Bien que plusieurs continuent d'accuser le gouvernement d'entêtement dans le conflit étudiant, il est clair que l'instransigeance est de l'autre côté. Cette rigidité est telle qu'elle a eu raison de la patience de Line Beauchamp, qui n'en manque pourtant pas.

André Pratte LA PRESSE

Désormais convaincue que les leaders étudiants ne veulent pas régler le conflit, Mme Beauchamp a démissionné hier, espérant que cet «électrochoc» provoquera un déblocage. C'est une lourde perte pour le gouvernement Charest et pour le Québec. Line Beauchamp est une politicienne comme il devrait y en avoir plus. Durant sa carrière, elle s'est distinguée par sa connaissance des dossiers, par son calme et par son refus de partisanerie excessive.

Dans la présente crise, on lui a reproché des propos malhabiles à la suite de la conclusion de l'entente de principe il y a dix jours. C'est oublier que leur signature à peine sèche, les représentants étudiants avaient entrepris de miner l'accord, ce bien avant que Mme Beauchamp n'ouvre la bouche.

Tandis que le gouvernement a multiplié les propositions aux associations étudiantes, celles-ci sont restées campées sur leurs positions. La nouvelle ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, va rencontrer les représentants étudiants pour voir s'ils sont prêts à changer d'attitude. Si ce n'est pas le cas, nous recommandons au gouvernement de mettre un terme aux pourparlers et de demander aux collèges et universités de suspendre indéfiniment les cours qui font l'objet de boycottage. Lorsque les étudiants décideront de mettre un terme à leur mouvement, ils pourront reprendre les cours interrompus au moment où on pourra les accommoder à un coût raisonnable.

La suspension des cours fera tout de suite diminuer la tension. Les collèges et facultés concernés seront fermés; plus de piquets de grève, plus d'injonctions, plus d'interventions policières.

Cette formule de sortie de crise est de loin préférable au moratoire sur la hausse des droits de scolarité. Le moratoire, comme nous l'avons déjà écrit ici, c'est céder devant les casseurs. Car, c'est l'évidence même, si ce n'était des casseurs, la grève étudiante ne ferait plus la manchette depuis plusieurs semaines.

Ceux qui prônent un moratoire parlent de l'importance de préserver la paix sociale. C'est bien sûr une préoccupation que nous partageons. Mais un gouvernement ne doit pas acheter la paix à n'importe quel prix. Une suspension des cours boycottés contribuerait au rétablissement de l'ordre à un coût moins élevé pour l'intérêt public.

D'autant plus que, on ne le répétera jamais assez, la crise actuelle doit être relativisée. Sur 48 cégeps, la grève étudiante n'en touche que 14. Au niveau universitaire, 80% des étudiants ont terminé leur trimestre. Chez ceux qui sont en grève, l'appui au boycottage est parfois symbolique. Par exemple, à l'Université Laval, sur les 14 811 étudiants en grève selon la CLASSE, 11 000 sont membres de l'Association des étudiantes et étudiants de Laval inscrits aux études supérieures. Or, la grande majorité de ces étudiants travaillent à un mémoire ou à une thèse et ne suivent pas de cours; ils ne sont donc pas touchés par la grève. D'ailleurs, lors de la dernière assemblée, seulement 446 étudiants (sur 11 000) se sont prononcés, un taux de participation de 4%. La même situation prévaut à l'Université Concordia, où la moitié des 12 930 étudiants en grève sont à la maîtrise et au doctorat. Lors de la dernière assemblée sur la grève tenue par la Graduate Students' Association, 74 des 6000 membres (1,2%) ont participé au vote.