Le chef de l'ADQ, Gérard Deltell, a mené en fin de semaine une charge en règle contre les centrales syndicales. Selon les adéquistes, les syndicats se mêlent de débats politiques fort éloignés des intérêts de leurs membres. «Nous voulons redonner le pouvoir aux travailleurs à l'intérieur de leur syndicat», a dit M. Deltell à ses militants réunis à Trois-Rivières. Suivant les propositions adoptées au cours de cette rencontre, les campagnes syndicales de nature politique devraient être financées par des contributions spécifiques et volontaires des membres plutôt qu'à même les cotisations annuelles.  En outre, le vote secret serait rendu obligatoire pour l'accréditation de nouveaux syndicats et les syndicats devraient publier leurs états financiers.

Publié le 17 mai 2011
André Pratte LA PRESSE

Le chef de l'ADQ, Gérard Deltell, a mené en fin de semaine une charge en règle contre les centrales syndicales. Selon les adéquistes, les syndicats se mêlent de débats politiques fort éloignés des intérêts de leurs membres. «Nous voulons redonner le pouvoir aux travailleurs à l'intérieur de leur syndicat», a dit M. Deltell à ses militants réunis à Trois-Rivières. Suivant les propositions adoptées au cours de cette rencontre, les campagnes syndicales de nature politique devraient être financées par des contributions spécifiques et volontaires des membres plutôt qu'à même les cotisations annuelles.  En outre, le vote secret serait rendu obligatoire pour l'accréditation de nouveaux syndicats et les syndicats devraient publier leurs états financiers.

Ces idées circulent depuis longtemps dans les milieux patronaux. Elles tiennent leur origine d'une frustration certaine devant la place qu'occupent les syndicats dans les débats publics. Cependant, les chefs d'entreprises n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes. La grande majorité d'entre eux négligent la communication publique. Ils fuient la controverse et les médias en général, s'en remettant aux seuls efforts du Conseil du patronat et des chambres de commerce. Ce n'est pas en cherchant à faire taire les centrales syndicales qu'ils séduiront l'opinion.

Oui, les chefs syndicaux sont omniprésents dans les débats politiques. On peut penser que tous les syndiqués ne sont pas d'accord avec les prises de position de leurs représentants. Si c'est le cas, c'est à eux de s'impliquer dans les affaires de leur syndicat. Par ailleurs, il ne faut pas exagérer l'influence des centrales syndicales. Leur campagne virulente contre l'ADQ, justement, n'a pas empêché ce parti d'obtenir un certain succès (avant de s'autodétruire...)

Quel est le problème que l'ADQ cherche à régler en proposant l'imposition du vote secret et la publication des états financiers des syndicats? Il est vrai que la proportion de travailleurs syndiqués est plus élevée au Québec que dans les autres provinces (40% vs 31%). Cette situation est-elle cause de problèmes graves? Pas si on en juge par la performance économique de la province au cours des dernières années. De plus, le nombre d'arrêts de travail est en baisse et le conflit le plus dur des dernières années a été provoqué par un lock-out, non par une grève.

Comme bien d'autres, nous croyons que des réformes s'imposent au Québec, notamment dans le fonctionnement des réseaux de la santé et de l'éducation. Le gouvernement qui aura le courage de lancer ces réformes devra composer avec l'opposition des milieux syndicaux. Cela étant, il serait stérile de braquer les centrales sur des enjeux somme toute secondaires.

De telles propositions permettent à l'ADQ se faire les manchettes, mais elles ne rassurent pas sur son aptitude à gouverner.