La criminalité a encore diminué au Canada en 2011. Ainsi, le taux d'homicide s'établit à 1,7 par 100 000 habitants, l'un des plus bas au monde. Plus généralement, le nombre de crimes commis au Canada en 2011 est la moitié de ce qu'il était en 1991. Et ces crimes sont moins graves que jadis.

Mario Roy LA PRESSE

Le phénomène est constant depuis 20 ans. Et une de ses causes est d'ordre démographique: moins de jeunes hommes, moins de criminalité.

Or, cette diminution ne risque pas de modifier l'attitude law and order du gouvernement conservateur. C'est en effet dans les provinces de l'ouest, son habitat naturel, que les crimes graves, y compris l'homicide (ville championne: Winnipeg), demeurent proportionnellement plus courants.

La question est donc: s'il faut continuer à combattre le crime, comment le faire efficacement?

Depuis l'arrivée de Stephen Harper au pouvoir, le budget alloué aux pénitenciers a doublé et le nombre de détenus a augmenté de près de 20%. Est-ce la bonne solution? Ça ne peut réduire qu'assez peu la criminalité, estiment Steven D. Levitt et Stephen J. Dubner dans Freakonomics.

C'est la même chose pour la peine de mort qui, aux États-Unis, n'a pas d'effet mesurable. Pour un plus grand contrôle des armes à feu qui, aussi dans le contexte américain, se révèle inefficace. Et pour la réduction de la pauvreté, souhaitable pour d'autres raisons, mais qui n'agit que fort peu, et uniquement sur les crimes non violents.

Que reste-t-il d'autre?

Selon les auteurs, c'est l'arrêt Roe v. Wade ayant légalisé l'avortement en 1973 qui, 15 ans plus tard, a largement fait chuter la criminalité. Et ce, en diminuant (1,5 million d'avortements par année aux États-Unis) le nombre d'enfants non désirés, souvent dans des familles dysfonctionnelles, et donc promis à un sombre avenir. C'est une analyse d'une froideur choquante, mais peut-être pas dénuée de vérité.

Quoi qu'il en soit, elle n'a, maintenant et ici, aucune portée pratique.

De sorte que c'est le cas de la ville de New York qui demeure exemplaire, avec une baisse spectaculaire de la criminalité dans les années 90 - une diminution de 74%, par exemple, des homicides. Pourquoi? Augmentation du nombre et de la visibilité des policiers. Application de la théorie dite du «carreau cassé» (Wilson&Kelling), qui fait la chasse aux délits mineurs. Ciblage des interventions policières en utilisant les technologies de l'information.

Les auteurs de Freakonomics ne sont pas aussi enthousiastes au sujet de l'expérience new-yorkaise que, à notre avis, ils devraient l'être. Mais ils présentent un nouvel argument qui aurait avantage à être largement publicisé. Dans un autre chapitre de leur ouvrage, ils démontrent que la criminalité n'est tout simplement pas rentable pour les petits criminels, y compris ceux des gangs de rue.

Le chapitre s'intitule: «Pourquoi les revendeurs de drogue doivent habiter chez leur maman» ...