Il n'était pas facile de trouver des Irlandais devant des écrans hier. Après des défaites de 1-3 et 0-4, l'équipe des Verts, déjà éliminée de l'Euro, affrontait l'Italie dans un match qui n'annonçait rien de bon. On aurait dit que nos concitoyens d'origine irlandaise n'y croyaient plus...

Ronald King LA PRESSE

Finalement, au pub Irish Embassy de la rue Stanley, trois joyeux copains étaient accoudés au bar: John McElligott, originaire de County Kerry, Dave Hughes, de Wexford, et Ciaran Wynne, de Kildare.

Est-ce que toute l'Irlande s'arrête lorsque l'équipe nationale joue dans l'Euro?

«Oui, mais ce n'est pas difficile. Personne ne travaille...»

C'est bien l'humour irlandais. On sait rire de ses nombreux malheurs.

Ces trois-là sont établis à Montréal depuis quelques années et semblent avoir l'intention d'y rester. McElligott n'est pas retourné en Irlande depuis 12 ans. «La vie est bonne à Montréal...»

Si vous avez suivi l'Euro, vous avez remarqué, dans les gradins, des partisans irlandais - ils disent la République pour bien rappeler qu'ils ne sont pas des sujets de la couronne britannique - tout fiers de chanter leurs hymnes, même avec un score de 0-4.

«Les Irlandais sont de bons partisans», nous assurent les trois hommes.

«Gagne ou perd, les joueurs seront bien accueillis à leur retour au pays. Il faut savoir que ce petit peuple a ses propres sports, comme le hurling et le football gaélique, qu'ils sont les seuls à pratiquer. Alors, on divise une petite population en quatre sports si l'on ajoute le football et le rugby. Quand l'Irlande participe à un grand tournoi de football comme l'Euro, tout le pays devient amateur de football...

«Cette équipe n'est pas très bonne, mais elle a accompli un exploit en se classant pour l'Euro. La dernière fois, c'était en 1998.»

L'équipe irlandaise est dirigée par un célèbre entraîneur italien, Guiseppe Trappatoni, justement.

«Il ne parle pas très bien anglais, mais il s'améliore. C'est un grand entraîneur, mais il favorise un style de jeu défensif qu'il est difficile d'apprécier.»

Les trois sportifs sont d'accord pour dire que le Canadien de Montréal, lui non plus, n'est pas facile à apprécier...

«Nous ne gagnerons pas un match, mais ce tournoi est bon pour la fierté nationale, pour les jeunes, pour le pays... Cette petite équipe a su élever son jeu juste au bon moment et entrer dans ce tournoi qui est sans pitié. La compétition est plus féroce à l'Euro qu'à la Coupe du monde.»

L'Italie a eu du mal à percer la défense Trappatoni hier, mais elle l'a finalement emporté 2-0, ce qui, dans les circonstances, n'est pas un si mauvais résultat pour les Verts.

Les têtes fortes

Cristiano Ronaldo a la fâcheuse habitude d'arrêter de jouer pour discuter avec les officiels pendant que ses coéquipiers poursuivent sans lui, leur meilleur élément. De quoi rendre un entraîneur fou...

Chez les Italiens, on ne compte plus les gestes d'indiscipline de Mario Balotelli. Alors on le retire du jeu en plein match, mais on le ramène toujours pour le match suivant. De quoi donner des cheveux blancs à un entraîneur.

Mais...

Dimanche et hier, les deux têtes fortes nous ont montré pourquoi leur équipe ne pouvait pas se passer d'eux.

Ronaldo, qui n'a jamais brillé dans les grands tournois internationaux, a marqué deux buts, il aurait pu en marquer deux autres, il a fait des passes géniales à ses coéquipiers, bref, il nous a prouvé qu'il était bel et bien l'un des meilleurs au monde, sinon le meilleur...

Quant à Balotelli, alors que l'Italie se battait pour sa survie, il a marqué ce qui demeurera peut-être le plus beau but de l'Euro 2012.

Ces deux-là font bien paraître les entraîneurs quand ça leur dit...

Où sont les caméras?

Le soccer international a bien des défauts - le racisme et la violence dans les stades, par exemple - mais il a aussi de grandes qualités. Je suis conquis chaque fois que je vois les joueurs entrer sur le terrain en tenant un enfant par la main. Dans quel autre sport voyez-vous une scène aussi sympathique?

Si vous regardez bien, vous verrez que les petits n'ont pas les yeux assez grands pour tout voir et entendre... Les super héros qui les tiennent par la main, les énormes foules qui rugissent à faire dresser les cheveux, les réflecteurs, les couleurs, la musique...

Et vous remarquerez que, signe des temps, ils cherchent toujours les caméras. C'est quand les lentilles sont pointées sur eux qu'ils semblent le plus ébahis...