Il paraît que l'argent n'a pas d'odeur, mais en politique, il est difficile, parfois, de ne pas humer le fort parfum électoral en contemplant les millions qui tombent soudainement sur les différentes régions, comme c'est le cas ces jours-ci au Québec.

Mis à jour le 7 juill. 2012
Vincent Marissal LA PRESSE

Au cours des quatre derniers jours, Jean Charest et ses ministres ont fait pleuvoir près de 355 millions sur le Québec et on annonce déjà d'autres investissements pour la semaine prochaine sur le site officiel du gouvernement.

M. Charest a beau dire que juillet est fait pour se reposer et non pour faire de la politique, son gouvernement a rarement été aussi actif, multipliant les annonces en Gaspésie, à Montréal et à Québec, en Mauricie et dans le Centre-du-Québec, dans les Laurentides, à Laval et aussi du côté de Sherbrooke, patelin du premier ministre. Le ministre Yves Bolduc est particulièrement présent partout au Québec, un rappel de l'importance électorale des dossiers de santé.

Les libéraux, Jean Charest en tête, affirment s'opposer aux élections à date fixe parce que, disent-ils, cela ne fait qu'allonger les campagnes électorales de 12 à 18 mois. C'est faux. Même avec un scrutin à date fixe, les gouvernements sortants attendent la veille du déclenchement pour saupoudrer les millions. Les électeurs, c'est l'évidence, se souviennent davantage des annonces récentes que celles faites il y a 6, 12 ou 18 mois.

Il en va de même pour les candidats «vedettes»: généralement, ceux-ci n'annoncent pas leur intention des mois à l'avance, question de créer un effet auprès de l'électorat et de ne pas se «brûler» dans leur milieu.

Il y a aussi une raison bêtement financière à cela. À moins qu'ils soient indépendants de fortune, les candidats pressentis (ou même ceux qui songent à plonger dans l'arène politique) doivent continuer de gagner leur vie en attendant la campagne électorale. Dès lors, ils sont à la merci du premier ministre, qui décide seul de la date des élections.

Des élections à date fixe n'empêcheraient pas nécessairement des cas controversés comme celui de Pierre Duchesne, mais il serait plus gênant pour un candidat de planifier son passage en politique des mois à l'avance et d'attendre à la dernière minute pour se lancer. Chose certaine, ils ne pourraient pas dire qu'ils ne savaient pas quand les élections auraient lieu.

La même situation s'est produite en 2007 avec Bernard Drainville, qui avait lui aussi quitté le bureau de Radio-Canada à l'Assemblée nationale avant de se joindre au Parti québécois (PQ). Le cas de Christine St-Pierre est semblable, mais cette dernière était en poste à Ottawa avant de se joindre aux libéraux de Jean Charest à Québec. Le facteur «proximité» est donc moins grand.

J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire dans cette chronique: j'ai travaillé pendant des années avec Bernard Drainville et Christine St-Pierre et jamais, au grand jamais, il n'a été question entre nous de nos allégeances politiques, prétendues ou réelles. Lorsqu'ils ont plongé, je les ai appelés pour leur souhaiter courage et bonne chance. Je les croise à l'occasion, toujours avec plaisir, et nos rapports, même si nous ne sommes plus du même bord, sont demeurés excellents.

J'ai moins côtoyé Pierre Duchesne, et le plus souvent par l'intermédiaire d'un duplex de Radio-Canada, ce qui ne favorise pas les grandes conversations profondes. Une fois, aux Coulisses du pouvoir, il m'a reproché de parler de «chicanes» au PQ (un terme générique et même un cliché, à mes yeux, mais il préférait «débats démocratiques»), ce qui m'avait un peu surpris, sans toutefois me faire croire qu'il était un agent double péquiste, comme le disent les libéraux. Ces accusations sentent la frustration et la bataille politique et devront être étoffées par leurs auteurs. Au fond, une seule question se pose: Pierre Duchesne a-t-il, volontairement, mal fait son travail pour favoriser le clan ami ou nuire au camp ennemi en raison de ses accointances et sachant qu'il sauterait la clôture?

Les libéraux, qui ont l'épiderme sensible ces temps-ci, y vont d'ailleurs d'amalgames douteux, accusant les Pierre Duchesne, Bernard Drainville et Raymond Archambault de «délits d'initiés journalistiques». Raymond Archambault, ancien chef d'antenne à la radio de Radio-Canada pendant plus de 25 ans, professionnel d'une droiture exemplaire, aurait été, en fait, une taupe souverainiste? Ce n'est pas sérieux. Encore un peu et les libéraux vont repasser ses vieux bulletins d'information à l'envers pour prouver qu'ils contenaient des messages subliminaux péquistes!

En réalité, M. Archambault, candidat dans Groulx, ne voulait même pas se présenter. Une fois retraité, il voulait «contribuer à la vie politique», m'avait-il expliqué, au début de 2011. Il s'est joint au PQ. On lui a offert d'en devenir le président, puis candidat dans Gouin. Lui faire des procès d'intention a posteriori, c'est nier la valeur de son engagement en politique.

Ce n'est pas la première fois que des journalistes se lancent en politique, et c'est tant mieux. Parmi eux, René Lévesque a quitté Radio-Canada pour se joindre aux libéraux; Claude Ryan et Pierre Laporte ont laissé Le Devoir pour le Parti libéral (PLQ) aussi. Dans tous les cas, la transition s'est faite très rapidement.

Question: si un journaliste connu, respecté, plutôt identifié au camp fédéraliste et libéral, cognait à la porte du PLQ aujourd'hui, M. Charest le laisserait sécher dehors? J'en doute.

La guerre électorale est loin d'être terminée, mais pour le moment, c'est le PQ qui gagne la bataille du recrutement. Quoi que vous pensiez de Pierre Duchesne et de Jean-François Lisée, ça fait deux grosses prises en une semaine.

Pour joindre notre chroniqueur: vincent.marissal@lapresse.ca