboneutre… en 2050

Les libéraux promettent que le Canada sera carboneutre en 2050.

Pour l’instant, ils donnent toutefois peu de détails sur la façon d’y arriver. Ils promettent aussi de se doter de cibles plus ambitieuses pour 2030. Or, il manque encore une réduction de 80 mégatonnes pour atteindre la cible actuelle. Même si le Canada s’est engagé sur la bonne voie et que des réductions sont en train de se faire, il reste encore beaucoup de travail. Justin Trudeau n’a pas tort de dire que ces nouvelles cibles envoient un signal clair aux investisseurs pétroliers et autres qui planifient un investissement échelonné sur des décennies. Il faudra que le comité de suivi des cibles de GES, que les libéraux promettent de créer, soit très efficace.

2– Transports en commun

Depuis 2015, avec leur programme en infrastructures vertes, les libéraux ont investi massivement en transports collectifs – plus de 50 milliards dépensés ou engagés. Ils promettent maintenant d’ajouter trois milliards par année.

Cela aiderait à financer des projets pour le Québec comme ceux que le gouvernement caquiste projette dans le Grand Montréal. Toutefois, les bénéfices de ces mesures prendront du temps à se concrétiser – il faut que les projets soient choisis par le Québec, puis construits, ce qui n’est jamais simple.

Parti conservateur du Canada

1– Annuler la taxe carbone

La mesure environnementale dont les conservateurs parlent le plus, c’est d’annuler la taxe carbone imposée aux provinces qui n’en ont pas comme l’Alberta, la Saskatchewan et l’Ontario. 

Les conservateurs prétendent que cette taxe ne fonctionne pas. N’ayons pas peur des mots : c’est un mensonge. Comme l’a démontré le Directeur parlementaire du budget, cette mesure réduirait les gaz à effet de serre d’environ 50 mégatonnes d’ici 2022. Le cœur du plan conservateur est de défaire ce qui fonctionne pour offrir un cadeau aux pollueurs. C’est aussi une gifle au Québec – si les entreprises ontariennes ou albertaines ne paient pas pour leur pollution, elles obtiennent un avantage déloyal sur leurs concurrentes québécoises, qui restent dans le marché du carbone.

2– Technologies vertes et lutte mondiale

Dans leur plan vert, les conservateurs répètent que le Canada est un petit émetteur sur la scène internationale. Il propose de « faire de la lutte contre les changements climatiques un enjeu mondial ».

Or, les émissions par habitant du Canada sont parmi les plus élevées au monde. Et il y a déjà un accord international qui demande à chaque pays d’atteindre ses cibles. Andrew Scheer propose des incitatifs fiscaux pour baisser les émissions par baril de pétrole. Reste qu’il veut tout de même faire croître le volume total de la production et qu’il veut aussi construire un nouvel oléoduc qui traverserait le Québec. Autre recul, les conservateurs ralentiraient les investissements prévus en infrastructures, ce qui pourrait nuire aux transports en commun.

Nouveau Parti démocratique

1– Des emplois verts

Le NPD promet que sa transition énergétique fera des gagnants. Il promet de créer 300 000 nouveaux emplois « verts » dans les énergies renouvelables.

Pour cela, Jagmeet Singh miserait sur une nouvelle Banque canadienne du climat. Il promet que cette nouvelle créature stimulerait les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, et favoriserait les interconnexions provinciales pour exporter l’hydroélectricité. Comment ? Il donne très peu de détails. M. Singh promet un droit de veto aux provinces pour contrer les projets de transports d’énergie. Cette promesse a été faite en pensant aux oléoducs, mais elle risque de bloquer aussi les énergies renouvelables.

2– Abolir les subventions aux énergies fossiles

Le NPD veut annuler rapidement les subventions aux énergies fossiles (les libéraux le feraient progressivement jusqu’en 2025).

À cause d’un fouillis dans les programmes que M. Trudeau n’a pas réglé, Ottawa ne sait pas en quoi consiste cette aide. M. Singh veut encourager la consommation et le raffinage du pétrole en sol canadien au lieu de l’exporter. Il croit pouvoir faire une rapide transition énergétique sans nuire aux emplois, sans déranger les consommateurs et sans dire à partir de quand les pétrolières devraient réduire leur production annuelle. Il ne dit pas non plus ce qu’il ferait de l’oléoduc Trans Mountain. Si c’était possible de faire un virage vert en faisant plaisir à tout le monde, ça se saurait.

Bloc québécois

1– La péréquation verte

Il y a deux niveaux d’analyse avec les promesses du Bloc : si elles sont souhaitables en théorie et si elles ont une chance d’être appliquées. La proposition de péréquation verte a un mérite pédagogique.

Elle rappelle que depuis 1990, les baisses de GES du Québec (8 mégatonnes) ont été complètement annulées par les hausses de l’Alberta et de la Saskatchewan (133 mégatonnes). Toutefois, il apparaît tout à fait inconcevable que le Canada transforme la taxe carbone en nouvelle péréquation verte qui enragerait encore plus les provinces de l’Ouest. En effet, M. Trudeau se bat déjà devant les tribunaux pour faire accepter sa taxe carbone aux provinces pétrolières. Ce n’est pas en convainquant ces provinces de donner plus d’argent au Québec qu’il les séduira.

2– Bloquer ce qui nuit au Québec

Yves-François Blanchet veut que le Québec ait un droit de veto sur les nouveaux projets de transport de pétrole par oléoduc ou par train. Il s’oppose à une éventuelle relance du projet Énergie Est et prône la fin des subventions aux énergies fossiles, comme le NPD.

La stratégie de campagne de M. Blanchet est de se coller au gouvernement Legault. Ce faisant, il ne prend pas position sur le troisième lien ou sur le projet de gaz naturel liquéfié à Saguenay. Le raisonnement de M. Blanchet se défend : il dit que le dossier est de compétence provinciale et il attend l’évaluation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. Reste que pour l’instant, il va moins loin que son parti frère – le Parti québécois dénonce ces projets.

Parti vert

1– Un « effort de guerre »

Les verts ont de loin la cible la plus ambitieuse : réduire les émissions de GES de 60 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005.

Elizabeth May a l’audace de dire qu’un effort radical sera requis. Elle promet par exemple d’interdire les nouveaux véhicules à essence d’ici 2030, et elle est la seule chef à s’opposer au projet de gaz naturel liquéfié à Saguenay. Les verts veulent aussi rendre tous les édifices du pays carboneutres d’ici 2030. Mme May donne peu de détails pour dire comment mettre en œuvre cette révolution qui exigerait une étroite collaboration des provinces.

2– L’indépendance énergétique

Les verts proposent l’indépendance énergétique. Ils veulent interdire l’importation de pétrole et la construction de nouveaux oléoducs afin d’effectuer la transition énergétique sans trop faire mal à l’industrie canadienne.

En théorie, l’idée est bonne. Mais quand on creuse un peu, on réalise que cela ne fonctionnerait pas. Le volume de production, de raffinage et de transport, à l’heure actuelle, ne permettrait pas d’alimenter le Québec, qui s’approvisionne en partie aux États-Unis. Autre écueil : Mme May veut forcer Hydro-Québec à exporter son hydroélectricité dans l’ouest du pays, même si notre société d’État est déjà en train de négocier des contrats d’exportation aux États-Unis. Bref, l’indépendance énergétique est un beau slogan, mais le plan vert est brouillon et inapplicable.