Il y a certainement des libéraux qui se frottent les mains sur la colline parlementaire.

Publié le 16 avr. 2016
Pascale Breton
Pascale Breton LA PRESSE

La crise qui déchire le NPD, combinée à la course à la direction du Parti conservateur, qui sera officiellement déclenchée sous peu, fait en sorte que les libéraux ont les coudées franches devant une opposition faible et désorganisée.

Entendons-nous. Qu'un parti soit en quête d'un nouveau chef au terme d'un résultat électoral décevant n'est pas étonnant.

Mais il est inusité que l'ensemble des partis de l'opposition sur la scène fédérale se retrouvent impliqués dans une profonde remise en question au même moment.

 - Le Bloc québécois se cherche une légitimité, surtout que sa mince récolte de 10 députés ne lui a pas permis de retrouver le statut de parti officiel. Il doit aussi composer avec un chef intérimaire jusqu'en 2017.

 - À la suite de la démission de Stephen Harper, les conservateurs ont trouvé en Rona Ambrose une chef intérimaire présente, engagée, qui se la joue plus sympathique que son prédécesseur. Reste que le Parti conservateur doit lui aussi se réorganiser et élire un nouveau chef dans un an.

 - Et bien sûr, le NPD, qui non seulement n'a plus de chef, mais se retrouve plus divisé que jamais à la suite du congrès du week-end dernier. La course à la direction pourrait durer jusqu'à 24 mois, ce qui ressemble au supplice de la goutte pour Thomas Mulcair qui a annoncé, malgré sa déconfiture, son intention de rester jusqu'à l'élection du nouveau chef.

Mais que peut-on réellement attendre d'un leader déchu, à qui seulement 48 % des militants ont accordé leur confiance ? Même s'il est réputé coriace pendant les joutes oratoires - il s'est notamment illustré dans le scandale du Sénat - , on peut légitimement s'attendre à moins de pugnacité de la part de M. Mulcair à la Chambre des communes.

On s'interroge aussi sur l'état d'esprit des députés néo-démocrates. Auront-ils vraiment la tête aux affaires courantes, eux qui sont déchirés sur la place à occuper sur l'échiquier politique, écartelés entre des valeurs purement écolos et anti-pétrole ou des politiques sociales ?

La situation est encore plus pénible pour les 16 députés québécois, encore plus isolés sur la scène fédérale depuis le désaveu à l'égard de M. Mulcair. La vague orange ressemble de plus en plus à un hiatus dans l'histoire du parti. La volonté des radicaux de retrouver leur rôle de « conscience sociale », quitte à renoncer au rêve du pouvoir mis de l'avant par Jack Layton puis Thomas Mulcair, largue les Québécois qui auront encore plus de mal désormais à se faire entendre.

Dans ce contexte, la lune de miel des libéraux promet de se poursuivre. Il y a alors un risque réel : celui de verser dans l'arrogance et de régner en souverain absolu.

Le gouvernement de Justin Trudeau doit y résister et redoubler de vigilance pour être à l'écoute de la population et la consulter. En plus de se méfier des éventuels dérapages qui guettent tous les partis, il doit se faire rassembleur, surtout devant une opposition décimée. C'est aussi dans de tels moments que les médias doivent jouer leur rôle de chiens de garde.