Très rares sont les observateurs à prédire que la Réserve fédérale américaine (Fed) osera surprendre les marchés financiers en augmentant son taux directeur pour la première fois cette année, demain.

Publié le 29 juill. 2016
Rudy Le Cours LA PRESSE

Une première augmentation en sept ans du « Fed Funds rate » en décembre dernier semblait ouvrir la voie à quatre autres augmentations en 2016. Depuis, beaucoup de personnes avisées en sont venues à même se demander si le Comité de politique monétaire (FOMC) présidé par Janet Yellen osera déroger du statu quo, cette année.

Lors de la réunion du FOMC des 14 et 15 juin, ses 17 membres avaient indiqué s'attendre à deux hausses du taux directeur en 2016, soit deux de moins que leurs vues exprimées en mars.

À cette réunion, ils avaient quand même unanimement décidé de maintenir la fourchette de 0,25 % à 0,5 % à l'intérieur de laquelle évolue le taux directeur.

Trois éléments ont alors milité en faveur du statu quo : le ralentissement du rythme de création d'emplois observé au printemps, les inquiétudes politiques posées par le vote prochain du Brexit (alors que le camp de sortie semblait doubler celui du maintien) et la faiblesse persistante de l'inflation et des pressions inflationnistes.

Depuis, les données de juin de Bureau of Labour Statistics semblent refléter un redressement, mais les révisions à la baisse des deux mois précédents militent pour l'attente de quelques mois. Avril et mai n'ont-ils été qu'un bref passage à vide ou juin est-il plutôt le baroud d'honneur d'une forte tendance qui a produit des emplois au rythme mensuel de 230 000 jusqu'en mars ? En juin, la moyenne des trois derniers mois est tombée à 147 000.

Les risques posés par le Brexit ne se sont pas estompés. Au contraire, les Britanniques semblent encore surpris par leur décision collective, dont ils commencent à peine à mesurer l'ampleur. La Banque d'Angleterre a télégraphié dans sa foulée qu'elle allait assouplir sa politique monétaire le mois prochain. Son taux directeur est fixé à 0,5 % depuis 2009.

La Banque centrale européenne se tient aux aguets tandis que le Fonds monétaire international prédit un ralentissement au pays de Sa Gracieuse Majesté Élisabeth II, ci-devant reine du Canada.

Tout cela a pour effet de tonifier le dollar américain face à la plupart des autres monnaies, et pas seulement face à la livre sterling. Dans pareil contexte, si la Fed passait à l'acte demain, elle ne ferait que renforcer le billet vert et, surtout, diminuer les trop faibles pressions inflationnistes aux États-Unis.

Déjà, la poussée du dollar américain amorcée en automne 2014, quand a pris fin la troisième ronde de détente quantitative, a bouleversé le marché des changes. Cette poussée a entraîné la chute des biens importés par les Américains alors que s'amorçait le choc pétrolier.

Finalement, l'inflation de base des prix des dépenses personnelles de consommation (la mesure préférée de la Fed) oscille autour de 1 %, les prix des biens importés restent à la baisse tandis que ceux des services augmentent tout juste de 1,6 % depuis un an. En outre, il ne semble y avoir que bien peu de pressions sur les salaires. Tout cela ne justifie pas de hausse de taux.

Cela est d'autant plus vrai qu'il y a asymétrie dans la conduite de la politique monétaire : c'est plus facile de hausser le taux directeur que de le diminuer quand il est encore près de zéro.

Alors, à quoi sert la publication des prévisions individuelles des 17 membres votants et non votants du FOMC, s'ils n'indiquent rien ? Voilà la question posée par Narayana Kocherlakota, président de la Réserve régionale de Minneapolis jusqu'en décembre dernier.

Il plaide pour que Mme Yellen fournisse des balises plus claires afin de comprendre la démarche qu'entend suivre la Fed, au-delà de l'analyse des indicateurs économiques.

Mme Yellen doit prononcer un discours le 26 août au symposium annuel organisé par la Réserve de Kansas City à Jackson Hole au Wyoming. Le thème de cette année, « Dessiner les cadres d'une politique monétaire résiliente pour l'avenir », s'y prêtera à merveille. Osera-t-elle profiter de cette tribune pour sortir d'un cadre théorique et se montrer plus concrètement prospective, comme l'avait fait à quelques reprises son prédécesseur Ben S. Bernanke ?

Chose certaine, ce n'est pas dans le communiqué de demain, qui reconduira telle quelle toute la politique monétaire, qu'on devrait trouver le moindre indice.