Les joyaux de la Grèce, de l'Espagne et de l'Irlande sont à vendre. La privatisation de sociétés d'État, qui vise à renflouer les coffres des pays moribonds de l'Europe, risque toutefois de rapporter très peu.

Richard Dupaul LA PRESSE

Pendant que la Grèce vacillait dangereusement au bord du gouffre financier au cours des derniers jours, l'Europe a commencé à se transformer en gigantesque «magasin à une piastre».

Pour éviter la faillite, les pays en crise du Vieux Continent ont accepté de vendre les bijoux de la famille: des parties ou la totalité de certaines sociétés d'État de la Grèce, de l'Espagne et de l'Irlande, entre autres, seront liquidées pour que ces pays obtiennent une aide financière de l'Union européenne et du FMI (Fonds monétaire international).

Pour faire fondre sa dette abyssale, dont les seuls intérêts absorbent plus de 7% du PIB, la Grèce a promis de privatiser ses ports, autoroutes, aéroports et même la loterie nationale. Ce solde d'été peu commun intéresse évidemment les Chinois, déjà actionnaires du port du Pirée, mais aussi les fonds souverains des pays émergents et même les riches États européens, comme l'Allemagne.

Or, cette triste opération d'urgence, qui vise à renflouer les coffres des gouvernements, risque d'être un échec sur le plan financier. Opportunistes et peu portés à la compassion, les acheteurs n'ont pas l'habitude d'être particulièrement généreux devant des vendeurs à genoux et sans véritable pouvoir de négociation.

Par ici les aubaines

Un bel exemple est la première transaction de cette grande liquidation impliquant le groupe de télécommunications grec OTE.

Athènes vient de vendre 10% d'OTE (Hellenic Telecommunications Organization S.A.) au géant allemand Deutsche Telecom (DT), dont la participation dans le groupe grec grimpe ainsi à 40%.

La valeur de cette transaction? Tenez-vous bien: 400 millions d'euros, ou moins du tiers du prix payé par «DT» lorsque celui-ci a acquis une part de 30% de l'opérateur grec en 2009. Une vente humiliante.

Cette transaction illustre les défis qui attendent la Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande qui espèrent ainsi amasser plus de 100 milliards de dollars (72 milliards d'euros) dans ce qui constitue la plus grande braderie d'Europe depuis au moins une décennie.

Dans les îles grecques, outre le secteur des télécoms, vous trouverez un peu de tout:

- les ports du Pirée et de Salonique attendent vos offres. Celui du Pirée, un des plus importants de la Méditerranée du Sud-Est, a déjà été à moitié concédé au géant chinois Cosco (pour un contrat de 35 ans). Cette fois, l'État grec pourrait privatiser entièrement les deux ports, qu'il contrôle à 75%;

- Athènes veut aussi vendre 17% du principal producteur grec d'électricité, PPC. Mais il sera difficile de trouver un acheteur sans dérégulation préalable du secteur de l'énergie, puisque les tarifs de l'électricité sont en Grèce parmi les plus bas d'Europe;

- le groupe de paris sportifs OPAP est aussi à vendre. Et d'autres privatisations sont prévues en 2012 et 2013, notamment l'Aéroport international d'Athènes, quelques ports régionaux et même la banque agricole ATE.

330 milliards d'euros

La Grèce, dont les dettes totales de 330 milliards d'euros représentent une fois et demie la taille de son économie, a promis de vendre pour 50 milliards d'euros d'actifs, lesquels incluent des participations dans le moribond secteur bancaire du pays.

Or, le gouvernement sera chanceux d'amasser la moitié de cette somme avec les privatisations.

«Aucun investisseur étranger ne viendra y toucher» à moins que les prix demandés soient très faibles, affirme la banque autrichienne UniCredit dans une note financière. La Grèce risque de brader bon nombre de ses biens pour dégager des fonds rapidement.

Il y a un mois, le FMI avait même suggéré aux Grecs de céder des équipements publics (stades), et aussi «des terres, des îles ou des plages». Une proposition au goût douteux qui avait provoqué la révolte des gens de la rue, opposés à l'idée de voir le Parthénon transformé en une sorte de Disneyland.

Pour leur part, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande comptent recueillir plus de 21 milliards d'euros avec des privatisations. Les Irlandais veulent même vendre les écuries de l'État, le prestigieux National Stud, et la participation du gouvernement dans le transporteur aérien Aer Lingus Plc.

On en est rendu là. Triste tournant de l'histoire pour ces pays au riche passé qui comptent encore - mais pour combien de temps? - plusieurs trésors du patrimoine mondial.

L'europe encore à la rescousse, page 5