Qualifié il y a une décennie à peine de «parti naturel du gouvernement», le Parti libéral du Canada (PLC) ne cesse de dégringoler, atteignant de nouveaux creux à chaque sondage et sombrant un peu plus dans la marginalité.

Vincent Marissal LA PRESSE

Avec seulement 34 députés, sans chef permanent, avec une base militante minimale et un soutien électoral de moins d'un Canadien sur cinq (13% au Québec!), le PLC est aujourd'hui aussi amoché qu'il était flamboyant durant les années Chrétien.

Il resterait, selon des chiffres obtenus par mes collègues du bureau d'Ottawa, environ 7000 membres du PLC au Québec, un chiffre que certains trouvent même exagéré. Il fut un temps pas si lointain où Denis Coderre comptait à lui seul plus de 3000 membres dans sa circonscription de Bourassa.

Évidemment, avec une base militante aussi famélique, les coffres sont dégarnis, si bien que les rumeurs de fermeture des bureaux du Québec se sont remises à circuler.

Un optimiste indécrottable pourrait se convaincre que le bon côté, c'est qu'il est difficile de descendre plus bas, mais on peut néanmoins se demander qui voudra bien prendre la tête de ce parti en rade maintenant que Bob Rae a annoncé que ce poste ne l'intéresse pas.

Bob Rae autoéliminé, Denis Coderre lorgnant la mairie de Montréal, Dalton McGuinty coincé à Queen's Park à la tête d'un gouvernement minoritaire, il était prévisible que les regards se tournent vers Justin Trudeau, le fils de, et, en quelque sorte, l'héritier naturel au trône libéral.

Le nom «Trudeau» reste matière à débats hautement polarisants et à controverses au Québec, mais ailleurs au Canada, il évoque encore l'époque glorieuse du PLC. Outre l'Alberta, où Trudeau sonne encore comme «traitrise» (à cause du Pacte énergétique national de 1973), ailleurs, le nom fait briller les yeux des libéraux.

Un sondage commandé par The Toronto Star et dont les résultats ont été publiés lundi démontre que Justin Trudeau est loin devant les autres prétendants à la direction du PLC, du simple au double, en fait, avec 42% contre 23% pour Marc Garneau.

Le score de M. Trudeau était prévisible, mais avec près de 25%, Marc Garneau crée une surprise. Voilà un sondage qui devrait le convaincre de se lancer, lui qui est déjà plutôt convaincu.

Les autres candidats, plausibles ou non, font sous les 20% (le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, 15%, le député Ralph Goodale, 14%, l'ex-député et ex-candidat à la direction Gerard Kennedy, 11%).

Oubliez M. Carney, qui ne laissera pas une brillante carrière financière internationale pour devenir capitaine d'un navire en perdition, mais d'autres aspirants pourraient se pointer, dont les députés Dominic LeBlanc, David McGuinty, Scott Brison et l'ex-députée Martha Hall Findlay, très rare femme dans la liste des prétendants. Ajoutez aussi Martin Cauchon, qui maintient un réseau de supporteurs depuis des années et qui pourrait être le candidat du Québec si MM. Trudeau et Coderre déclinent l'invitation.

De son propre aveu, Justin Trudeau disait il n'y a pas si longtemps ne pas être prêt à faire le saut. Trop tôt. Jeune quarantaine, inexpérimenté, un nom immense à porter et un prénom à se forger.

En fait, il me disait même récemment ne pas être convaincu que la chose l'intéressait, point. Ses deux enfants sont encore petits et ils sont, me disait-il, sa priorité.

«Mon père a été très présent pour mes frères et moi. Les gens ne le savent pas, mais quand il était premier ministre, il avait donné des directives pour que son horaire soit dégagé à l'heure du souper pour revenir au 24, Sussex et passer du temps avec nous. C'était un père présent et formidable. Moi, quand je pars pour Ottawa le lundi en sachant que je ne reverrai pas mes enfants de la semaine, je veux m'assurer que ce que je fais en politique est assez important, assez utile, pour que j'accepte de ne les revoir que le vendredi.»

Les choses bougent vite en politique et même si je ne doute pas une seconde de l'attachement de Justin Trudeau à sa famille, il est possible, et même tout à fait compréhensible, que la position de chef du PLC l'intéresse aujourd'hui beaucoup plus qu'il y a quelques mois.

Certes, Justin Trudeau a gagné en expérience et en notoriété (merci, Patrick Brazeau, pour ce beau combat de boxe!), il apprend le métier de parlementaire (dans l'opposition, ce qui est toujours un exercice de modestie), il apprivoise les médias et étudie ses dossiers. Il a aussi, quoi qu'en disent ses détracteurs, gagné ses épaulettes au Québec, et ce, contre son propre parti. Rappelez-vous qu'en 2007, sous Stéphane Dion, il voulait se présenter dans Outremont, mais que faute d'appuis de la direction du Parti, il a dû se battre pour gagner son investiture dans Papineau, pour ensuite arracher cette circonscription au Bloc québécois.

Avant de plonger, il devra toutefois se poser quelques questions. Il y a, bien sûr, les sacrifices imposés à la famille, mais professionnellement, il doit se demander s'il a le bagage, le coffre et la colonne pour diriger un parti.

S'il était trop tôt, selon sa propre analyse, il y a quelques mois, qu'est-ce qui le rendrait soudainement prêt à relever le défi maintenant?