Bien sûr, il faut toujours analyser le résultat des élections partielles avec précaution puisqu'ils sont souvent provoqués par des mouvements d'humeur de l'électorat dans des microcosmes régionaux. N'empêche, le résultat dans Argenteuil, circonscription rouge depuis 1966, devrait inquiéter le Parti libéral (PLQ) au pouvoir depuis plus de neuf ans. Et si le mouvement d'humeur se répandait aux élections générales?

Vincent Marissal LA PRESSE

Du coup, ce qui est certain, c'est que le scénario des élections en septembre devient moins tentant pour Jean Charest. Cela reste probable, à cause notamment du calendrier de la commission Charbonneau, mais une alarme vient de sonner dans Argenteuil, ancienne circonscription de Claude Ryan, où le Parti libéral a déjà gagné par 6700 votes de majorité en 2003. Il est vrai que la majorité libérale était plutôt instable au cours des dernières années (3490 en 2008, 2100 en 2007 et seulement 147 en 1998), mais personne n'aurait gagé, avant hier soir, sur une victoire du Parti québécois.

La direction du PLQ et les partisans libéraux étaient convaincus, aidés en ce sens par quelques sondages favorables, que la position du gouvernement dans le conflit étudiant était rentable électoralement. De toute évidence, ils ne trouveront pas confirmation de leur théorie dans les résultats d'hier soir.

La grande question, avant hier soir, était de savoir qui finirait deuxième dans Argenteuil derrière les libéraux. Beaucoup de monde pensait, ce qui se comprend, que la Coalition avenir Québec (CAQ), avec son candidat-vedette, l'ancien bloquiste Mario Laframboise, ferait belle figure. Distant troisième avec à peine plus de 20% des votes, ce n'est pas ce qu'on peut appeler un succès pour le jeune parti de François Legault. En 2007, année glorieuse de l'Action démocratique du Québec, le parti de Mario Dumont avait fini deuxième dans cette circonscription avec 30%, chauffant le PLQ (38%) et laissant le Parti québécois (PQ) en troisième place avec 26%.

Le PQ réussit l'exploit avec un taux de participation plutôt faible (autour de 40%), alors que le parti de Pauline Marois avait arraché Kamouraska-Témiscouata en novembre 2010 avec un taux avoisinant les 60%. C'est donc dire que plusieurs électeurs libéraux ont boudé les urnes. Par rapport aux résultats des générales de 2008, le PQ a gardé son appui à quelques centaines de votes près, mais les libéraux ont perdu plus de 4000 voix.

Normal dans le cadre d'une partielle, diront les stratèges libéraux, mais un doute quant aux prochaines élections générales doit néanmoins leur effleurer l'esprit.

Le pire, pour les libéraux, c'est que la victoire dans LaFontaine ne pourra même pas mettre un peu de baume sur leurs plaies. Les libéraux gagnent normalement cette circonscription avec des majorités de 10 000 voix et plus. Hier soir, ils l'ont gardée avec 3400 voix de majorité, issue d'un taux de participation famélique d'à peine 25%.

Pas de quoi pavaner. Et même une bonne raison de s'inquiéter. Depuis des semaines, les organisateurs libéraux du nord de Montréal me disent que la communauté italienne est furieuse contre le PLQ à cause de l'affaire Tony Tomassi, ex-député sacrifié, selon elle, pour sauver la face.

Qu'ils n'aillent pas voter dans le cadre d'une partielle dans LaFontaine parce qu'ils sont irrités, ce n'est pas si grave, comme la victoire de Marc Tanguay le démontre. Mais que cette communauté et surtout ses leaders, généralement très généreux avec le PLQ, cessent de remplir les coffres, c'est plus angoissant pour les libéraux...

vincent.marissal@lapresse.ca