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Recherché: un francophone à la Banque du Canada

Rudy Le Cours
La Presse

Y aura-t-il encore l'an prochain un francophone au conseil de direction de la Banque du Canada?

Les paris sont ouverts.

Actuellement, Mme Agathe Côté est la seule parmi les six membres du conseil de direction de la Banque dont le français est la langue maternelle. Nommée sous-gouverneure en 2010, Mme Côté prendra sa retraite à la fin du mois de janvier.

Le 23 novembre, la Banque a annoncé avoir amorcé le processus de sélection de l'éventuel remplaçant de Mme Côté. Le bureau d'Ottawa de la firme internationale Boyden Global Executive Search est chargé de solliciter des candidatures et de les transmettre au comité de sélection qu'a formé à cette fin le conseil d'administration de la Banque.

Parmi les qualités recherchées chez d'éventuels candidats, il est précisé qu'il (ou elle) doit «être en mesure de travailler efficacement dans les deux langues officielles du Canada».

La Presse a envoyé un courriel aux deux personnes chez Boyden responsables du dossier pour savoir ce que cela signifie: «S'agit-il, par exemple, de pouvoir répondre à des questions de journalistes en français? Pouvoir participer à un panel où tous les autres panélistes s'exprimeront uniquement en français? Rédiger un texte en français?»

On nous a poliment écrit en anglais que la firme ne répond pas aux questions des journalistes.

Le conseil de direction de la Banque du Canada a été formé en 1994, dans le but d'appliquer la nouvelle politique monétaire dont l'aspect le plus important est la fixation du taux cible de financement à un jour (le principal taux directeur de la Banque) à des dates prédéterminées. Auparavant, le taux directeur, qui était alors le taux d'escompte, était le résultat d'adjudications hebdomadaires des bons du Trésor.

Au moins un francophone a toujours siégé au conseil de direction, formé du gouverneur, du premier sous-gouverneur, qui signent tous deux les billets de banque, et de quatre sous-gouverneurs. À eux six, ils élaborent la politique monétaire avec le soutien des ressources de l'institution.

Dès sa création en 1994, le conseil comptait deux francophones: MM. Tim Noël et Bernard Bonin. Le premier en fera partie jusqu'à sa mort en 2001, le second jusqu'à sa retraite en 1999. M. Bonin occupait alors le poste de sous-gouverneur et, à ce titre, est encore le seul francophone à avoir apposé sa griffe sur les billets de banque, en circulation depuis 1935.

Par la suite, Pierre Duguay (2000-2010) et Jean Boivin (2010-2012) ont aussi agi à titre de sous-gouverneurs.

Parmi les cinq autres membres actuels du conseil, c'est certainement la première sous-gouverneure, Mme Carolyn Wilkins, qui s'exprime en français avec le plus d'aisance.

Les autres, y compris le gouverneur Stephen Poloz, comprennent bien le français et sont capables de répondre correctement et avec détails à une question posée en français, bien que cela soit parfois laborieux.

Mme Côté, quant à elle, est à l'aise autant en français qu'en anglais. On voit donc qu'«être en mesure de travailler efficacement dans les deux langues officielles» reste un critère sujet à interprétation, moins restrictif qu'être parfaitement bilingue comme l'exigent pourtant de nombreuses offres d'emplois prestigieux.

Les postes de sous-gouverneurs peuvent être pourvus à l'interne ou à l'externe. Mme Côté a fait le gros de sa carrière à la Banque, tout comme Lawrence Schembri, sous-gouverneur depuis 2013.

Avant leur nomination, Mme Lynn Paterson a fait carrière à la Banque Merryll Lynch-Bank of America et M. Timothy Lane au Fonds monétaire international.

Mme Wilkins est à la Banque depuis 2001, M. Poloz a commencé sa carrière à la Banque, l'a poursuivie dans le secteur privé et à Exportation et développement Canada avant d'être recruté pour succéder à Mark Carney en 2013.

Le successeur de Mme Côté pourra donc être recruté aussi bien à l'interne qu'à l'externe. Dans le premier cas, il y a peu de francophones maintenant qui occupent des fonctions qui se rapportent directement au conseil de direction.

Il faut préciser cependant que Mme Sharon Kozicki, conseillère du gouverneur, s'exprime très bien en français.

À l'externe, les candidatures possibles sont plus vastes. Le bassin de recrues se trouve à la fois dans le monde universitaire (M. Boivin, qui avait eu un certain Ben S. Bernanke pour diriger sa thèse de doctorat, est du nombre) et dans le secteur privé. Dans ce milieu, de nombreux économistes en chef d'institutions financières établies à Montréal sont pourvus d'une solide formation universitaire, d'une riche expérience en macroéconomie et d'une fine connaissance des marchés financiers. En prime, la plupart sont francophones.

Il reste à souhaiter que certains soumettront leur candidature et que le conseil d'administration saura reconnaître le caractère essentiel de la présence d'un francophone au conseil de direction de la Banque.

Touchons du bois.




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