Ils étaient loin devant, deux cyclistes, sur la route qui longe le lac Champlain entre St. Albans et Swanton. Ça m'a pris quelques kilomètres pour les rejoindre, je suis arrivé tout essoufflé, sur eux, un couple de la Rive-Sud qui avait laissé son auto à Saint-Armand, ils m'ont reconnu: Ah, monsieur Foglia...

Mis à jour le 12 juin 2012
Pierre Foglia LA PRESSE

Ils ont commencé à me parler de la chronique de samedi, j'ai dit excusez-moi, je tourne ici. J'ai pris Giroux Road, qui se prolonge par Middle Road, qui mène à Swanton aussi, mais en coupant à travers les champs. Le ciel était d'un bleu évanescent, comme lavé, presque blanc. Je me suis assis comme d'habitude sur le banc de pierre devant la banque, sur la porte de laquelle il est écrit: Nous parlons français.

Les deux cyclistes sont arrivés peu après, ils se sont assis sur l'autre banc de pierre, ils ont mangé des barres tendres et se sont partagé un Ensure. De là, on a fait route ensemble, je leur ai montré un chemin qu'ils ne connaissaient pas et que j'appelle le chemin de la Louisiane parce qu'il traverse une sorte de bayou où il y a toujours des hérons et des pêcheurs de barbotes. Il y a aussi une côte, la jeune femme a protesté un peu, j'ai dit allez, allez, c'est bon pour ce que vous avez.

Comment ça, ce que j'ai? Qu'est-ce que j'ai?

Vous êtes enceinte, non?

Vous avez vu ça, vous?

Ben là! Maigre de partout mais avec un petit bedon, soit vous êtes enceinte, soit vous avez avalé un noyau de cerise.

Elle enseigne au primaire, lui au cégep. Elle s'est mise à me parler d'un de ses élèves, Xavier, qu'elle prononçait à l'espagnol, Ravier, qui souffre de dystrophie musculaire, qu'il faut aider à monter les escaliers pour aller en classe, et en classe aussi il faut l'aider tout le temps, des parents d'autres élèves se sont plaints qu'il retardait le groupe... Deux ont retiré leurs enfants pour les envoyer au privé.

On est sur ce chemin de terre, et il y a cette enseignante enceinte qui parle de cet enfant, de sa job qu'elle va bientôt quitter. Les gens ne disent jamais rien - tu non dici mai niente, chante si douloureusement Ferré - et puis ça arrive, soudain, ça doit être ce ciel d'un bleu évanescent, comme lavé, presque blanc.

Un chemin un peu difficile, toujours à plonger dans les plis de la vallée pour remonter aussitôt sur des promontoires rocheux. Dans les prairies en pente s'arc-boutent ces petites vaches maigres du Vermont qu'on appelle des Jersey, je n'ai pas dit à la fille qu'elle leur ressemblait, c'était pourtant un compliment.

L'autre jour, dans une chronique, j'ai écrit d'une fille qu'elle était baquaise, vous n'imaginez pas le raffut que cela a fait, comme si j'y avais mis quelque malice. Je pensais la décrire justement, beau ou laid cela se discute, mais petit et large, c'est baquais, non?

À la grande douane de Philipsburg, 100 motards au moins attendaient que le troupeau soit complet. Ils nous ont doublés un par un comme on arrivait au chemin Saint-Armand, leur pétarade a assourdi nos salutations.

Salut, la fille enceinte.

Qu'est-ce que vous dites?

Rien.

RÉGION ÉLOIGNÉE - Le communiqué signé Lysane Fortin accompagne le guide vélo de la Véloroute des Bleuets, il m'est adressé personnellement, enfin presque, Monsieur Pierre Fogloia (sic), sans doute qu'un jour, il vous arrivera de parler de l'émergence du vélo au Québec...

Je vous jure, tel quel: sans doute qu'un jour il vous arrivera de parler de l'émergence du vélo au Québec!

C'est pas souvent que je ris en lisant un communiqué. Effectivement, madame, tout peut arriver. Peut-être qu'un jour je vais parler de vélo dans mes chroniques, qui sait, peut-être même que je vais m'acheter un vélo. Comme ça, vous me dites qu'on peut faire le tour du lac Saint-Jean à bicyclette? C'tu assez fou! Il s'en passe des choses dans les régions éloignées.

Écrivez-moi encore, madame, vous me faites voyager.

WEEDS - Je viens de finir la septième saison de Weeds. On est loin des premières où on a vu tout ce qu'on ne verra jamais dans une autre série américaine, des enfants qui vendent de la dope à l'école, du cul, ça s'peut pas. Les premières saisons, Weeds ne se badrait pas de raconter une histoire, Weeds racontait n'importe quoi, l'idée, c'était de retourner tous les tabous comme on retourne une vieille chaussette sale, aujourd'hui on va vous montrer comment on change la couche d'un vieux, dans l'épisode suivant: comment étouffer ce même vieux avec un oreiller. On avait vu aussi un petit garçon fantasmer et même un peu plus sur des photos de sa maman toute nue, faut dire que la maman, c'est Mary-Louise Parker, moi aussi, je fantasme dessus et c'est même pas ma maman.

Après la troisième saison, Weeds s'est appliqué à nous raconter une histoire et c'est devenu plate, pas trop plate, juste un peu. Mais il y a toujours Mary-Louise et assez souvent une trouvaille qui ramène cette question que je me suis posée 100 fois en regardant Weeds: mais comment ce truc-là peut passer à la télé américaine? Oui, je sais, pas à NBC, ABC, CBS, à HBO... Quand même, nous montrer une burqa avec un trou rond exprès à la hauteur de la bouche, quand tu sais le ramdam que font les islamistes pour mille fois moins que ça...

Weeds pour le trou dans la burqa.