Selon un classement de l'Institut Fraser réalisé auprès de l'industrie pétrolière et gazière, le Québec serait l'un des pires endroits du monde pour investir, au 141e rang mondial sur 157, pas loin de pays en guerre comme la Syrie, ou de pays isolés et corrompus comme le Kazakhstan.

Publié le 5 nov. 2013
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Faut-il prendre ce genre d'études au sérieux? Hélas oui. Le Québec n'est clairement pas une Syrie ou un Kazakhstan d'Amérique. Mais l'enquête, malgré ses limites, montre qu'il y a un problème. Il y a eu une grave dégradation de la réputation du Québec, qui était au 68e rang en 2009. Entre autres à cause de l'opposition au gaz de schiste, et des conséquences ce que l'on pourrait appeler « l'effet Ouellet » et de la stratégie de la terre brûlée.

L'Institut Fraser de Vancouver n'est pas un organisme neutre, c'est un « think tank » de droite, qui défend une cause, la réduction de l'État et la logique du marché. Mais ça n'empêche pas cet institut de travailler avec rigueur. On prend très au sérieux, par exemple, son enquête sur les temps d'attente en santé.

Bien sûr, ce n'est pas un objectif de société d'être en tête de ce classement où les décideurs de l'industrie du pétrole et du gaz évaluent les barrières à l'investissement. Les endroits où l'industrie trouve qu'il fait bon investir peuvent être ceux où la fiscalité est légère et les contraintes environnementales complaisantes. Par exemple l'Alberta, au 19e rang.

Mais on se pose des questions quand on découvre que des pays qui ne sont pas des partisans du développement sauvage réussissent à être beaucoup mieux cotés que le Québec, comme les Pays-Bas, au 10e rang, le Danemark, au 13e , la Norvège, au 20e. On se dit alors qu'il y a moyen d'être vert sans faire fuir les investissements.

Les résultats de cette enquête comportent aussi un élément de subjectivité, comme le dit son nom, l'Indice des perceptions des politiques. Mais les perceptions, qu'elles soient justes ou injustes, peuvent influencer les décisions. Et dans le cas du Québec, elles sont franchement affreuses.

Le Québec est dans les 25 pires pays en ce qui a trait à l'impact négatif de la fiscalité, il est au dernier rang, oui, le dernier, pour les règles environnementales, 150e sur 157 pour l'incertitude de l'interprétation des règlements, encore dernier pour le coût du respect des règles.

Ce jugement est manifestement déraisonnable, et semble moins reposer sur une analyse froide que sur des réactions de colère et d'incompréhension à l'égard du Québec, surtout à cause de l'incohérence des politiques. La liste est longue: le mouvement contre les gaz de schiste, nourri par le parti maintenant au pouvoir; les revirements, où l'on a imposé des moratoires après avoir approuvé des investissements, comme dans le gaz de schiste et l'uranium; l'incertitude réglementaire; la croisade fiscale pour obtenir « notre juste part ».

Il est vrai, qu'officiellement, le gouvernement Marois s'est dit ouvert à l'exploitation pétrolière. Mais comme il s'est déchaîné contre la fracturation dans le cas du gaz, comment croire à son enthousiasme pour le même procédé dans le cas du pétrole? Comment lui faire confiance après sa passivité dans l'arrêt de l'exploration à Gaspé, ou après sa dénonciation de l'entente entre Hydro et Pétrolia à Anticosti, qui trahit une incompréhension de l'industrie et une hostilité à son égard ?

Tous ces gestes ont nourri les perceptions. Et cela aura un coût. Parce que le jugement négatif du monde du pétrole et du gaz peut faire tache d'huile sur d'autres secteurs. Et parce qu'un jour, si on veut investir dans le pétrole, il faudra faire des concessions pour briser ce mur de méfiance.