Au sujet de la riposte préparée par les États-Unis contre le régime Hassad en Syrie, nous invitions hier le gouvernement canadien à la plus grande prudence. Lors d'une rencontre avec les journalistes de La Presse quelques heures plus tard, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, s'est fait des plus rassurants. Tant mieux.

André Pratte LA PRESSE

M. Baird a fait savoir que les États-Unis n'ont pas demandé au Canada de contribuer d'une façon ou d'une autre à l'offensive en préparation. «On entend dire à Washington que le président Obama envisage d'avoir recours à des drones ou à des missiles de croisière. Le Canada ne possède pas ce type d'armes», a souligné le ministre.

Le gouvernement canadien appuiera moralement et politiquement l'intervention américaine, dans la mesure où, comme c'est très probable, celle-ci est limitée dans ses objectifs et dans le temps. Le recours aux armes chimiques contre des populations civiles ne peut rester impuni, dit M. Baird avec raison.

En quoi les preuves recueillies par les Américains en Syrie sont-elles plus crédibles que les informations dont ils prétendaient disposer sur les armes chimiques de Saddam Hussein? «Il n'est pas contesté que la Syrie possède des stocks d'armes chimiques, affirme John Baird. De plus, à l'opposé de George W. Bush dans l'aventure irakienne, si le président Obama songe aujourd'hui à une action militaire, c'est de toute évidence à son corps défendant.

Le ministre des Affaires étrangères a par ailleurs exprimé son scepticisme à l'égard de toute intervention armée qui viserait à provoquer la chute du régime en place. «Personnellement, je ne crois pas aux changements de régime obtenus par une intervention militaire occidentale. Ça ne fonctionne pas. On l'a vu dans le cas de l'Irak.» Nous partageons ce scepticisme.

M. Baird a aussi rappelé que le gouvernement Harper, au contraire de celui de plusieurs autres pays, n'a pas reconnu le Conseil national syrien, regroupant les opposants au président Hassad, comme seul représentant du peuple syrien. De plus en plus, a soutenu le ministre, il apparaît que cette coalition se soucie peu du sort des femmes et des minorités du pays. En outre, des groupes terroristes sont de plus en plus présents au sein de l'opposition syrienne. Bref, résume-t-il au sujet de la situation en Syrie, «c'est le bordel» («It's a mess»).

La prudence affichée par Ottawa dans la crise syrienne est bienvenue, se situant à des lieues de l'enthousiasme militariste qu'on reproche souvent au gouvernement conservateur. Cela dit, même les actions militaires les mieux ciblées peuvent dégénérer. Espérons qu'au cours des prochains mois, le gouvernement canadien continuera de se tenir loin, militairement parlant, d'un conflit interne qu'en définitive, seuls les Syriens peuvent résoudre.