Comme cinq autres anciens de la LNH qui ont vu leur fiston frapper à la porte du circuit Bettman dans le cadre du repêchage, Philippe Bozon avait le sourire facile et l'oeil pétillant samedi matin. Une fierté évidente accompagnée d'un brin ou deux d'envie se lisait sur son visage alors qu'il regardait son fils Tim répondre aux questions des journalistes avec le chandail rouge du Canadien sur le dos.

François Gagnon LA PRESSE

Même la combinaison de quelques sacres bien sentis enchainée par le fiston lorsqu'on lui a demandé s'il entendait travailler sur son accent québécois n'a pas atténué la fierté du paternel.

«J'allais voir le Canadien au Forum quand j'évoluais dans les rangs juniors au Québec. Le Canadien, c'est la formation la plus "classe", la plus réputée de la LNH», a lancé Philipe Bozon en gardant un oeil admiratif sur son garçon.

Âgé de 45 ans, Philippe Bozon a quitté le confort des montagnes bordant Chamonix pour mettre le cap sur le Québec où il a défendu les couleurs des Castors de St-Jean dans la LHJMQ entre 1984 et 1987. Il a ensuite fait le saut dans la LNH avec les Blues de St.Louis à la suite d'une invitation lancée par Ronald «le prof» Caron.

Son fils pourra réaliser son rêve de jouer un jour pour le Canadien. Un rêve qu'il a déjà partagé avec son bon ami Cristobal Huet qui a connu des moments de gloire avec le Tricolore entre 2005 et 2008.

«Cristo est un bon ami de la famille. Il a appelé Tim pour lui souhaiter bonne chance avant le repêchage. Maintenant que nous sommes avec le Canadien, il pourra certainement lui donner quelques conseils pour apprendre à composer avec la pression qui l'attendra lorsqu'il débarquera à Montréal», a souligné Bozon.

Tel père, tel fils

Papa Bozon a marqué 111 buts et récolté 234 points lors de ses trois saisons passées à St-Jean. Fiston affiche un talent offensif similaire comme en témoignent ses 36 buts et 71 points récoltés en 71 matchs avec les Blazers de Kamloops où il a passé un premier hiver loin de la maison.

Pourquoi avoir choisi de s'expatrier dans l'Ouest canadien au lieu de choisir une terre d'accueil plus clémente chez les cousins du Québec?

«Pour me connaître davantage. Pour repousser mes limites. On disait la Ligue de l'Ouest plus difficile en raison des voyages, de la taille des défenseurs et du style qui y est joué. En plus, il y avait le facteur de la langue. Je considère que tous ces facteurs feront de moi un meilleur joueur de hockey», m'a expliqué Tim Bozon qui est dirigé par le Québécois Guy Charron dans les Rocheuses canadiennes.

Je vous invite à lire le texte de Marc Antoine Godin sur les deux espoirs francophones sélectionnés par le Canadien - l'autre est l'attaquant Charles Hudon des Saguenéens de Chicoutimi - pour obtenir plus de commentaires de la part de Tim Bozon.

Bien qu'il soit toujours difficile pour un père de se montrer critique à l'endroit de son fils, Philippe Bozon reconnaît que fiston devra améliorer sa vitesse s'il veut mettre toutes les chances de son côté pour jouer un jour avec le Canadien.

«La journée d'aujourd'hui est excitante. Mais elle ne représente qu'une étape. Tim a de bonnes mains. Il est habile. Il a aussi un meilleur physique que moi - encore frêle, le fils affiche deux pouces de plus que son père - et il est quand même solide sur patins. Il répond présent quand le jeu devient plus physique. Mais il devra améliorer sa vitesse, surtout en espaces restreints, pour se maximiser son potentiel.»

Philippe Bozon est capable d'analyser le hockey. Même celui joué par son fils. Non seulement a-t-il fait carrière dans la LNH et dans les rangs professionnels en Europe, mais il est resté en lien étroit avec le hockey à titre d'entraîneur en Suisse.

«J'ai dirigé à Genève, Lugano et Sierre, mais je suis présentement à la recherche d'un poste», a reconnu Philippe Bozon.

Lorsqu'on lui a fait remarquer que le retour de Bob Hartley dans la LNH - avec les Flames de Calgary - ouvrait une porte à Zurich, Bozon a acquiescé de la tête.

«Je le sais très bien. J'ai déjà posé ma candidature... comme adjoint.»

Autres combinaisons

Outre la combinaison Philippe et Tim Bozon, le repêchage d'entrée de 2012 a permis à Griffin Reinhart (4e sélection à New York Islanders) de suivre les traces de son père Paul qui a évolué à Atlanta, Calgary et Vancouver.

Henrik Samuelsson (27e sélection à Phoenix) a suivi les traces de son père Ulf. Stefan Matteau (29e sélection au New Jersey) a suivi son père Stéphane. Lukas Sutter (39e sélection à Winnipeg) est le fils de Rich Sutter et le cousin de Brendon et Brett qui font aussi parti de la deuxième génération de Sutter dans la LNH. Daniel O'Regan (138e sélection, San Jose) et son père Tim complètent les combinaisons père-fils du dernier repêchage. Cette dernière est moins connue puisque Tom a disputé 61 matchs avec les Penguins de Pittsburgh au milieu des années 1980.

Al Iafrate, l'ancien défenseur au tir frappé percutant, n'a pu se hisser parmi ce groupe spécial puisque son fils Max, un défenseur que la centrale de recrutement de la LNH avait logé au 70e rang des espoirs nord-américains, n'a pas été repêché.

Le tout premier choix du Canadien, Alex Galchenyuk est aussi le fils d'un hockeyeur de carrière. Mais bien qu'il ait joué jusqu'en 2003 et qu'il ait évolué dans plusieurs ligues professionnelles en Europe et aussi dans les ligues internationale, continentale et même au roller-hockey, son père Alexander n'a jamais atteint la LNH.