Les courants politiques de gauche jouent un rôle utile dans le débat public, pour contester les idées reçues, pour participer au progrès social. Cette contribution, nécessaire pour la qualité de la vie démocratique, doit être accueillie avec respect.

Alain Dubuc
Alain Dubuc LA PRESSE

Mais peut-on en dire autant du gauchisme, sa version simpliste et infantile? Ses manifestations, qui se multiplient depuis quelques mois, sont plus une nuisance publique qu'une contribution à la réflexion collective. Encore cette semaine, on a eu droit à deux beaux exemples.

D'abord, du côté des plus vieux, le député de Québec solidaire Amir Khadir s'est comporté en gauchiste cette semaine, en participant à une manifestation à Québec, et en ne la quittant pas quand elle a été déclarée illégale, ce qui a mené à son arrestation. Il a fait preuve d'un manque de jugement navrant de la part d'un député.

Mais le vrai dérapage gauchiste a eu lieu quand il a tenté de se justifier. Il a fait ce que Martin Luther King a fait, a-t-il expliqué. Notons la vanité de la comparaison. Notons son caractère odieux. Comment peut-on oser comparer le sort des étudiants frappés par la loi 78 à ceux des Noirs américains des années 60?

Martin Luther Khadir faisait bien sûr référence à la désobéissance civile. Mais ce moyen d'action est légitime quand les autres avenues sont fermées, comme en Alabama il y a 50 ans. Pas au Québec, où les opposants à la loi 78 disposent de plein d'outils pour la contester: débat public, élections, recours aux tribunaux.

En outre, si la loi 78 comporte des aspects contestables, certains autres sont pleins de bon sens, comme l'obligation des organisateurs d'une manifestation de fournir à l'avance leur trajet aux autorités. Et c'est cet aspect que M. Khadir a choisi de transgresser.

Cela nous rappelle que derrière le député Khadir, poli et cravaté, il y a le militant, plus radical, qui pète parfois la coche, dont le jupon gauchiste dépasse.

Chez les jeunes gauchistes, la semaine a aussi été active. Les enveloppes de poudre blanche des Forces armées révolutionnaires québécoises. Et la CLAC, la Convergence des luttes anticapitalistes, qui appelle à manifester au party d'ouverture de la F1.

L'appel a été diffusé sur le site de la CLASSE. Est-ce que la CLASSE est complice de l'opération? Est-ce que les militants de la CLAC sont dans la CLASSE? Est-ce que des dirigeants de la CLASSE sont proches de la CLAC? On ne le saura pas. Dans cette mouvance, on retrouve la même opacité que chez les promoteurs douteux qui se cachent derrière des compagnies à numéro.

Mais on retrouve la même personnalité multiple que chez Amir Khadir. Un porte-parole bien mis, au verbe précis, Gabriel Nadeau-Dubois, et derrière, une réalité beaucoup plus radicale et parfois franchement «flyée».

La CLAC risque d'être une nuisance. Pas parce qu'elle dénonce la Formule 1. Elle n'est pas la seule. Mais par le simplisme primaire de son discours. Dans leur appel contre le Grand Prix, ses militants dénoncent le capitalisme, l'État policier, le maire Tremblay, les «élites crasses». Ils nuiront peut-être au Grand Prix. Et donc aux jobs du tourisme, en oubliant que le tourisme, pour se développer, doit aussi attirer des riches. Ils nuiront aussi aux hôpitaux, parce que la soirée qu'ils veulent perturber est un événement-bénéfice dont les profits iront à Sainte-Justine et à Sacré-Coeur. Beau travail.

Et pourquoi le gauchisme fait-il ainsi irruption dans nos vies? Parce qu'il devient dominant? Certainement pas. Il reste marginal. Mais parce qu'on a fait preuve de complaisance.