J'entends parler de Charles Francis depuis des années par de petites voisines (grandes maintenant) qui allaient à l'école avec lui à la polyvalente Massey-Vanier, à Cowansville. Charles est presque un voisin, Cowansville est à deux pas. Tu devrais le rencontrer, insistaient mes petites voisines. Un jour, il va aller aux Jeux olympiques...

Publié le 29 juill. 2012
Pierre Foglia LA PRESSE

Ben oui, ben oui, les Jeux olympiques! Ils disent tous ça.

À l'époque, il devait avoir 16 ou 17 ans. Aujourd'hui, Charles Francis en a 23, et il est à Londres. Mes petites voisines avaient raison. Il a nagé hier le 100 mètres dos, s'est qualifié en matinée pour les demi-finales. C'était son premier objectif. Le second était de battre son record personnel. Il l'a fait aussi (54,04). Le troisième était de battre le record du Canada (53,63). C'est pas arrivé. En demi-finales, Charles s'est un peu désuni: 54,42, 15e sur 16. Il ne sera pas de la finale. Ce n'était pas au programme non plus. Il avait raté Pékin, il a fait les demi-finales à Londres. Il fera la finale à Rio.

Dilemme hier après-midi: irais-je à Granby chez la matante de Charles Francis pour assister aux semi-finales du 100 dos? Ou irais-je aux champignons? Ah. La matante organisait une petite sauterie, la télé serait là, et d'autres journalistes et plein de monde. C'est ce qui m'a décidé: je suis plutôt allé aux champignons.

Ce n'est pas une grande année pour les chanterelles. Je suis revenu avec un petit fond de panier juste à temps pour assister à la fin de la course cycliste des filles, qui entraient dans Londres sous une pluie battante. C'était gris, c'était laid, tout le contraire d'ici, où ce dimanche a été, je crois, la plus belle journée de l'été.

Nouveau dilemme: allais-je regarder les Jeux à la télé? Ou irais-je rouler? Ah.

Je suis allé rouler. Comment avez-vous deviné?

Mais avant, j'ai appelé la maman de Charles Francis à Londres. Bonjour madame. Je vois qu'il pleut à boire debout, chez vous? Ici, il fait tellement beau! Elle se fichait bien que je la taquine avec le ciel gris de Londres. Elle avait du soleil plein la tête: son Charles ferait les demi-finales. Le ciel de Londres pouvait pisser tant qu'il pouvait. Elle, elle exultait.

Elle revivait la course de son fils: il a connu un départ incroyable et, même s'il a un peu accroché le câble, il a établi sa meilleure marque personnelle... Elle ne le voyait pas en finale. En matière de natation, elle sait de quoi il retourne: elle a elle-même nagé à un bon niveau, participé à quelques championnats nationaux. C'est dans les gènes. La tante de Granby, qui nageait le 200 brasse, a raté d'un cheveu les Jeux de Montréal.

Les Francis sont six, à Londres: papa, maman, la soeur, une autre tante avec ses deux enfants. Je vous l'ai dit l'autre jour pour les Jeux du Québec; les Jeux olympiques aussi sont beaucoup une histoire de famille.

Combien pour vos billets?

Pour les séries de ce matin, 147$; 147$ aussi pour les billets de ce soir, qu'on a eus par Natation Canada.

L'hôtel?

On est chez des amis d'amis, c'est très raisonnable, 145$ par soir pour trois.

Quand je couvrais les Jeux olympiques il y a très longtemps, disons Mexico, Munich, Tokyo, il n'y avait pas ou presque pas de parents d'athlètes sur place. C'était moi qui leur racontais, dans mes papiers, comment c'était. Maintenant, c'est eux qui me racontent! Allô, madame Francis? C'est comment, Londres?

Il pleut.

Ici, il fait beau, lalalèreu. Je m'en vais à vélo.

Je suis parti par le chemin des Sapins, au bout duquel m'attendaient, comme d'habitude, les deux chiennes des Girardet. La noire pour se faire flatter, la gold pour que je la fasse courir: elle me voit arriver de loin, vite elle va chercher le bâton qu'elle tient dans la gueule quand j'arrive. Je dois essayer de le lui prendre, elle fait semblant de grogner, finit par me le laisser, je le lance, elle va le chercher et on recommence. Hier, ce n'était pas un bâton, c'était une pomme du pommier sauvage de sa cour, signe que l'été est déjà bien avancé.

Trois petites heures de vélo à penser à rien, à Londres, tiens, où je suis allé quelques fois, mais ça ne compte pas puisque je ne me souviens de rien sauf de la chambre où j'écrivais comme un fou. Il y a plein de villes comme ça, dans le monde, où je n'ai rien fait d'autre qu'écrire mes papiers. Quand je dis que je pense à Londres, je pense en fait au livre de Paul Morand sur Londres, plein d'Anglaises à grandes dents et à chapeaux à fleurs. C'est dans ce livre-là, je crois, qu'il dit que Londres est une ville qui fait de la lumière avec du gris. En tout cas, c'est un des tout premiers livres qui m'ont donné envie de voyager autrement, et plus encore convaincu d'essayer d'écrire autrement.

VÉLO - Retour sur la course de samedi pour vous dire que, parfois, mon sport préféré pue. Et c'est même pas à cause du dopage. Dans cette course, tout le monde a couru contre les Anglais, c'était prévisible, les Anglais, très esseulés, n'ont jamais été capables de revenir sur une échappée emmenée par de très gros rouleurs comme Gilbert, Kreuziger, Sanchez, et surtout Cancellara avant sa chute. Mais c'est pas ça qui pue, dans cette course. C'est le final. Dans le final, Vinokourov et le Colombien Uran se détachent. Pendant qu'Uran se retourne pour voir où sont les poursuivants, Vinokourov attaque et gagne facilement. Ils nous prennent vraiment pour des valises. En se retournant (pourquoi se retourner, grand dieu?), Uran avait l'air de dire à Vino: vas-y, vas-y, je regarde pas. C'était aussi gros que ça. Quand Uran a eu fini de regarder derrière pour regarder devant, ah ben, si ça parle pas au diable! Vino, le petit maudit, était parti chercher la médaille d'or. Uran, disons-le comme ça, prendra l'argent.

Hier, la course des filles a couronné une des grandes favorites, la Néerlandaise Marianne Vos, qui a battu au sprint ses deux compagnes d'échappée. Les trois Canadiennes finissent dans le peloton. Joëlle Numainville, en disputant le sprint du peloton, s'est avantageusement classée douzième.