Michael Ignatieff lancera sa campagne québécoise, demain, avec une escale à Montréal dans le but d'aider ses candidats Martin Cauchon (Outremont), Justin Trudeau (Papineau) et Noushig Eloyan (Ahuntsic).

Mis à jour le 26 mars 2011
Vincent Marissal LA PRESSE

À en juger par les notes pitoyables accordées au chef libéral par les électeurs québécois dans les plus récents sondages, c'est à se demander si sa présence ne risque pas d'avoir l'effet contraire.

Bien sûr, les libéraux vous diront que le «vrai» sondage aura lieu dans cinq semaines, le jour du vote, mais ils ne sont jamais partis de si loin. Pas même au pire moment des commandites. Pas même dans les pires heures de Stéphane Dion.

Que s'est-il passé depuis deux ans, au moment où Michael Ignatieff est devenu chef? Comment expliquer cette descente aux enfers?

Il y a eu, c'est vrai, ces publicités du Parti conservateur extrêmement dures contre le chef libéral. Elles ont certainement causé leur petit effet. On constate entre autres choses que les conservateurs s'en tirent mieux que prévu à Québec, où l'appui aux libéraux a chuté sous la barre des 10%.

Mais l'offensive conservatrice n'explique pas tout.

On voit clairement un transfert des intentions de vote du Parti libéral vers le NPD. Or Jack Layton n'a pas lancé de campagne publicitaire anti-Ignatieff au Québec. Il n'est même pas venu parler du chef libéral.

Même chose pour Gilles Duceppe, de loin le politicien fédéral le plus populaire au Québec (peut-être bien le politicien tout court, d'ailleurs). Quand avez-vous entendu le chef du Bloc s'en prendre spécifiquement à Michael Ignatieff?

Conclusion: Michael Ignatieff plante tout seul et il tire son parti vers le bas. Pas très rassurant pour un chef qui se présente comme la seule option de rechange valable au premier ministre actuel. Faut-il se surprendre, dans le contexte, que les responsables de la campagne nationale du PLC aient décidé de ne pas mettre la photo du chef sur les autocars de campagne?

Nos deux sondages le démontrent: Michael Ignatieff souffre d'un énorme problème de crédibilité. En économie, en santé, en environnement, en éthique, pour la lutte contre la criminalité, etc. Dernier sur toute la ligne.

Dernier aussi, dans le sondage Angus-Reid pancanadien, à LA question: qui ferait le meilleur premier ministre? «Aucun» recueille plus de points que le chef libéral (19% contre 11%). Pis encore, chez les électeurs libéraux, seulement un tiers des répondants pensent que leur chef ferait le meilleur premier ministre (Stephen Harper obtient 78% à cette question auprès de ses partisans).

J'arrête là l'énumération des mauvaises nouvelles, avant que l'on me reproche de tirer sur les ambulances, mais à moins d'avoir un super pharmacien pas trop scrupuleux, les libéraux auront du mal à trouver de quoi se réjouir dans ces sondages. Et ils risquent de trouver la campagne très, très longue.

En plus des résultats désastreux dans les sondages, de profondes divergences entre le chef et les militants du Québec se dessinent à l'horizon.

L'affaire est passée inaperçue, mais l'aile québécoise du PLC a voté la semaine dernière, à son congrès de Sherbrooke, une résolution condamnant le projet du gouvernement Harper de créer une commission nationale des valeurs mobilières.

Les quelque 300 militants libéraux unissaient ainsi leur voix aux députés de l'Assemblée nationale, qui ont aussi dénoncé le projet unanimement.

La résolution décrit le projet conservateur comme «l'une des plus graves intrusions dans la répartition équilibrée et le juste partage des compétences entre le fédéral et le provincial (...)» et ajoute: «la gestion actuelle du commerce des valeurs mobilières est un exemple de l'équilibre, du dynamisme et de la souplesse du système fédéral canadien».

Le PLC-Québec demande donc à son parti de s'opposer au projet conservateur et ajoute qu'un gouvernement libéral devra renverser la décision des conservateurs de créer une telle commission.

Le hic, c'est que Michael Ignatieff est favorable à cette commission, notamment parce que l'Ontario souhaite sa création.

Par ailleurs, l'aile québécoise du PLC voulait débattre d'une éventuelle coalition mais la résolution n'a jamais été mise au vote.

Cette résolution se lisait ainsi: «que si les prochaines élections se soldent par une minorité, que le Parti libéral maintienne toutes ses options, y compris la recherche de coalitions avec toutes les parties sincères et intéressées pour s'assurer de former un gouvernement mené par le Parti libéral, et donc que la volonté des Canadiens se reflète dans son gouvernement et ses politiques».

Selon certains militants, des députés sont intervenus sous la directive du bureau de M. Ignatieff pour faire retirer la résolution.

Autre irritant parmi les militants libéraux du Québec: la présence de Rémi Bujold, ancien ministre libéral devenu lobbyiste, au poste d'organisateur en chef de la campagne libérale au Québec.

Il y a deux jours, le bureau de Michael Ignatieff a exigé la démission de Herb Metcalfe, lui aussi lobbyiste, du Conseil national du PLC pour éviter toute controverse.

Au PLC-QC, on se dit toutefois à l'aise avec la présence de M. Bujold dans un poste stratégique. Ce dernier est bien lobbyiste auprès du gouvernement du Québec mais il n'est plus inscrit à Ottawa, dit-on.

Pour joindre notre chroniqueur: vmarissal@lapresse.ca