Tous les essais en vol et au sol des chasseurs F-35 Lightning II ont été suspendus, il y a deux jours, après un incident technique survenu à la base d'Edwards, en Californie. Ce n'est pas la première fois qu'un tel pépin se produit. Et si l'événement n'est pas nécessairement grave, il met en évidence le malaise entourant le programme de développement de technologie militaire le plus coûteux de l'histoire.

Mario Roy LA PRESSE

Tous les essais en vol et au sol des chasseurs F-35 Lightning II ont été suspendus, il y a deux jours, après un incident technique survenu à la base d'Edwards, en Californie. Ce n'est pas la première fois qu'un tel pépin se produit. Et si l'événement n'est pas nécessairement grave, il met en évidence le malaise entourant le programme de développement de technologie militaire le plus coûteux de l'histoire.

Comme on le sait, l'achat par le Canada de 65 appareils de ce type est aussi le plus gigantesque contrat d'acquisition d'armement de l'histoire du pays.

Or, toute l'affaire risque de se transformer en une formidable symphonie inachevée.

S'accumulent en effet les déboires de l'avionneur américain Lockheed Martin. Et ce, au moment même où Washington, acquéreur de 2440 des 3100 appareils prévus, pourrait revoir à la baisse son carnet de commandes... tout comme d'autres pays acquéreurs, craint-on. Ainsi, le cercle vicieux menace : moins d'appareils vendus signifie coût unitaire plus élevé, ce qui peut signifier moins de ventes.

Les coûts ont d'ailleurs déjà grimpé de façon prodigieuse: les contribuables américains ont été prévenus qu'il pourrait leur en coûter.... 1000 milliards de dollars sur 50 ans! Le chiffre a terrifié le sénateur et ex-candidat à la présidence, John McCain, que personne ne soupçonne pourtant d'être un peacenik!

Dans la même veine, les paris sont ouverts quant à ce que coûteront vraiment aux Canadiens les 65 chasseurs d'abord offerts à 16 milliards sur 20 ans, entretien inclus. On parle maintenant couramment du double...

L'acquisition de cette flotte serait encore justifiable si le F-35 était au point (il ne l'est pas). S'il convenait parfaitement aux missions qu'on entend lui confier (ce n'est pas le cas). Et, surtout, si la nécessité même de ce type d'équipement devait être éternelle.

Or, selon toute probabilité, les chasseurs vont être largement remplacés par des drones.

Il s'agit de ces avions sans pilote déjà capables de mener à bien des missions de surveillance, de reconnaissance et d'attaque à un coût dérisoire - on imagine ce qu'ils seront dans 10 ans ! Les États-Unis font déjà voler 7000 de ces appareils. Et ils forment dorénavant davantage d'opérateurs de drones que de pilotes de chasseurs. Aussi, le plaidoyer des militaires voulant qu'il faille conserver une expertise en matière de chasse aérienne conventionnelle est discutable.

En fait, deux arguments demeurent. Politique: le géant américain souhaite vivement - c'est un euphémisme! - que le Canada ne renonce pas à ses intentions. Économique: les retombées du F-35 au Canada seraient de 12 milliards (au Québec, sept entreprises sont conscrites en sous-traitance). Mais est-ce suffisamment convaincant?...

Il est possible à Ottawa de revoir les termes de sa participation à l'aventure du F-35. À nos yeux, il est nécessaire d'y réfléchir.