Le gouvernement Charest a annoncé hier soir qu'un projet de loi sera déposé à l'Assemblée nationale prévoyant la suspension du trimestre d'hiver dans les collèges et facultés universitaires touchés par la grève étudiante. Le projet de loi visera de plus à garantir l'accès aux établissements pour les étudiants qui voudront suivre leurs cours en août.

André Pratte LA PRESSE

Cette formule de sortie de crise nous semble offrir un bon dosage de fermeté et de prudence. La suspension des cours jusqu'au mois d'août permettra de calmer les esprits. Les établissements étant fermés pour l'été, il n'y aura plus de piquets de grève, plus d'injonctions, plus d'affrontements entre manifestants et policiers.

Contrairement à l'annulation du trimestre, la suspension ne pénalise pas les étudiants; les semaines de cours déjà faites ne sont pas perdues. Dans les collèges touchés (14 sur 48), les cours reprendront à la mi-août pour se terminer fin septembre. Les universités retarderont leur session d'automne pour permettre aux collégiens sur le point d'obtenir leur diplôme d'entreprendre dans les jours suivants leurs études universitaires.

Qu'arrivera-t-il si la minorité militante choisit de reprendre le boycottage des cours à la fin de l'été? C'est là qu'entreront en jeu les mesures dissuasives que comprendra la loi.

Cette loi ne forcera pas le retour en classe des jeunes en grève. Mais elle interdira aux grévistes de bloquer l'entrée aux collèges et aux universités, sous peine d'amendes substantielles.

Si une telle loi avait visé un retour en classe immédiat, comme le prônait la Coalition avenir Québec de François Legault, elle aurait mis de l'huile sur le feu et multiplié les affrontements. Cependant, les cours étant suspendus, la loi n'aura d'effet que dans deux mois, alors que la tension sera vraisemblablement moins grande. Dans les prochaines heures et les prochains jours, les plus militants exprimeront évidemment leur frustration. Et il y a un risque que de nouvelles violences se produisent aux abords des maisons d'enseignement en août. Mais le gouvernement n'a pas le choix: il ne peut pas laisser en plan les jeunes qui veulent étudier et qui sont, souvent, à la merci d'une démocratie étudiante plus que douteuse.

La Fédération étudiante collégiale du Québec a présenté hier une offre de compromis. Ce texte est en soi inacceptable puisqu'il confierait la gestion des universités aux étudiants et aux syndicats. De toute façon, c'est trop peu trop tard; les leaders étudiants modérés auraient dû depuis longtemps se dissocier de la CLASSE, un groupe noyauté par des radicaux de tout acabit.

Avant de porter un jugement définitif sur cette décision du gouvernement, nous attendrons de prendre connaissance du projet de loi (contrairement à ce qu'a fait hier le Barreau, dans un empressement navrant). Et souhaitons que l'été porte conseil aux associations étudiantes.