Il n'y a rien de plus facile que de dénoncer des compressions budgétaires. Je ne suis pas du genre à le faire parce que je sais que si un gouvernement veut assurer l'équilibre budgétaire, il doit souvent prendre des décisions impopulaires.

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Mais pourtant, je suis mal à l'aise avec les mesures d'austérité du gouvernement Marois. Mal à l'aise parce qu'il semble y avoir une disproportion entre la brutalité des coupes et la situation financière réelle du gouvernement québécois.

J'ai une bonne expérience des budgets gouvernementaux. J'ai analysé, à chaud et à froid, une quarantaine de budgets provinciaux, et tout autant du côté fédéral. J'ai côtoyé une brochette de sous-ministres et de ministres des Finances. Et pourtant, il y a quelque chose que j'ai du mal à comprendre dans le budget du ministre des Finances Nicolas Marceau.

Le ministre évalue à environ 1,6 milliard l'impasse financière léguée par le gouvernement libéral pour l'année en cours, qui se terminera le 31 mars. Cinq cents millions seraient attribuables au ralentissement économique, que le ministre réussit à résorber facilement, notamment grâce à la faiblesse des taux d'intérêt. Et 1,083 milliard s'expliquerait par un dépassement des dépenses, que le gouvernement veut compenser par des mesures de rigueur budgétaire.

Cette somme, 1,083 milliard, ce n'est pas rien, mais c'est gérable. N'oublions pas que les dépenses totales atteignent 70 milliards. Et c'est habituel. Chaque année, fin août début septembre, quand il fait le point au milieu de l'année, le gouvernement découvre un trou, autour de 500-600 millions. Ça se gère, en rappelant à l'ordre les ministères délinquants, en récupérant des budgets qui ne seront pas dépensés, et en serrant la vis.

Évidemment, 1,083 milliard, c'est plus que d'habitude, mais cela tient en partie au fait que le nouveau gouvernement a certainement gonflé les chiffres en «ouvrant les livres», comme les libéraux l'avaient fait en prenant le pouvoir. Un nouveau gouvernement a intérêt à dramatiser la situation pour refiler à ses prédécesseurs le coût politique de l'austérité.

Mais la taille de cette impasse n'explique pas la sauvagerie des coupes. Pourquoi ce genre de problème, récurrent, réel mais gérable, a-t-il été traité sur le mode de la catastrophe?

Les compressions de 50 millions pour les chirurgies sont carrément barbares et hanteront le ministre de la Santé Réjean Hébert pour la suite de son mandat. Comme elles sont rétroactives - encore une fois! - elles ne sont pas toutes absorbables par les hôpitaux, et elles feront des victimes, des gens qui devaient être opérés et qui ne le seront pas.

Cela n'explique pas non plus la réduction de la subvention de 124 millions aux universités. Cette ponction est très sévère, 5% des quelque 2,5 milliards que leur verse le gouvernement. Elle est, encore une fois, rétroactive. Elle est injuste, parce qu'on demande aux universités de payer pour les autres, et de payer plus que leur part.

Pourquoi? Dans ce cas-ci, on vient d'avoir une explication politique pour ce choix malheureux. Le ministre Duchesne dit disposer de fonds pour les universités, s'il y a une entente au sommet qu'il présidera. Le chantage est pathétique. Une entente entre qui et sur quoi?

Au plan financier, il ajoute à la confusion, parce que le gouvernement Marois nous dit une chose et son contraire. Mais cela semble indiquer que les compressions annoncées ne se justifient pas seulement par des impératifs financiers, mais qu'elles sont aussi motivées par des calculs politiques.

Les compressions annoncées, qui laisseront des cicatrices, rappellent les approches bureaucratiques aveugles des années 90. C'est un retour en arrière. On aurait pu, et on aurait dû, trouver d'autres façons de trouver l'argent. Surtout que les données du budget ne démontrent pas de façon convaincante qu'elles étaient vraiment nécessaires.