Ça parle au diable, personne ne l'a vu venir celle-là: hier à 12h54, contre toute attente, le Groupe TMX annonce l'annulation de son projet de fusion avec le London Stock Exchange Group.

Michel Girard LA PRESSE

Pourquoi les bonzes des Bourses de Toronto et Londres ont-ils décidé de jeter l'éponge moins de 24 heures avant le début de l'assemblée annuelle du Groupe TMX où les actionnaires allaient se prononcer en faveur ou pas du projet de fusion? Parce que le décompte des votes par procuration déposés laissait présager l'impossibilité pour les promoteurs de la fusion d'obtenir le nombre suffisant de votes, soit 66 2/3% de l'ensemble des votes exprimés.

C'est une sacrée bonne nouvelle pour tous ceux qui voyaient dans cette fusion une pure prise de contrôle des actionnaires de la Bourse de Londres sur la Bourse de Toronto et de ses filiales.

Les administrateurs des deux Bourses avaient beau clamer sur tous les toits que la Bourse canadienne allait rester maître de sa destinée, n'empêche que concrètement, les actionnaires de la Bourse de Londres allaient détenir 55% des actions de la nouvelle entité (LTMX) et ceux de Toronto, seulement 45%. Tout en concédant à Londres la nomination de huit administrateurs contre sept pour Toronto.

Le danger de nous faire passer un sapin en perdant le contrôle de nos affaires boursières tombe à plat avec l'annulation du projet de fusion.

Ouf! Remarquez que les administrateurs de Groupe TMX entendent tout de même poursuivre leurs efforts en vue d'examiner les nouvelles occasions d'affaires qui se présenteront à la société au cours des prochaines semaines. Bien entendu, ils acceptent maintenant d'analyser sous toutes les coutures l'alléchante offre du consortium Maple, laquelle garantit le contrôle canadien de nos affaires boursières.

Cette offre de Maple vise l'acquisition de toutes les actions du Groupe TMX en circulation à un prix de 50$, dont une somme de 40$ comptant, plus une action de Maple évaluée à 10$ pièce. L'offre expire dans un mois et demi, soit le 8 août prochain.

Par ailleurs, comme tout grand financier, quand vous êtes administrateur ou haut dirigeant de la Bourse de Toronto, vous avez le sens des affaires personnelles.

Le 17 février dernier, à peine une semaine après l'annonce du projet de fusion de la Bourse de Toronto (TMX) avec la Bourse de Londres (LSEG), les membres du conseil d'administration de Groupe TMX s'étaient gratifié le portefeuille en s'octroyant 17 970 droits de souscription pour acquérir des actions.

Et les 12 hauts dirigeants de Groupe TMX obtenaient pour leur part quelque 154 379 droits de souscription, plus 250 000 options. Le prix de levée des droits et options: 41,74$.

En février 2010, alors que le Groupe TMX amorçait les discussions en vue du projet de fusion, les dirigeants se faisaient accorder 231 859 options, à un prix de levée de 29,52$.

Si vous faites le décompte, ces options et droits de souscription obtenus depuis février 2010 valent à eux seuls près de 8 millions de dollars de profit advenant l'acquisition de Groupe TMX par Maple, à 50$ l'action.

À ce magot latent, il faut ajouter au moins une dizaine de millions de dollars de profit brut que les hauts dirigeants pourraient engranger avec les 627 000 autres options acquises antérieurement à février 2010. Et c'est sans compter la valeur des 237 206 actions que les administrateurs et dirigeants détiennent collectivement.

Pour noyer leur peine, ils pourront se partager au minimum 20 millions de profit si Maple met la main sur Groupe TMX.

Comme vous voyez, ça peut être très payant d'éponger un échec!