Comment François Hollande est-il tombé si bas? Deux sondages récents dessinent le portrait d'un président abandonné par les trois quarts de sa population et fracassant des records d'impopularité. Ils s'ajoutent à des sondages antérieurs à peine plus encourageants.

Agnès Gruda
Agnès Gruda LA PRESSE

Le dernier baromètre mensuel de la firme BVA est impitoyable. François Hollande y récolte 26% d'opinions favorables, contre 73% d'avis défavorables. C'est le plus bas niveau d'approbation jamais enregistré par cette firme depuis sa création, il y a plus de 30 ans. Et c'est un déclin de six points depuis le coup de sonde précédent.

Autre sondage, même déprime. À peine 23% des Français accordent leur confiance au président Hollande, selon une enquête SOFRES publiée cette semaine.

La cote de popularité du président Hollande n'a cessé de s'effriter depuis son élection, il y a 17 mois. Dès le mois d'août 2012, son taux d'approbation est passé sous les 50%. Pour atteindre des creux inédits, cet automne. Pourquoi?

À court terme, en raison du cas de Leonarda, cette écolière kosovare expulsée de France, en octobre, que le président a invitée à revenir au pays, mais sans sa famille. Avec cette intervention maladroite, François Hollande s'est attiré les foudres de toutes parts. À droite, on l'a trouvé trop mou. À gauche, trop inhumain. Et partout, on lui a reproché cette offre de compromis défiant la raison.

Ce dérapage s'est ajouté à une rentrée politique que la firme BVA qualifie de «calamiteuse». Un automne tout en zigzags, notamment sur des questions fiscales, dont une «écotaxe» qui devait être imposée sur les poids lourds. Et que le gouvernement vient de suspendre, reculant devant la contestation qui gagnait la Bretagne, où cette mesure passe mal.

Ce retrait fait pousser les hauts cris chez les verts, partenaires du gouvernement. Mais n'éteint pas le mouvement de protestation qui appelle maintenant à la suppression de la taxe.

Comme avec l'affaire Leonarda, François Hollande en sort écorché, donnant l'impression d'être à la barre d'un navire qui ne sait plus où il va.

Puis, il y a le nombre record de 3,3 millions de chercheurs d'emploi enregistrés en septembre, chiffre que François Hollande a interprété comme un signe d'essoufflement de la progression du chômage - sans convaincre personne.

Quoi d'autre? Ah oui: la gifle de Barack Obama, alors que le président Hollande était prêt à attaquer le régime syrien et qu'il s'est retrouvé seul au front.

Cette semaine, la libération de quatre otages français détenus au Sahel aurait pu lui donner un répit. Si ce n'était les révélations du quotidien Le Monde sur une rançon d'environ 30 millions qui aurait été versée aux ravisseurs. Il n'y a pas si longtemps, François Hollande jurait que jamais, au grand jamais, il ne donnerait d'argent à des terroristes...

Chômage, ras-le-bol fiscal, isolement sur la question de la Syrie, Leonarda, écotaxe: tous ces facteurs ont contribué à esquinter l'image d'un président qui paraît faible, indécis et inconstant.

Libération lui reproche de se livrer à «un exercice d'équilibrisme permanent déguisé en manière de gouverner». Le Monde évoque une «spirale infernale» et se demande comment François Hollande peut «redevenir le maître d'un échiquier politique dont les pièces semblent chaque jour lui échapper».

Devant cette débandade, la rumeur d'un remaniement ministériel se fait de plus en plus persistante. Une opération de sauvetage qui placerait à la tête du gouvernement le populaire ministre de l'Intérieur Manuel Valls. Qui surpasse tous ses collègues avec une cote d'approbation de... 70%.

Coup de sonde dévastateur

Selon le baromètre politique de la firme BVA:

> Seuls 3% des Français ont une très bonne opinion de François Hollande, et 23% en ont une opinion plutôt bonne. Pour un total de 26% d'opinions favorables.

> L'appui à François Hollande est passé de 61% en mai 2012 à 26% en octobre 2013.

> Le premier ministre Jean-Marc Ayrault ne s'en tire pas mieux avec un taux d'opinions favorables de 25%.

> 74% des Français estiment que la politique menée par François Hollande n'est pas juste.

> 25% croient qu'elle est juste.

> 84% jugent que la politique menée par François Hollande est inefficace.

> 14% disent qu'elle est efficace.

> 70% des Français ont une bonne opinion du ministre de l'Intérieur, Manuel Valls.

> 29% en ont une opinion défavorable.