La Presse révélait vendredi que la première ministre du Québec, Pauline Marois, a évoqué, en privé, dans une rencontre avec des dirigeants québécois d'entreprises, l'hypothèse de reporter l'échéance du déficit zéro d'un an.

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Mme Marois s'est bien sur empressée d'affirmer que son gouvernement garderait le cap. Mais si elle a sondé des gens d'affaires là-dessus, c'est parce qu'elle y songe, et que l'idée est dans l'air. Cette idée mérite d'être débattue. J'avais d'ailleurs évoqué cette possibilité dans une chronique publiée en février. Le report du déficit zéro peut se justifier par des arguments économiques - le ralentissement mondial -, et des arguments pratiques - les ravages des compressions d'urgence.

Plusieurs organismes internationaux, comme le Fonds monétaire international ou l'OCDE, constatent que les mesures d'austérité trop brutales provoquent des crises sociales et ont des effets pervers, en compromettant la reprise économique. La semaine dernière, le FMI suggérait d'ailleurs au Canada de privilégier le soutien de la croissance plutôt que l'assainissement des finances publiques.

La question se pose parce que l'économie ralentit. Tant le FMI que la Banque du Canada ont révisé à la baisse leurs prévisions de croissance en 2013 pour le Canada. On est rendu à 1,5 %. Et le Québec, dont la croissance est déjà plus faible, à 1,3 %, devra sans doute encore rajuster ses prévisions vers le bas. On le voit entre autres à la perte de 30 000 emplois depuis janvier.

Ce ralentissement affecte les rentrées fiscales du Québec et rend encore plus difficile l'atteinte du déficit zéro cette année. Il faut donc couper plus. Mais ces mesures d'austérité freinent une croissance déjà anémique. Cela s'ajoute aux impacts économiques négatifs qu'a pu avoir l'arrivée au pouvoir du Parti québécois, notamment en raison du ralentissement des travaux d'infrastructures, des politiques fiscales impopulaires chez les investisseurs et de la quasi-paralysie du secteur des ressources naturelles.

Au plan économique, il serait donc pleinement justifié de privilégier le soutien à la croissance, et de moins insister sur l'austérité, d'autant plus que les prévisions permettent de croire que la reprise sera au rendez-vous en 2014, et donc que la réduction du déficit serait alors plus facile.

Mais en plus, on arrive à un stade où les mesures d'austérité, en soi pénibles, dépassent le cadre de la saine gestion. On coupe partout - recherche, CPE, aide sociale. Mais plus ça avance, plus on a l'impression que l'on coupe n'importe où et n'importe comment, sur un mode panique qui n'envoie pas le message que le gouvernement est en contrôle.

Le cas des compressions aux commissions scolaires, il y a quelques jours, est évocateur. Ces nouvelles compressions de 65 millions s'ajoutent à une commande de 150 millions. En soi, une deuxième vague de réductions suggère l'improvisation et risque de mener à des économies artificielles et temporaires.

D'autant plus que les détails donnés par la ministre Marie Malavoy montrent aussi que l'opération est largement cosmétique, parce que les commissions scolaires pourront absorber le choc en puisant dans leurs surplus ou en créant des déficits. Comme pour les CPE et comme pour les universités. On n'a pas réglé le problème, on l'a tout simplement déplacé.

Si le gouvernement veut atteindre rapidement le déficit zéro, ce n'est pas pour gagner un concours de créativité comptable, c'est pour cesser d'endetter le Québec et pour ramener les finances publiques à un état d'équilibre authentique et durable.

Pour atteindre cet équilibre durable, les coupures aveugles, on le voit bien, ne suffisent pas. Il faut repenser nos choix et nos façons de faire pour qu'il y ait une adéquation entre les obligations de l'État et ses moyens. Cette approche prendrait sans doute plus de temps, mais elle mènerait à un vrai déficit zéro.