Le grand club anglais Manchester United a fait signer un contrat aux parents de David Beckham alors qu'il avait 14 ans. On voit maintenant d'autres clubs mettre sous contrat des jeunes de 11 ou 12 ans. Le garçon ne se développera peut-être pas comme prévu, on l'aura peut-être embauché pour rien, mais dans ce monde où la compétition est féroce, on ne prend pas de chances.

Publié le 18 nov. 2010
Ronald King LA PRESSE

Si la pratique étonne nos esprits nord-américains, elle est considérée comme normale dans les nombreux pays où le soccer est roi.

L'Impact de Montréal nous a fait savoir hier qu'il adopterait à l'avenir la méthode des grands clubs européens. Nous parlons ici de l'élite et rien que de l'élite.

L'Impact a déjà son équipe réserve U21 (pour les néophytes, le U signifie under ou «moins de» 21 ans. L'Impact a annoncé hier la formation d'équipes U14, U15 et U16. Chez les U14, il pourrait y avoir des petits phénomènes de 12 ans... Tous seront membres du club de soccer l'Impact de Montréal.

Joey Saputo: «Nous avons travaillé fort pour promouvoir le soccer de participation au Québec, maintenant nous voulons former nos futurs professionnels. Nous voulons que l'Impact compte toujours sur quelques joueurs locaux.»

Supposons que votre petit neveu de Chandler en Gaspésie possède un talent certain pour le soccer. Son entraîneur le signale à l'Impact via le site internet du club. Si le petit Jean-Kevin Lépine-Lelièvre est retenu - je lui conseillerais d'abord de raccourcir son nom -, il viendra habiter dans une famille d'accueil de Montréal et sera inscrit dans le programme sport-études de l'école secondaire Édouard-Montpetit. S'il préfère étudier en anglais, ce sera à l'école Lester B. Pearson. Cours en avant-midi, sport en après-midi, devoirs le soir.

Si le garçon se rend jusqu'à l'université, l'Impact a prévu des bourses d'études pour le garder dans ses rangs.

Combien cela coûtera-t-il aux parents? Rien. Tous les frais sont assurés par l'Impact. Joey Saputo parlait hier d'un investissement de 500 000$ à 750 000$.

Quelle belle aventure pour le petit neveu Kevin Lépine!

Mais il sera sous contrat avec l'Impact et ne sera pas libre si, à 17 ans par exemple, Manchester United s'intéresse à lui.

Philippe Eullafroy, directeur du développement chez l'Impact et entraîneur-chef de l'équipe réserve U21: «Il sera sous contrat avec nous et ne sera pas libre de partir. Il faut nous protéger. Mais si un club nous offrait 20 million$, Joey Saputo y penserait peut-être.

«Le projet est inspiré des grands clubs européens, mais il est adapté au Québec, où la situation est différente, ne serait-ce que pas le nombre de joueurs.»

Le club de soccer l'Impact de Montréal comptera alors 120 joueurs, plutôt que 40, comme c'est le cas présentement.

Richard Legendre, V.P. à la direction: «On espère toujours qu'un Québécois sortira de nulle part et sera un joueur de premier plan. Maintenant, on va le former nous-mêmes.»

Pour vous dire comment ce projet vise haut, les équipes de l'Impact seront surclassées et peut-être doublement surclassées, c'est-à-dire que les jeunes affronteront toujours des équipes dont la moyenne d'âge est plus élevée de deux ou trois ans.

Pour l'élite, donc, et seulement pour l'élite.

Les frites et les moules

Il y a des mots plus difficiles à traduire que d'autres. Cocky, par exemple, qui signifie quelque chose comme «sûr de soi jusqu'à l'arrogance».

On m'a souvent traité de cocky quand j'étais jeune, Dieu sait pourquoi.

Tout ça pour vous dire que les adversaires du Canadien prétendent que P.K. Subban est cocky. Il faudrait être sur la patinoire et entendre tout ce qui se dit pour vraiment le savoir.

Lorsque j'ai été brièvement adjoint au directeur des sports - je n'avais pas la patience pour être petit boss, encore moins gros boss -, je préférais la recrue sûre d'elle-même jusqu'à l'arrogance. Je la préférais à celle qui baissait les yeux quand le grand boss approchait et qui disait toujours oui, sans jamais protester.

Dans le feu de l'action, j'envoie le jeune cocky sur la patinoire. Les adversaires du Canadien doivent souhaiter que Subban baisse les yeux lorsqu'ils l'engueulent. Ne change rien, P.K., tu leur joues sur les nerfs et c'est bon pour l'équipe.

Mais seulement certains joueurs peuvent se permettre d'être arrogants: ceux qui ont de quoi appuyer et justifier leur attitude. P.K. Subban est de ceux-là.

Un joueur qui passerait son temps sur le banc et dans les mineures ferait un fou de lui s'il était cocky. Bref, comme disent les Belges, à quoi bon avoir les frites si on n'a pas les moules.