Véritable drame aux yeux de certains amateurs qui se voient privés de leur club fétiche et des promesses de jours meilleurs qu'annonçaient les nombreux changements effectués au cours des derniers mois, le lock-out qui paralyse la LNH sera très bénéfique au Canadien de Montréal.

Mis à jour le 18 sept. 2012
François Gagnon LA PRESSE

Peut-être pas aux guichets, sans doute pas dans l'opinion publique non plus. Mais sur le strict plan hockey, le conflit aidera la cause du Canadien.

Pourquoi?

Parce qu'il étouffera le vent de folie qui déferle chaque automne sur le camp d'entraînement. Un vent d'enthousiasme par le biais duquel, encore cette année, les partisans auraient sans l'ombre d'un doute tenté de propulser les Alex Galchenyuk, Brendan Gallagher, Jarred Tinordi, Nathan Beaulieu, Michaël Bournival ou Patrick Holland - obtenu des Flames de Calgary avec Rene Bourque en retour de Michael Cammalleri - directement des rangs juniors à la Ligue nationale.

Témoins d'une bonne mise en échec, d'une montée spectaculaire ou d'un but asséné, effectué ou marqué par un jeune espoir lors d'un banal match simulé ou d'une rencontre préparatoire insignifiante, de nombreux amateurs interprètent ces faits saillants comme un gage de réussite avec le grand club.

Ils ne sont pas les seuls à sombrer dans ce genre d'excès de positivisme. Plusieurs «experts» tombent dans le même panneau année après année.

L'automne dernier, le prodige s'appelait Brendan Gallagher. L'un des meilleurs joueurs du Tricolore lors des matchs simulés et aussi lors des rencontres préparatoires, Gallagher aurait amorcé la saison à Montréal si la décision avait été soumise à un vote populaire.

Heureusement, il a remis le cap sur Vancouver pour y terminer son stage junior. Même chose pour les défenseurs Nathan Beaulieu et Jarred Tinordi.

Grâce au lock-out, nous éviterons pareil cirque cet automne.

Parce qu'il est encore d'âge junior et qu'il ne peut évoluer dans la Ligue américaine, Alex Galchenyuk ira là où il doit jouer l'hiver prochain: à Sarnia, dans la Ligue junior de l'Ontario.

Gallagher ira à Hamilton, avec les autres espoirs qui frappent à la porte du hockey professionnel. Et c'est bien tant mieux. Car c'est là, et non à Montréal, qu'ils apprendront le mieux ce qui leur reste à apprendre pour effectuer la transition difficile entre le hockey junior et celui de la LNH.

Leblanc reviendra grandi

Le lock-out sourira aussi à Louis Leblanc. Premier choix du Canadien en 2009, Louis Leblanc, parce qu'il est bon, mais aussi parce qu'il représente un trop rare espoir québécois, s'est retrouvé trop vite à Montréal.

Malgré sa belle maturité et le talent indéniable qui l'habite, Leblanc bénéficiera du séjour plus ou moins long auquel il devra se soumettre cette année à Hamilton.

Croisé par mon collègue Marc Antoine Godin au Centre d'entraînement de Brossard hier, Leblanc assurait voir d'un bon oeil son retour prochain dans les mineures.

S'inspirant de son ancien coéquipier Eric Staal avec les Hurricanes de la Caroline, le vétéran Erik Cole l'a d'ailleurs invité à transformer ce séjour dans la Ligue américaine en tremplin pour mieux revenir dans la Ligue nationale.

Après une saison recrue de 11 buts et 31 points en Caroline, Staal s'est offert une année de 26 buts et 77 points en 77 rencontres dans la Ligue américaine en 2004-2005. L'année suivante, Staal saluait la reprise du hockey dans la LNH avec une saison de 45 buts et 100 points en 82 matchs. Avec, en prime, une conquête de la Coupe Stanley.

Difficile de promettre une saison de 100 points ou une conquête de la Coupe Stanley à Louis Leblanc l'an prochain - si la LNH reprend ses activités d'ici là -, mais il est clair qu'après une saison de transition à Hamilton, Louis Leblanc sera en mesure de tenir son bout dans la LNH bien mieux qu'il n'y arrivait l'an dernier.

Mieux encore, il bâtira, avec les Bulldogs, des liens étroits avec tous les autres espoirs qui remplaceront dès l'an prochain quelques joueurs vieillissants. Et c'est à compter de ce moment que le Canadien pourra vraiment amorcer son ascension au classement et reprendre sa place au sein des clubs respectables de la LNH.

Sans lock-out, le renvoi de Louis Leblanc à Hamilton aurait été la source d'une guerre civile autour du Centre Bell et dans les tribunes téléphoniques.

Souvenir de François Beauchemin

Outre Louis Leblanc, le Canadien a soumis une liste de 20 joueurs qui se rapporteront à l'entraîneur-chef Sylvain Lefebvre lors de l'ouverture du camp d'entraînement des Bulldogs de Hamilton.

Trois joueurs manquent à l'appel sur cette liste: Frédéric St-Denis, Aaron Palushaj et le gardien Cédrick Desjardins.

Contrairement à ce qu'il a fait avec Mike Blunden vendredi, le directeur général Marc Bergevin n'a pas voulu soumettre les noms de ces trois joueurs au ballottage.

Bergevin a misé sur la prudence afin d'éviter de perdre l'un de ces trois joueurs aussi bêtement que lorsque le Canadien avait perdu François Beauchemin aux Blue Jackets de Columbus au tout début du lock-out qui a annulé la saison 2004-2005. Beauchemin s'est ensuite retrouvé à Anaheim où il est devenu un rouage important de la défense des Ducks, avec qui il a gagné la Coupe Stanley en 2007.

Cette prudence honore Bergevin. Mais s'il est vrai que Frédéric St-Denis aurait pu intéresser un autre club de la LNH et que le Canadien compte sur Cédrick Desjardins pour garder le fort à Hamilton, la perte de Palushaj n'aurait pas miné l'avenir du Canadien. Que non!

Parce qu'ils ont terminé la saison dans les mineures le printemps dernier ou qu'ils occupaient une place sur les listes des joueurs admissibles en séries dans la Ligue américaine, ces trois joueurs pourront signer des contrats avec le club-école et rejoindre les Bulldogs.

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Photo: André Pichette, La Presse

Après une saison de transition à Hamilton, Louis Leblanc sera en mesure de tenir son bout dans la LNH bien mieux qu'il n'y arrivait l'an dernier.