J'aime bien les sports de combat, la boxe, la lutte (olympique), le judo, moins le taekwondo et pas du tout les arts martiaux mixtes, cette discipline que pratique Georges St-Pierre et dont il est le champion mondial chez les mi-moyens, titre qu'il a conservé samedi dernier à Las Vegas.

Publié le 22 nov. 2013
Pierre Foglia
Pierre Foglia LA PRESSE

Vous avez vu son visage? Vous saviez, vous, que dans ce sport-là, les combattants avaient le droit de se servir d'un hachoir à viande? Anyway.

Du combat de samedi, j'ai compris qu'il avait été si serré que la décision aurait pu aller à l'un ou l'autre sans qu'on en fasse un scandale. À la boxe, quand le combat est à ce point serré, on laisse le titre au champion; le champion, c'était St-Pierre, tout est dans l'ordre. Reste qu'il y a eu désordre à la fin du combat et dans les heures qui ont suivi, le champion était confus, des rumeurs ont couru, si vous voulez savoir lesquelles, allez voir sur les réseaux sociaux, moi, je m'en fous.

Tout cela pour vous dire où je loge, mais en fait, je veux parler de ce lecteur qui prend la défense de St-Pierre dans La Presse d'hier (A29).

Son papier commence ainsi: Au Québec, on finit par en vouloir à ceux qui réussissent. C'est invariable et pathétique.

Ce que je trouve pathétique, moi, c'est ce «on» pronom indéfini, mais en y pensant bien, pas tant que cela indéfini. On devine très bien qui est le peuple on, le peuple justement, les boomers, les écolos, les bios, les syndiqués, ceux qui ont voté oui chaque fois, les étudiants dans la rue, les coiffeurs, les intellos, tout le monde finalement, sauf Georges St-Pierre et Jacques Villeneuve.

Plus loin: au Québec, rabaisser quelqu'un qui a du succès, c'est instinctif.

C'est tellement faux, monsieur. Au Québec, comme ailleurs, le succès est la référence ultime. Au Québec comme ailleurs, on applaudit le succès à genoux pour mieux lui lécher le cul en même temps. Despote absolu, le succès commande à tout, même à l'éducation, même à la culture, surtout à la culture, en fait.

Plus loin encore: Sommes-nous un peuple si voué à l'échec que nous devons nous empresser de rabaisser ceux qui finissent par réussir? Sommes-nous si jaloux, Québécois, que nous nous sentons obligés de parler en mal de nos héros?

Imaginez, monsieur, que vous disiez cela des Israéliens, ou des Algériens, ou des Polonais... «Êtes-vous si voués à l'échec, êtes-vous si jaloux?» On dirait de vous que vous êtes xénophobe.

La xénophobie est le mot pour la haine de l'étranger. Savez-vous s'il existe un mot équivalent pour dire la haine des siens?

Oui, il y en a un: colonisé.

LE MENTON - Je viens de commencer un roman d'un auteur américain très connu - Richard Russo, Pulitzer 2002, entre autres -, auteur de nombreux romans à succès. L'action de celui-ci - Le déclin de l'empire Whiting - se passe dans le centre du Maine, on ne s'étonne donc pas que plusieurs personnages portent des noms québécois, Comeau, Robideaux, justement ce portait de Francine Robideaux: «Francine avait l'air plutôt effacé, et, comme il est courant chez de nombreuses femmes de souche canadienne-

francaise, elle n'avait pas de menton.»

Depuis, je n'arrête pas de regarder le menton des femmes de souche canadienne-française. Première observation. Toutes, sans exception, ont un menton. Seconde observation: la femme de souche canadienne-française n'aime pas qu'on regarde son menton, surtout si c'est un vieux monsieur et qu'elle le soupçonne (à tort) de plutôt regarder ses tétons...

Qu'est-ce que vous avez à me regarder?

Je regardais votre menton, madame...

Oui, oui, mon menton, j'en ai deux, peut-être?

FOSSE COMMUNE - Il venait d'y avoir ce titre magnifique dans La Presse: «Cimetières cherchent dépouilles», il chapeautait un article sur la désaffection des cimetières pour cause d'incinérations intempestives. C'est alors que j'ai reçu des Europes cette lettre à l'entête du service Affaires Générales et Citoyenneté de la petite ville de T...

«Monsieur,

J'ai l'honneur de vous informer que la concession no 5434 au cimetière des Hautes-Fougères achetée le 18 mars 1983 par vous, M. Pierre Foglia, pour y fonder la sépulture particulière, au bénéfice de votre famille, est échue depuis le 18 mars 2013.»

À la fin, la dame qui signe la lettre me prie d'agréer ses sentiments distingués, n'empêche que soit je renouvelle pour 30 ans (422 euros), soit pour 50 ans (793 euros), soit, me dit la dame aux sentiments distingués, les restes de mon papa et de ma maman seront jetés dans la fosse commune.

Depuis que j'ai reçu cette lettre, j'ai rêvé à ma maman, elle m'est apparue avec son sourire mater dolorosa en lame de couteau, elle a toujours cet accent épouvantable qui ne s'est pas du tout amélioré dans l'au-delà: Tou va nous jéter à la fosse commoune ton père et moi? Avec des gens qué on couné même pas?

LE LUXEMBOURG ET AUTRES BALIVERNES - Un lecteur courroucé - ou peut-être fait-il semblant - m'annonce qu'il ne me lira plus parce que... le Luxembourg. Qu'avez-vous à toujours déconner sur le Luxembourg? On dirait que vous avez 12 ans, 12 ans et demi. Où êtes-vous allé chercher que la raquette de badminton avait été inventée au Luxembourg?

Je n'ai jamais dit ça, monsieur. J'ai dit, je l'ai lu dans notre cahier Affaires, juste au-dessus du sudoku, qu'une entreprise luxembourgeoise allait ouvrir sous peu une usine de raquettes de badminton à Laval.

Dernière seconde et absolument rien à voir avec le Luxembourg, je viens de recevoir d'un autre lecteur - M. Pascal Fournier - un très mauvais jeu de mots. Je déteste les jeux de mots, sauf quand ils sont vraiment très mauvais comme celui-ci: la veille de la circoncision, quand le soleil se couche, c'est le prépuscule.

Taisez-vous.