Après la marée humaine, pacifique, qui a déferlé sur le centre-ville de Montréal, hier après-midi, il faut maintenant considérer comme n'étant plus acceptable la violence qui a plusieurs fois marqué les manifestations nocturnes. Et ce, quels que soient les développements politiques à venir.

Mario Roy LA PRESSE

Or, il devra y en avoir, et rapidement, c'est devenu clair. Il se peut que la réouverture des négociations avec les leaders étudiants ne suffise plus - ni même la reddition sans condition du gouvernement Charest dans ce dossier.

Car la «rue» d'hier n'avait plus, en pratique, qu'une vague pensée pour les droits de scolarité. Toutes les causes y étaient représentées, disparates, parfois obscures, éventuellement fantasmagoriques, mais elles avaient toutes un point en commun. Elles émanent de la fraction de la population du Québec qui porte résolument à gauche, une gauche décentrée, en réalité très minoritaire, mais ardemment militante, bruyante, appuyée par des élites populistes et populaires.

Beaucoup plus puissante qu'on ne croyait, en somme.

Et on commence à avoir la vague impression que cette «rue», entièrement centrée sur elle-même, insensible à la primauté du droit, torturant sans états d'âme le concept de démocratie, pourrait dorénavant n'accepter rien de moins que l'annonce d'élections précipitées.

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Les prochains jours seront cruciaux.

Pendant cette période, il faut appuyer sur «pause». Il faut cesser de transformer chaque soir le centre-ville de Montréal en zone de guerre. Sinon, l'été 2012 pourrait être celui du sabotage de ce Montréal festif dont nous sommes si fiers. Celui de l'étranglement du secteur des services, principale source d'emploi. Celui de la prise en otage de la haute saison culturelle - à supposer que cela intéresse encore quelqu'un.

Le danger est réel.

Les manifestations qui tournent à l'émeute enseignent deux choses, en effet.

Un, des actes de violence perpétrés au coeur d'une foule non impliquée dans la contestation, faite de familles et de badauds circulant sur des artères consacrées à la restauration et au loisir, présentent une situation extrêmement explosive. On l'a vu sur la rue Saint-Denis, le week-end dernier.

Deux, la violence systématique sévissant dans une ville, l'été, la nuit, enclenche rapidement une dynamique du «tout est permis». On s'est presque habitué à la présence des casseurs. Mais ce qu'on a commencé à voir et ce qu'on pourrait voir de plus en plus, c'est l'irruption de la délinquance pure et simple dans la foulée des émeutes, si elles devaient se reproduire. Beaucoup de villes ont connu ce phénomène - dont Londres, récemment.

Ce genre de dérives peut faire très mal à Montréal, et pour longtemps.

Quelle que soit l'opinion que l'on ait sur les modalités de la sortie de crise, il est impératif de cesser de détruire ce qui ne sera que très difficilement reconstruit.