Ce n'était pas seulement une menace, mais bien une promesse. Le commissaire de la Ligue nationale de hockey (LNH), Gary Bettman, l'a confirmé en ordonnant aux 30 propriétaires de verrouiller les portes de leurs vestiaires dès le premier des 12 coups qui ont fait basculer la fin de soirée de samedi vers la nuit de dimanche.

Publié le 17 sept. 2012
François Gagnon LA PRESSE

Ce qui est le plus désolant, dans ce deuxième lock-out en huit ans - et le troisième depuis que Gary Bettman est débarqué dans les bureaux de la LNH à New York, en février 1993 -, c'est qu'il ne réglera pas tout.

Loin de moi l'idée de minimiser l'importance des points en litige. Mais une fois la question du partage des revenus réglée, il faudra encore s'attaquer à la durée maximale des contrats et à la période d'attente avant de profiter de l'autonomie complète.

Aussi épineux soient-ils, ces trois points sont des formalités comparativement à l'abolition des contrats garantis. Un point qui sera sans doute le nerf de la prochaine guerre qui opposera la LNH à ses joueurs.

Erreur stratégique

Tant qu'à se taper un autre arrêt de travail, avec les conséquences négatives qu'il entraînera, je me demande pourquoi la LNH ne s'est pas attaquée dès cette année à l'abolition des contrats garantis.

Surtout qu'en jouant mieux leurs cartes, les propriétaires de la LNH auraient pu gagner l'appui des partisans, au lieu d'être loin derrière leurs joueurs dans la bataille des relations publiques.

À la place de Gary Bettman, j'aurais accepté toutes les demandes de Donald Fehr quant au calcul du partage des revenus entre les joueurs et la Ligue. Peut-être pas toutes, mais une grande partie.

Après avoir ainsi gavé les joueurs de millions de dollars, j'aurais aussitôt réclamé l'abolition des contrats garantis.

Les joueurs auraient alors été mal pris. Déjà plus que gâtés sur le plan pécuniaire, ils auraient difficilement pu convaincre les amateurs du bien-fondé de s'opposer à l'abolition des contrats garantis.

Cette abolition est la cible de prédilection des propriétaires. Payer grassement un, deux, cinq, dix joueurs n'est pas un problème si ces joueurs donnent leur plein rendement et s'ils contribuent aux succès de leur équipe.

Dans le système actuel, les joueurs peuvent toutefois s'asseoir sur leur contrat sans craindre la moindre conséquence financière. Scott Gomez en fait la preuve par 51,5 millions depuis que les Rangers de New York l'ont couvert d'or en 2007... et que le Canadien s'est tiré dans le pied en les libérant de ce contrat absurde.

Oui, le Canadien, comme les autres équipes, peut racheter le contrat de Scott Gomez et des autres joueurs qui se contentent d'encaisser leurs millions. Mais ça coûte encore très cher - trop cher pour représenter une solution facile.

L'abolition des contrats garantis offrirait aux équipes la possibilité de retourner les fainéants ou les profiteurs sur le marché des joueurs autonomes dès qu'elles perdent patience ou confiance en eux.

Un gain énorme pour les équipes. Une concession gigantesque pour les joueurs. Un gain et une concession qui laissent entrevoir un autre conflit lorsque les contrats garantis se retrouveront au centre de l'arène.

Tant qu'à se retrouver en lock-out encore cette année, il me semble qu'on aurait dû en profiter pour s'attaquer au vrai problème. Et à mes yeux, il n'y a pas de plus gros problème dans la LNH que les contrats garantis.

Combien de temps?

Maintenant que le jour se lève sur la deuxième journée de ce lock-out attendu depuis longtemps, la seule question qui se pose ce matin est: combien de temps il durera?

Les plus pessimistes anticipent une autre saison annulée. Comme en 2004-2005. Les dernières semaines leur donnent raison d'afficher pareil pessimisme.

Des collègues de Toronto et de New York, qui ont des contacts plus étroits que les miens avec les principaux acteurs impliqués dans la guerre d'usure qui commence, m'assurent toutefois que le conflit sera moins long. Certains parlent même d'un règlement avant la fin du mois de novembre.

On verra!

Quant à moi, je maintiens mon scénario proposé le printemps dernier, au moment où le conflit se profilait déjà: les activités reprendront le 1er janvier avec le match en plein air opposant les Red Wings de Detroit aux Maple Leafs de Toronto au «Big House» des Wolverines de l'Université du Michigan, à Ann Arbor.

Pourquoi cibler la Classique hivernale?

Parce que cette partie donne le coup d'envoi à la télédiffusion des matchs de la LNH à NBC. Parce que d'ici le 1er janvier, les Américains se gaveront de séries éliminatoires au baseball et de football de la NFL. Exception faite des très rares amateurs de sports américains qui ne carburent qu'au hockey, l'absence de la LNH sur les écrans accrochés au plafond et sur les murs des bars et des restaurants sportifs passera donc inaperçue chez l'Oncle Sam.

À Montréal, au Québec et dans le «rest of Canada», ce sera bien différent. L'absence du hockey sera décriée. Mais cette grogne ne se rendra pas aux oreilles de Gary Bettman, qui sait aussi très bien qu'en dépit des menaces qu'ils profèrent, les amateurs de hockey de Montréal, du Québec et du «rest of Canada» seront de retour aussitôt le conflit réglé, sans doute le lendemain, ou au pire le surlendemain...