À partir d'aujourd'hui, Andrew Molson prend le relais de Peter Coors comme président du conseil de la brasserie Molson Coors. Âgé de 43 ans, Andrew Molson est le premier de la septième génération des Molson à diriger le conseil de la grande brasserie canado-américaine.

Mis à jour le 26 mai 2011
Sophie Cousineau LA PRESSE

C'est un exploit quand l'on connaît le faible taux de survivance des entreprises familiales passé deux ou trois générations. Mais cette transition, établie par la convention qui prévoit une alternance à la tête du conseil entre les deux familles qui contrôlent Molson Coors, avait tout d'un non-événement, hier, lors de l'assemblée annuelle de l'entreprise.

D'un ton assuré, mais humble, Andrew Molson a affirmé que sa présidence s'inscrirait dans la continuité de son travail d'administrateur depuis 2005. Seul un commentaire, en fin de présentation, a donné un indice révélateur de la suite des choses. Au sujet de la présence marginale de Molson Coors à l'extérieur de ses marchés naturels du Canada, des États-Unis et du Royaume-Uni, Andrew Molson a affirmé que «ce n'est qu'un début». Une façon d'annoncer, à la manière discrète des Molson, qu'il faudra tenir la brasserie de 225 ans à l'oeil.

Andrew Molson prend la direction du conseil à un moment propice. La tourmente de la fusion est du passé. C'était apparent hier matin, dans la grande salle de réunion de la brasserie de la rue Notre-Dame. Dans cette même salle où la famille Molson s'était déchirée il y a sept ans sur le bien-fondé d'une fusion avec Coors, ce qui avait mené au départ d'Ian Molson, une soixantaine d'actionnaires ont échangé des sourires lorsque les résolutions soumises au vote ont été adoptées avec des scores soviétiques de 99%. Aucune question n'ayant été posée, les actionnaires n'ont eu qu'à attendre 45 minutes avant de trinquer avec un verre de bière.

Molson Coors a fait le grand ménage dans ses affaires. La brasserie s'est extirpée du Brésil, un pays où elle a englouti plus de 1 milliard de dollars à la suite d'acquisitions malheureuses au début des années 2000. L'entreprise a nettoyé son bilan après s'être endettée pour acheter l'appui des actionnaires qui rechignaient à la fusion.

L'entreprise s'est aussi recentrée sur ses marchés naturels, en relançant des marques vieillissantes comme la Molson Canadian, qui perdaient du terrain depuis des années. Voilà d'ailleurs pourquoi Molson Coors vient d'investir une somme estimée à 375 millions US pour devenir le commanditaire de la Ligue nationale de hockey (LNH) au Canada et aux États-Unis pendant sept ans. «La LNH nous donne un bon véhicule pour mettre en valeur, sur le marché américain, la Molson Canadian, un produit en quintessence canadien», dit Peter Swinburn, président et chef de la direction de Molson Coors, tout en refusant de préciser la valeur de cette entente confidentielle.

(Cette somme en apparence faramineuse est toutefois nettement moins élevée que le 1,2 milliard de dollars allongé par Anheuser-Bush InBev pour ravir, des mains de Molson Coors, la commandite de six ans de la Ligue nationale de football américaine...)

De la récession qui a frappé de plein fouet les États-Unis et le Royaume-Uni, Molson Coors a fait contre mauvaise fortune bon coeur en comprimant ses coûts au maximum. Ses efforts et ceux de sa coentreprise avec SABMiller sur le marché américain, MillerCoors, sont impressionnants. En cinq ans, soit de 2005 à 2010, ces économies se chiffrent à plus de 850 millions US!

Mais la compression des coûts a ses limites. Confrontée à des marchés à maturité, la brasserie doit trouver de nouvelles sources de croissance. L'entreprise a conclu quelques partenariats à l'étranger ces derniers mois. Le plus prometteur est l'alliance conclue en Chine avec la brasserie Hebei Si'hai Beer Company en septembre dernier. Molson Coors est actionnaire à 51% de cette coentreprise à la suite d'un investissement de près de 50 millions US. Cette coentreprise servira de tremplin à Molson Coors en Asie, a expliqué Peter Swinburn.

«Nous n'envisageons pas de grandes acquisitions dans les marchés émergents à court terme, a toutefois précisé Peter Swinburn, au cours d'une entrevue à La Presse en marge de l'assemblée annuelle. Juste de petits investissements de cet ordre ou des alliances pour promouvoir certaines marques comme la Coors Light ou la Carling.»

«Nous n'avons pas encore l'expertise nécessaire», a-t-il expliqué. C'est une leçon que Molson Coors a apprise à la dure au Brésil.

Cette distinction faite, Molson Coors affiche clairement ses couleurs en ce qui a trait aux grandes acquisitions dans les économies plus développées. «Nous sommes acheteurs», dit Peter Swinburn. Molson Coors a les moyens de s'offrir une acquisition, ce qui n'était pas le cas il y a deux ans. Déduction faite de ses liquidités, sa dette s'élève moins de 1 milliard de dollars, à laquelle il faudra ajouter environ 450 millions US pour couvrir des swaps de devises qui ont mal tourné. «Nous pouvons assumer plus de dettes», assure Peter Swinburn.

Encore faut-il trouver une cible alléchante! Alors que la consolidation dans le monde brassicole se poursuit depuis 10 ans, c'est loin d'être évident. «Nous sommes les derniers arrivés à la fête», reconnaît Peter Swinburn. Le grand patron de la septième brasserie au monde en volume croit toutefois que la consolidation se poursuivra. Ainsi, la brasserie pourrait dénicher des occasions avec les délestages forcés par les autorités antitrust.

Une candidate s'impose, bien que Peter Swinburn n'en parlerait même pas sur la chaise d'un dentiste sadique: la brasserie australienne Foster's Brewing. Les deux entreprises se connaissent bien. Foster's a longtemps été actionnaire des brasseries Molson (à hauteur de 40%!) à l'époque où Molson s'était diversifiée - lire éparpillée - dans une foule de secteurs d'activité, des quincailleries aux produits chimiques. Qui plus est, Foster's représente une cible alléchante depuis qu'elle s'est récemment délestée de ses activités vinicoles. Aussi, plusieurs lorgneraient cette entreprise, malgré la force du dollar australien, dont SABMiller.

Ce n'est qu'un début, disait Andrew Molson. On attend avec impatience la suite.

Pour joindre notre chroniqueuse: sophie.cousineau@lapresese.ca