Martin Brodeur le reconnaît sans retenue: s'il avait fait carrière dans l'uniforme des Red Wings de Detroit, des Stars de Dallas, ou celui de l'une des autres formations qui passent plus de temps dans leurs valises que sur la patinoire, il serait déjà à la retraite.

François Gagnon LA PRESSE

«C'est clair que la vie est plus facile au New Jersey», dit le gardien de 40 ans.

«Je me souviens de la première année de Scott Stevens avec nous. Il arrivait de St. Louis. À la fin de la saison, il avait calculé avoir passé 66 nuits de plus à la maison.»

Soixante-six nuits passées à la maison plutôt que dans une chambre d'hôtel partagée avec un coéquipier, c'est énorme.

Mais plus encore, les joueurs des Devils y passent des nuits complètes. Le Madison Square Garden est à un tir des poignets du domicile du Prudential Center. Le Nassau Coliseum à un tir frappé. Un bon tir frappé, mais un tir frappé quand même. Une soixantaine de minutes en train permettent de faire le voyage entre Philadelphie et le New Jersey.

En 60 minutes, les équipes qui s'envolent de Philadelphie ont à peine le temps de se soumettre aux mesures de sécurité, à la préparation de l'appareil et au décollage.

Les Devils, comme les Rangers et les Islanders, prennent l'avion pour se rendre à Washington et Pittsburgh, les deux autres formations de leur division. Des vols de moins d'une heure.

«Je n'aime pas l'avion et quand je passe plus de deux nuits dans un hôtel, je ne me souviens pas dans quelle chambre je me trouve. Et je ne parle pas du décalage horaire. Le fait de voyager si peu se traduit aussi dans la qualité de vie. Contrairement aux gars qui arrivent à la maison dans le milieu de la nuit, on est souvent arrivé avant minuit. Le lendemain matin, on déjeune avec les enfants. C'est pas mal mieux pour l'équilibre familial», assure Brodeur.

Entraînements de qualité

C'est également un plus pour l'équilibre physique. Entraîneur d'Henrik Lundqvist et de Martin Biron avec les Rangers, Benoit Allaire n'a plus à jouer au bourreau pour sortir ses gardiens du lit.

«Mes gardiens sont sur la glace tous les jours. J'ai passé quatre ans à Phoenix. On arrivait tellement tard que les joueurs avaient souvent congé le lendemain. Pas les gardiens [Sean Burke et Nikolai Khabibulin]. Ici à New York, non seulement les gardiens sont reposés le lendemain matin, mais le reste de l'équipe est avec eux sur la glace. Ça améliore la qualité du travail», assure Allaire.

Lundi et mercredi, lors des deux premiers matchs de la finale dans l'Est, les Devils ont fait leur entraînement matinal au New Jersey. Ils se sont rendus au Prudential Center après avoir passé la nuit à la maison. C'était comme jouer à la maison même s'ils jouaient à l'étranger.

En deuxième ronde, les Devils et les Flyers rentraient à la maison après les matchs disputés en territoire ennemi.

Des avantages dont les équipes de l'Ouest, à l'exception des Kings de Los Angeles et les Ducks d'Anaheim, ne peuvent profiter.

Martin Brodeur et ses coéquipiers devront toutefois composer avec l'envers de la médaille dès demain. Car s'il est difficile, voire impossible, pour les partisans des Devils de se trouver des sièges au MSG, le contraire n'est pas vrai. Le Prudential Center sera pris d'assaut par les fans des Rangers qui tapisseront les gradins de bleu au lieu du rouge associé aux Devils. Et si les rares fans des Devils qui se faufilent à l'intérieur du Garden doivent contenir leurs émotions s'ils veulent éviter les insultes et les verres de bière qui les attendent en guise de représailles, ceux des Rangers arrivent en force.

«Les Rangers vont se sentir à la maison. C'est comme ça depuis toujours. On est habitués.»

Il n'y a pas que les joueurs des Islanders, des Rangers, des Devils, des Flyers et des Capitals qui profitent de leur proximité géographique. Les collègues affectés à la couverture quotidienne de ces formations en profitent tout autant.

Grâce à la très grande efficacité du transport ferroviaire entre Boston et Washington, il est facile de quitter Boston un lendemain de match et d'assister à l'entraînement matinal des deux équipes au Madison Square Garden le lendemain. C'est plus facile encore entre New York et la capitale américaine. D'un centre-ville à un autre centre-ville, sans les contraintes de sécurité, les retards habituels et les autres associés au mauvais temps, le train offre des avantages multiples par rapport à l'avion. Sans oublier le prix des billets, le confort des sièges et le fait qu'il est plus facile d'y travailler.

Une raison de plus de souhaiter le retour des Nordiques et le développement d'un réseau haute vitesse entre Québec et Windsor...