Les résultats des élections législatives en Italie illustrent le dilemme devant lequel se trouvent les dirigeants de plusieurs pays européens. La situation économique et budgétaire exige des réformes difficiles. À court terme, ces réformes font beaucoup de mécontents, tandis que les effets bénéfiques ne sont pas à portée de vue. La population s'impatiente... et cela peut amener le rejet des réformes, comme ce qu'on vient de voir au pays de Berlusconi. Que faire?

André Pratte LA PRESSE

Pour certains, notamment le Nobel de l'économie Paul Krugman, le marasme européen prouve que la politique d'austérité imposée par Bruxelles et par l'Allemagne est un «échec total». Suivant cette thèse, les compressions budgétaires ne font qu'aggraver la récession et rendent encore plus difficile l'atteinte des cibles budgétaires.

Il est vrai que, dans certains cas, une austérité aveugle peut faire plus de tort que de bien. Toutefois, dans des pays comme la Grèce, l'Italie et l'Espagne, il n'y a pas vraiment de solution de rechange. Ces économies sont plombées par une lourdeur étatique éléphantesque et une compétitivité famélique. De plus, la dette publique est telle que les créanciers exigent des taux d'intérêt très élevés, ce qui rend la situation budgétaire encore plus périlleuse.

Les réformes en profondeur et la mise en ordre des finances publiques s'imposent donc de toute urgence, même si leurs bienfaits ne seront apparents qu'au bout de quelques années. Les contribuables qui voient leurs impôts augmenter, les travailleurs qui perdent leur emploi, dont la rémunération est amputée ou dont les projets de retraite sont perturbés ne sont évidemment pas enclins à attendre aussi longtemps.

Dans une telle situation, la crédibilité des dirigeants politiques est essentielle. Il s'agit de convaincre les citoyens de la nécessité absolue de verser «du sang, de la sueur et des larmes.». Or, en Europe, cette crédibilité est au plus bas. Cela explique que le comique Beppe Grillo ait obtenu le quart des voix en Italie.

En Espagne, le Parti populaire du premier ministre Mariano Rajoy est en eaux troubles à la suite d'allégations selon lesquelles plusieurs de ses dirigeants, y compris M. Rajoy, auraient reçu des sommes tirées d'un fonds secret. La popularité du PP s'est écroulée, d'autant que les réformes en cours n'ont pas empêché le chômage d'atteindre 26%.

Au Royaume-Uni, les dernières statistiques indiquent que le pays se dirige vers une troisième récession depuis 2008. Or, là aussi, les scandales politico-financiers se multiplient.

Plus la crédibilité de la classe politique est mise à mal, moins les gouvernements seront en mesure de mener à terme les réformes qui s'imposent. Ainsi, la crise économique se double d'une crise de leadership qui rend la suite des choses terriblement incertaine. L'électorat aura beau envoyer des clowns au pouvoir, la situation ne porte vraiment pas à rire.