Même si le Québec est devenu une société très laïque, l'abdication du pape Benoît XVI y provoque des remous. Pas parce que son départ laissera un vide chez les fidèles, mais plutôt parce que son remplaçant sera peut-être québécois.

Mis à jour le 1er mars 2013
Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Marc Ouellet, qui fut l'archevêque de Québec, pour devenir un proche conseiller du souverain pontife démissionnaire, est l'un des grands favoris dans la course à la succession, si l'on en croit les observateurs du Vatican ou même les bookmakers.

Au-delà des réflexes de fierté chauvine, ou des avantages touristiques de son éventuelle victoire pour son Abitibi natale, le fait qu'un évêque québécois puisse être un candidat sérieux à la papauté comporte des éléments positifs. Cela nous ouvre une fenêtre sur le fonctionnement de l'Église catholique, ses problèmes et ses défis.

Rien de plus abstrait que les débats théologiques, rien de plus compliqué que les affrontements doctrinaux au Saint-Siège. Mais le fait qu'un des protagonistes de ces luttes de pouvoir soit un Québécois francophone, que nous avons côtoyé, vu et entendu, nous donne un accès plus direct à l'un des gardiens de la doctrine de l'Église.

Et comme Mgr Ouellet a participé à nos débats publics, il a appliqué sa grille d'analyse à des contextes avec lesquels nous sommes familiers. Ce qu'il a pu dire sur le Québec nous éclairera sur la doctrine qui semble actuellement dominer l'Église catholique.

Le cardinal Ouellet n'est pas un vieillard affaibli. C'est un homme vif, énergique, qui n'a pas la langue dans sa poche, parfois même agressif dans ses interventions. Il a comparé les cours d'éthique et de culture religieuse, qu'il dénonçait, à «des cours d'État imposés tous azimuts comme dans les pays totalitaires» et lancé des phrases à l'emporte-pièce du genre: «Il est grand temps qu'on freine l'intégrisme laïciste, imposé à même les fonds publics».

Voilà pour la forme. Sur le fond, Mgr Ouellet est un homme que l'on peut qualifier de réactionnaire, dans le sens précis du terme: «mouvement d'idées, action qui s'oppose au progrès social et qui vise à rétablir des institutions antérieures». Dans son cas, un combat contre les effets de la Révolution tranquille et pour un retour aux fondements de la société québécoise, la langue et la religion.

C'est dans un mémoire à la commission Taylor-Bouchard qu'il a été le plus clair à ce sujet, et je vais le citer abondamment pour ne pas trahir sa pensée. «Qu'on veuille ou non le reconnaître, il faudra un jour se dire toute la vérité à propos de la Révolution tranquille et avoir le courage de reconnaître que si des gains ont été réalisés au plan social et économique, un véritable fiasco en résulta sur le plan religieux et aussi sur le plan humain.

«Le vrai problème québécois est le vide spirituel créé par une rupture religieuse et culturelle, une perte substantielle de mémoire, entraînant une crise de la famille et de l'éducation, qui laisse les citoyens et citoyennes désorientés, démotivés, sujets à l'instabilité et rivés à des valeurs passagères et superficielles.

«D'où le désarroi de la jeunesse, la chute vertigineuse des mariages, le taux infime de natalité et le nombre effarant d'avortements et de suicides pour ne nommer que quelques-unes de ces conséquences qui s'ajoutent aux conditions précaires des aînés et de la santé publique.

«Il est grand temps de se demander: Québec, qu'as-tu fait de ton baptême?», concluait-il, affirmant que « Le Québec est mûr pour une nouvelle évangélisation en profondeur.» Voudrait-il appliquer le même diagnostic et la même solution à l'ensemble des sociétés avancées? Ça n'a pas fonctionné à Québec.