D'abord, absorber le choc. Puis, retrouver les morts, honorer leur mémoire et consoler leurs proches. Ensuite, reconstruire la brique et l'âme de Lac-Mégantic. Et puis, il faudra chercher les causes et les responsables de cette tragédie, par respect pour les victimes, mais aussi pour éviter d'autres accidents du genre.

Vincent Marissal LA PRESSE

Aux devoirs de solidarité, d'empathie et d'entraide s'ajoute celui de poser des questions, y compris des questions à nos dirigeants politiques, qui ont la responsabilité de protéger la population.

Nous sommes nombreux à avoir appris avec horreur et stupéfaction, au cours des derniers jours, que des trains circulent à travers villes et campagnes, transportant souvent des matières dangereuses à toute allure, parfois de nuit et... sans conducteur! Il y a d'autres «détails» du genre qu'on devrait savoir? D'autres absurdités apparemment permises par les lois et règlements en vigueur?

Cette fin de semaine, l'heure n'était pas à la politique, mais il faudra néanmoins y arriver. Pauline Marois a réagi vite et bien, dans les heures suivant l'accident, se rendant sur les lieux pour réconforter la population et lui garantir aide et soutien. C'était la chose à faire.

Stephen Harper a quitté prestement Calgary, une autre ville éprouvée qui essaye de retrouver le sourire avec son fameux Stampede, pour visiter lui aussi Lac-Mégantic. Pas sûr que le show de drapeau était approprié, d'autant que M. Harper n'avait pas grand-chose à dire. Son lieutenant québécois, et député du coin, le ministre Christian Paradis, est lui aussi intervenu rapidement, offrant tout le soutien du fédéral. Très bien, mais il faudra aussi réévaluer la réglementation du transport ferroviaire de matières dangereuses.

Certains ont critiqué Thomas Mulcair, lui aussi de passage à Lac-Mégantic hier, parce qu'il a fait un lien entre les coupes budgétaires du gouvernement Harper et l'accroissement des risques pour la population. Je trouve, au contraire, fort pertinente l'intervention de M. Mulcair et de la critique du Nouveau Parti démocratique en matière de transports, Olivia Chow, qui rappellent quelques évidences: le nombre de trains transportant des matières dangereuses augmente, les budgets pour les inspections diminuent et les conservateurs ont un parti-pris notoire pour l'autorégulation des entreprises privées. On pourrait ajouter que les conservateurs ont aussi fait des coupes au ministère de l'Environnement et qu'ils militent ouvertement pour l'accroissement des «exportations» du pétrole albertain vers l'Est.

Selon un rapport du Comité consultatif sur l'examen de la Loi sur la sécurité ferroviaire publiée en 2007, le transport ferroviaire des marchandises dangereuses a augmenté de 60% pour le CN et le CFCP entre 1997 et 2006. Et on ne parle pas ici que de pétrole. Selon le même rapport, les trains transportent environ 3000 (vous avez bien lu: 3000!) substances jugées dangereuses aux yeux de la loi au Canada.

Autre chiffre affolant, tiré de l'Association des chemins de fer du Canada, cette fois. En 2009, 500 wagons de pétrole brut transportés; estimation pour 2013: 140 000 wagons!

Devant de telles données, il n'y a rien de déplacé à demander des comptes au gouvernement. J'ai moi aussi un train de questions en tête:

- À qui a-t-on vendu les segments de chemins de fer? Qui sont ces entreprises? Sont-elles fiables? Solvables?

- Se conforment-elles à nos lois?

- En tire-t-on, collectivement, un bénéfice honorable ou sert-on simplement de terre de transit pour du pétrole destiné aux autres marchés, comme c'était le cas du train de la Montreal, Maine&Atlantic Railway?

- A-t-on favorisé le développement des affaires des entreprises privées au détriment du bien-être, de la sécurité et de l'environnement?

- Nos lois et règlements sont-ils à jour? Appliqués? Applicables?

- A-t-on suffisamment d'inspecteurs? Ont-ils le temps et les moyens de faire leur boulot correctement?

- Sait-on vraiment ce qui transite sur nos voies ferrées?

Dans un pays qui s'est construit, en grande partie, grâce au chemin de fer, le train occupe une place presque romantique. La poésie, toutefois, vient d'exploser, à Lac-Mégantic, vers 1h20 du matin.

Voilà qui jette une lumière crue sur les projets de trains-pétroliers de Suncor (Alberta), qui souhaite amener vers le Québec son pétrole des sables bitumineux ou, ici, d'Ultramar, qui songe à fournir sa raffinerie de Lévis par rail. L'industrie a compris le truc: le transport par train permet des économies et, contrairement aux projets d'oléoducs, passe sous le radar des médias et d'une bonne partie de la population.

Les oléoducs, par contre, ont la réputation d'être plus sûrs, et le drame de Lac-Mégantic ne nuira certainement pas aux projets en gestation au Québec et ailleurs au Canada.

À mots à peine voilés, le ministre Christian Paradis a reconnu hier que nous devrons maintenant mener les débats sur les pipelines en gardant Lac-Mégantic en tête.

Bien involontairement, je crois, M. Paradis en a lancé une bonne à propos de l'accident de train, en disant sur les ondes de Radio-Canada que «si on avait pu l'éviter, ce ne serait pas arrivé».

En effet.

Mais ne lui en tenez pas rigueur: M. Paradis est sincèrement ébranlé par ce qui vient de se passer dans la cour arrière dans sa circonscription.

Une super mairesse

Comme plusieurs autres, j'ai tweeté samedi mon respect pour Colette Roy-Laroche, la mairesse de Lac-Mégantic, ébranlée, mais forte dans la tempête.

Il paraît qu'elle termine son dernier mandat là-bas.

Montréal, ça ne vous tente pas, Mme la mairesse?

Pour joindre notre chroniqueur : vmarissal@lapresse.ca